Durant L'esté, Par Le Vergier Grillé
Durant l'esté, par le vergier grillé,
Les tendres fleurs sous la nuit blandissante
Vont redressant leur tresse fanissante,
Qui ja pleuroyt son honneur depouillé.
D'amour ainsi mon esprit travaillé,
Qui ja quittoyt ma vie languissante,
Reprit vigueur par la force puissante
Du restaurant qu'ores tu m'as baillé.
Doux restaurant, dousucrée ambrosie,
Qui ne doyt rien a celle qui es cieux
Des immortelz la bouche resazie,
Plus doux manger ne gouttent, non les dieux:
Si ce repas me sustente la vie,
Je ne seray sus le leur envieux.
poem by Jean Antoine de Baif

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Quand le pilot voit le nord luire ès cieux
Quand le pilot voit le nord luire ès cieux,
La calme mer ronfler sous la carène,
Un doux zéphyr soufrer la voile pleine,
Il vogue, enflant son coeur audacieux.
Le même aussi, quand le ciel pluvieux
Des vents félons meut l'orageuse haleine,
Qui bat les flancs de sa nef incertaine,
Humble, tapit sous la merci des dieux.
Amour ainsi d'une assurance fière
Haussa mon coeur, tandis que la lumière
De tes doux yeux me pouvait éclairer ;
Las ! aujourd'hui que je te perds de vue
Quelle âme vit d'amour plus éperdue
Quand fors la mort ne puis rien espérer ?
poem by Jean Antoine de Baif

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Un jour, quand de lyver l'ennuieuse froidure
Un jour, quand de l'yver l'ennuieuse froidure
S'atiedist, faisant place au printems gracieux,
Lorsque tout rit aux champs, et que les prez joyeux
Peingnent de belles fleurs leur riante verdure ;
Près du Clain tortueux, sous une roche obscure,
Un doux somme ferma d'un doux lien mes yeux.
Voyci en mon dormant une clairté des cieux
Venir l'ombre enflâmer d'une lumiere pure.
Voyci venir des cieux, sous l'escorte d'Amour,
Neuf nymphes qu'on eust dit estre toutes jumelles ;
En rond aupres de moy elles firent un tour.
Quand l'une, me tendant de myrte un verd chapeau,
Me dit : Chante d'amour d'autres chansons nouvelles,
Et tu pourras monter à nostre sain coupeau.
poem by Jean Antoine de Baif

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Les Esclaves D’Amour
'Les esclaves d'amour ont tant versé de pleurs!
S'il a quelques plaisirs, il a tant de douleurs!
Qu'il garde ses plaisirs. Dans un vallon tranquille,
Les muses contre lui nous offrent un asile;
Les muses, seul objet de mes jeunes désirs,
Mes uniques amours, mes uniques plaisirs.
L'amour n'ose troubler la paix de ce rivage.
Leurs modestes regards ont, loin de leur bocage,
Fait fuir ce dieu cruel, leur légitime effroi,
Chastes muses, veillez, veillez toujours sur moi.'
--'Non, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des muses.
Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses.
Le coeur qui n'aime rien a beau les implorer,
Leur troupe qui s'enfuit ne veut pas l'inspirer.
Qu'un amant les invoque, et sa voix les attire.
C'est ainsi que toujours elles montent ma lyre.
Si je chante les dieux, ou les héros, soudain
Ma langue balbutie et se travaille en vain.
Si je chante l'amour, ma chanson d'elle-même
S'écoule de ma bouche et vole à ce que j'aime.'
poem by Andre Marie de Chenier

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Ces Yeux Ces Yeux, Doux Larrons De Mon Ame
Ces yeux ces yeux, doux larrons de mon ame,
M'ont eblouy de leur belle splendeur,
Astres fataux qui de malheur ou d'heur
Me vont comblant au plaisir de madame.
Au cueur d'hiver un printemps l'air embame
Ou que tournez ilz fichent leur ardeur,
Et quelque part qu'ilz baissent leur grandeur
Fleurit un pré mieux odorant que bame.
Les chastes feuz de ces freres jumeaux
Me retirant du naufrage des eaux
Par leur clarté de sauveté m'asseurent:
En leur saint feu mon vivre est allumé,
Mon vivre, las, qui sera consumé,
Quand leur destin arrestera qu'ilz meurent.
poem by Jean Antoine de Baif

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L'âge est venu, pas à pas, jour à jour
L'âge est venu, pas à pas, jour à jour,
Poser ses mains sur le front nu de notre amour
Et, de ses yeux moins vifs, l'a regardé.
Et, dans le beau jardin que Juillet a ridé,
Les fleurs, les bosquets et les feuilles vivantes
Ont laissé choir un peu de leur force fervente
Sur l'étang pâle et sur les chemins doux.
Parfois, le soleil marque, âpre et jaloux,
Une ombre dure, autour de sa lumière.
Pourtant, voici toujours les floraisons trémières
Qui persistent à se darder vers leur splendeur,
Et les saisons ont beau peser sur notre vie,
Toutes les racines de nos deux coeurs
Plus que jamais plongent inassouvies,
Et se crispent et s'enfoncent, dans le bonheur.
Oh ! ces heures d'après-midi ceintes de roses
Qui s'enlacent autour du temps et se reposent
La joue en fleur et feu, contre son flanc transi !
Et rien, rien n'est meilleur que se sentir ainsi,
Heureux et clairs encor, après combien d'années !
Mais si tout autre avait été la destinée
Et que, tous deux, nous eussions dû souffrir,
- Quand même ! - oh ! j'eusse aimé vivré et mourir,
Sans me plaindre, d'une amour obstinée.
poem by Emile Verhaeren

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Et maintenant que sont tombés les hauts feuillages
Et maintenant que sont tombés les hauts feuillages
Qui tenaient le jardin sous leur ombre abrité,
On voit, à travers le branchage à nu, monter
Là-bas, vers l'horizon, les toits des vieux villages.
Tant que l'été darda sa joie, aucun de nous
Ne les a vus groupés non loin de notre porte
Mais aujourd'hui que fleurs et que feuilles sont mortes
Nous y songeons souvent avec des pensers doux.
D'autres gens vivent là, entre des murs de pierre,
Derrière un seuil usé que protège un auvent,
N'ayant pour seuls amis que la pluie et le vent
Et la lampe dont luit l'amicale lumière,
Dans l'ombre, au soir tombant, quand s'éveille le feu
Et que se tait l'horloge où le temps se balance,
Autant que nous, sans doute, ils aiment le silence
Pour se sentir penser au travers de leurs yeux.
Rien ne trouble ni pour eux ni pour nous ces heures
De profonde et tranquille et tendre intimité
Où l'on bénit l'instant qui fut d'avoir été
Et dont celle qui vient est toujours la meilleure.
Dites, comme eux aussi serrent l'ancien bonheur
Fait de peine et de joie entre leurs mains qui tremblent
Ils connaissent leurs corps qui ont vieilli ensemble
Et leurs regards usés par les mêmes douleurs.
Les roses de leur vie, ils les aiment fanées
Avec leur gloire morte et leur dernier parfum
Et le lourd souvenir de leur éclat défunt
Se frippant, feuille à feuille, au jardin des années.
Contre le noir hiver ainsi que des reclus
Ils se tiennent blottis dans leur ferveur humaine
Et rien ne les abat et rien ne les amène
A se plaindre des jours qu'ils ne possèdent plus.
Oh 1! les tranquilles gens au fond des vieux villages !
Dites, les sentons-nous voisins de notre coeur !
Et combien, dans leurs yeux, retrouvons-nous nos pleurs
Et notre force et notre ardeur dans leur courage !
Ils sont là, sous leur toit, assis autour des feux
Ou s'attardant parfois au bord de leur fenêtre,
Et, par ce soir de vent ample et flottant, peut-être
Ont-ils pensé de nous ce que nous pensons d'eux.
poem by Emile Verhaeren

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L'inspiration
Un oiseau solitaire aux bizarres couleurs
Est venu se poser sur une enfant ; mais elle,
Arrachant son plumage où le prisme étincelle,
De toute sa parure elle fait des douleurs ;
Et le duvet moelleux, plein d'intimes chaleurs,
Épars, flotte au doux vent d'une bouche cruelle.
Or l'oiseau, c'est mon coeur ; l'enfant coupable est celle,
Celle dont je ne puis dire le nom sans pleurs.
Ce jeu l'amuse, et moi j'en meurs, et j'ai la peine
De voir dans le ciel vide errer sous son haleine
La beauté de mon coeur pour le plaisir du sien !
Elle aime à balancer mes rêves sur sa tête
Par un souffle et je suis ce qu'on nomme un poète.
Que ce souffle leur manque et je ne suis plus rien.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte
Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,
Si profonde qu'elle en est sainte
Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair ;
Nous descendons ensemble au jardin de la chair.
Tes seins sont là ainsi que des offrandes,
Et tes deux mains me sont tendues ;
Et rien ne vaut la naïve provende
Des paroles dites et entendues.
L'ombre des rameaux blancs voyage
Parmi ta gorge et ton visage
Et tes cheveux dénouent leur floraison,
En guirlandes, sur les gazons.
La nuit est toute d'argent bleu,
La nuit est un beau lit silencieux,
La nuit douce, dont les brises vont, une à une,
Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.
poem by Emile Verhaeren

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Silence et nuit des bois
Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit,
Car chaque solitude a son propre mystère :
Les bois ont donc aussi leur façon de se taire
Et d'être obscurs aux yeux que le rêve y conduit.
On sent dans leur silence errer l'âme du bruit,
Et dans leur nuit filtrer des sables de lumière.
Leur mystère est vivant : chaque homme à sa manière
Selon ses souvenirs l'éprouve et le traduit.
La nuit des bois fait naître une aube de pensées ;
Et, favorable au vol des strophes cadencées,
Leur silence est ailé comme un oiseau qui dort.
Et le coeur dans les bois se donne sans effort :
Leur nuit rend plus profonds les regards qu'on y lance,
Et les aveux d'amour se font de leur silence.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Ô doux plaisir plein de doux pensement
Ô doux plaisir plein de doux pensement,
Quand la douceur de la douce meslée,
Etreint et joint, l'ame en l'ame mellée,
Le corps au corps accouplé doucement.
Ô douce mort ! ô doux trepassement !
Mon ame alors de grand'joye troublée,
De moy dans toy s'ecoulant a l'emblée,
Puis haut, puis bas, quiert son ravissement.
Quand nous ardentz, Meline, d'amour forte,
Moy d'estre en toy, toy d'en toy tout me prendre,
Par celle part, qui dans toy entre plus,
Tu la reçoys, moy restant masse morte :
Puis vient ta bouche en ma bouche la rendre,
Me ranimant tous mes membres perclus.
poem by Jean Antoine de Baif

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Les Gens Sans Importance
Paroles et musique : Yves Duteil
(c) 1981 by les ditions de l'critoire
Capo II
Ce sont des gens sans importance
Avec des gestes quotidiens
Qui font renatre l'esprance
Et le bonheur entre leurs mains
Ce sont des gens sans artifices
Qui vous sourient quand ils sont bien
Et vont cacher leurs cicatrices
Parmi les fleurs de leurs jardins
Ils ont le coeur un peu fragile
Et la pudeur de leurs chagrins
Leur donne un doux regard tranquille
Un peu lointain
Ce sont des gens sans importance
Et qui parfois ne disent rien
Mais qui sont l par leur silence
Quand ils sont loin
Moi j'ai le coeur en plein Dcembre
L'ami Pierrot s'en est all
En emportant mes chansons tendres
Et ton pass
Et tous les mots sans importance
Qui rsonnaient dans la maison
Mais qui sont lourds de son absence
Dans ma chanson
C'est peut-tre ceux-l qu'on pense
Quand la mort vient rder pas loin
En emportant notre insouciance
Un beau matin
tous ces gens sans importance
Avec lesquels on est si bien
Qui font renatre l'esprance
Et sans lesquels on n'est plus rien
song performed by by Yves Duteil

Submitted by Lucian Velea
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Moine sauvage
On trouve encor de grands moines que l'on croirait
Sortis de la nocturne horreur d'une forêt.
Ils vivent ignorés en de vieux monastères,
Au fond du cloître, ainsi que des marbres austères.
Et l'épouvantement des grands bois résineux
Roule avec sa tempête et sa terreur en eux.
Leur barbe flotte au vent comme un taillis de verne,
Et leur oeil est luisant comme une eau de caverne.
Et leur grand corps drapé des longs plis de leur froc
Semble surgir debout dans les parois d'un roc.
Eux seuls, parmi ces temps de grandeur outragée,
Ont maintenu debout leur âme ensauvagée ;
Leur esprit, hérissé comme un buisson de fer,
N'a jamais remué qu'à la peur de l'enfer ;
Ils n'ont jamais compris qu'un Dieu porteur de foudre
Et cassant l'univers que rien ne peut absoudre,
Et des vieux Christs hagards, horribles, écumants,
Tels que les ont grandis les maîtres allemands,
Avec la tête en loque et les mains large-ouvertes
Et les deux pieds crispés autour de leurs croix vertes
Et les saints à genoux sous un feu de tourment,
Qui leur brûlait les os et les chairs lentement ;
Et les vierges, dans les cirques et les batailles,
Donnant aux lions roux à lécher leurs entrailles ;
Et les pénitents noirs qui, les yeux sur le pain,
Se laissaient, dans leur nuit rouge, mourir de faim.
Et tels s'useront-ils en de vieux monastères,
Au fond du cloître, ainsi que des marbres austères.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
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Vien ça, vien friandelette
Vien ça, vien friandelette,
Vien qu'en esbas amoureux
Ce beau printemps vigoureux,
Ma belle Francinelette,
Nous passions libres de soin,
' Loin des peines importunes,
' Qui volontiers ne sont loin
' Des plus hautaines fortunes.
Il n'est rien, qui ne convie
A suyvre la gayeté,
A toute joliveté,
A toute joieuse vie.
Il n'est rien qui à l'amour
Par exemple ne nous somme :
Il ne faut perdre un seul jour,
Qu'en amour on ne consomme.
Voy, le ciel rit à la terre
Serenant l'air d'un beau jour :
Voy, la terre fait l'amour
Au ciel, et de soy desserre
De son tresor le plus beau,
Pour doire de son nossage
Etalant le renouveau
De son odoureux fleurage.
Les fruitiers de fleurs blanchissent,
Les prés se peignent de fleurs,
Et de flairantes odeurs
Tout l'air embamé remplissent.
Oy les bruyans ruisselets,
Qui clair-coulans trepignotent,
Oy les chantres oyselets,
Qui doucetement gringotent.
Voy, les oyseaux s'aparient,
Et du nectar amoureux
Enyvrez (les bien heureux)
Leurs amours dans les bois bruyent.
Voy sur cet arbre à desir
Ces tourtourelles mignardes
Sous un frissoneux plaisir
S'entrebaisoter tremblardes.
Voy (tant leur amour est forte)
Comme se voulans mesler
El' se tachent engouler,
Tachans se faire en la sorte
De deux une seulement.
Voy comme d'un doux murmure
El' se flatent doucement
Parmy si douce engoulure.
Voy, Francine, voy, mignarde,
Ces vignes qui les ormeaux
Lassent de pampreux rameaux.
Voy m'amie, voy, regarde
Le lierre surrampant
Qui de sa tortisse chaisne
Embrasse alentour grimpant
Le tige aymé de ce chesne.
Quoy ? mignonne, toute chose
D'amour les dons sentira,
Toute chose en jouïra,
Et nostre amour se repose ?
Quoy ? folle, devant nos yeux
Verrons-nous que tout s'ébate,
Sans que leur jeu gracieux
A mesme plaisir nous flate ?
Qu'à plaisir tout se delie
Devant nos yeux, et que nous
Voyant leur plaisir tant doux
Crevions de jalouse envie,
Sans qu'employer nous osions
Le temps que la mort nous lesse,
Oysifs, sans que nous usions
Des dons de nostre jeunesse ?
poem by Jean Antoine de Baif

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Après les vents, après le triste orage
Après les vents, après le triste orage,
Après l'yver, qui de ravines d'eaux
Avoit noyé des boeufs le labourage,
Voicy venir les ventelets nouveaux
Du beau printemps : desja dedans leur rive
Se vont serrer les éclarcis ruisseaux.
Mon Dieu, pour moy cette saison n'arrive.
Le triste yver dure tousjours pour moy.
Si bien Amour de mon printemps me prive !
Bien que tout rit, rien de gay je ne voy :
Bien que de pleurs le ciel serein s'essuye,
Donner la fin à mes pleurs je ne doy.
Sans fin mes yeux versent leur triste pluye,
Et quand chacun se montre plus joyeux,
C'est quand plus fort plus triste je m'ennuie.
Sous la fraicheur des bois delicieux
Venus la gaye, et les Graces compagnes,
Et ses Amours font un bal gracieux.
Les Satyreaux aguetans des montagnes,
Courent après : le gentil patoureau
De son flageol éjouit les campagnes.
Dans les bosquets sur le verd arbrisseau
On oit chanter en son caquet sauvage
Et plaindre Ityl le Daulien oyseau.
Le ciel en rit, la prée et le bocage :
Et semble encor la Naiade en ses flots
Trepignotant dancer au doux ramage.
Mes chants plus gays ce sont tristes sanglots,
Et mon bal c'est de mille pas la perte,
Tous mes plaisirs mille espoirs vains et sots :
Le triste noir, c'est ma couleur plus verte :
D'infinis maux je sen le renouveau,
Des biens je per toute fleur entrouverte.
Rien de printemps je n'ay, sinon le beau,
(Ains mon yver, et printemps de Madame)
Dont je reçoy tousjours yver nouveau.
Doux son printemps : mais bruslante est la flâme,
Du chaud yver, qui me transist le coeur,
Par contréffort me martyrant mon ame.
A ta beauté du printemps la vigueur
Je parangonne, et les fleurs à tes graces,
A la saison de ton âge la fleur.
Mais en beauté le printemps tu surpasses :
A sa douceur cede ta cruauté :
Ta cruauté de douceur tu effaces.
Quand m'attirant de douce privauté
Tu me contreins de te sentir rebelle,
Et t'éprouver contre ma loyauté
Par ton refus ingratement cruelle.
poem by Jean Antoine de Baif

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S'il était vrai
S'il était vrai
Qu'une fleur des jardins ou qu'un arbre des prés
Pût conserver quelque mémoire
Des amants d'autrefois qui les ont admirés
Dans leur fraîcheur ou dans leur gloire
Notre amour s'en viendrait
En cette heure du long regret
Confier à la rose ou dresser dans le chêne
Sa douceur ou sa force avant la mort prochaine.
Il survivrait ainsi,
Vainqueur du funèbre souci,
Dans la tranquille apothéose
Que lui feraient les simples choses ;
Il jouirait encor de la pure clarté,
Qu'incline sur la vie une aurore d'été,
Et de la douce pluie aux feuilles suspendue.
Et si, par un beau soir, du fond de l'étendue
S'en venait quelque couple en se tenant les mains
Le chêne allongerait jusque sur leur chemin
Son ombre large et puissante, telle qu'une aile,
Et la rose leur enverrait son parfum frêle.
poem by Emile Verhaeren

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Aprement
Le jour
Ils se croisaient dans leur étable et dans leur cour,
Leurs durs regards obstinément fixés à terre ;
Et tous les deux, ils s'acharnaient à soigner mieux,
Elle, ses porcs, et lui, ses boeufs,
Depuis qu'ils se boudaient, rogues et solitaires.
Ils s'épiaient du coin de l'oeil, dans leur enclos,
Avec l'espoir secret de se surprendre en faute.
Mais elle était toujours de corps ferme et dispos
Et lui travaillait dur et tenait la main haute
Sur la grange et le champ.
Ils se mouvaient, pareils à deux blocs de silence,
Faits de sourde rancune et d'âpre violence :
Aux trois repas, ils attablaient, farouchement,
Face à face, leur double entêtement.
Ils gloutonnaient, à bouche pleine,
Leur pain compact
Réglant leurs coups de dents sur le tic tac exact
De l'horloge de chêne ;
Quand leur bru s'en venait, le dimanche, les voir,
L'un disait, à voix haute, pesante et lente,
Ce que l'autre devait savoir
Pour les achats et pour les ventes,
Et l'accord se faisait, sur la somme, sans plus.
- Oh ! qu'ils étaient ardents et résolus
A tordre d'un gain minime
Le plus humble centime ! -
La nuit,
Dos à dos, ils s'étendaient dans leur vieux lit,
Chacun guettant l'aurore
Pour être seul à travailler
Dans le fournil ou le grenier,
Quand l'autre s'oubliait à reposer encore.
Ainsi
Leur bien grandit,
Grâce à leur âcre et morne souci
D'être toujours sans défaillance et sans merci,
Et de vivre, durant des mois et des années,
A mâchoire fermée.
poem by Emile Verhaeren

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Quand le ciel étoilé couvre notre demeure
Quand le ciel étoilé couvre notre demeure
Nous nous taisons durant des heures
Devant son feu intense et doux
Pour nous sentir, plus fervemment, émus de nous.
Les grands astres d'argent tracent là-haut leur route ;
Sous les flammes et les lueurs
La nuit étend ses profondeurs
Et le calme est si grand que l'océan l'écoute !
Mais qu'importe que se taise même la mer,
Si dans l'espace immense et clair
Plein d'invisible violence
Nos coeurs battent si fort qu'ils font tout le silence !
poem by Emile Verhaeren

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L'Amour qui me tourmente
L'Amour qui me tourmente
Je trouve si plaisant
Que tant plus il s'augmente
Moins j'en veux estre exemt :
Bien que jamais le somme
Ne me ferme les yeux,
Plus amour me consomme
Moins il m'est ennuyeux.
Toute la nuit je veille
Sans cligner au sommeil,
Remembrant la merveille
Qui me tient en éveil,
Me representant celle
Que je voy tout le jour,
De qui l'image belle
Travaille mon sejour.
Toute nuit son image
Se montre devant moy :
Le trait de son visage
Tout tel qu'il est je voy :
Je voy sa belle bouche,
Et je voy son beau sein,
Ses beaux tetins je touche,
Et je baise sa main.
Le jour si ma Maistresse
Favorable m'a ris,
Il faut que j'en repesse
Toute nuit mes espris.
Si d'une oeillade gaye
Elle m'a fait faveur,
La nuit sa douce playe
Me chatouille le coeur.
S'elle égaye la place
De son bal gracieux,
Toute la nuit sa grace
Recourt devant mes yeux :
Si en douce merveille
J'ay ouy sa chanson,
Toute nuit en l'oreille
J'en regoute le son.
O heureuse ma vie
De jouïr d'un tel heur !
Non, non, je n'ay envie
D'avoir d'un dieu l'honneur,
Puis qu'à souhet je passe
Et la nuit et le jour,
Recueillant tant de grace
Du tourment de l'amour.
poem by Jean Antoine de Baif

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L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles
L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles ;
Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles,
Se mêle à la ferveur de notre être exalté.
Ceux qui vivent d'amour vivent d'éternité.
Il n'importe que leur raison adhère ou raille
Et leur tende, debout, sur ses hautes murailles,
Au long des quais et des havres ses flambeaux clairs ;
Eux, sont les voyageurs d'au delà de la mer.
Ils regardent le jour luire de plage en plage,
Très loin, plus loin que l'océan et ses flots noirs ;
La fixe certitude et le tremblant espoir
Pour leurs regards ardents ont le même visage.
Heureux et clairs, ils croient, avec avidité ;
Leur âme est la profonde et soudaine clarté
Dont ils brûlent le front des plus hautains problèmes ;
Et pour savoir le monde, ils ne scrutent qu'eux-mêmes.
Ils vont, par des chemins lointains, choisis par eux,
Vivant des vérités que renferment leurs yeux
Simples et nus, profonds et doux comme l'aurore ;
Et pour eux seuls, les paradis chantent encore.
poem by Emile Verhaeren

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L’Art D’Aimer
FRAGMENT I
Ah! tremble que ton âme à la sienne livrée
Ne s'en puisse arracher sans être déchirée.
Même au sein du bonheur, toujours dans ton esprit
Garde ce qu'autrefois les sages ont écrit:
'Une femme est toujours inconstante et futile,
Et qui pense fixer leur caprice mobile,
Il pense, avec sa main, retenir l'aquilon,
Ou graver sur les flots un durable sillon.'
FRAGMENT II
Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible?
Que servit à Juno cet Argus si terrible,
Ce front, de jalousie armé de toutes parts,
Où veillaient à la fois cent farouches regards?
Mais quoi que l'on oppose et d'adresse et de force,
Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce
Ne pourraient au dragon ravir l'or de ses bois,
Et du Triple Cerbère assoupir les abois;
On t'aime, garde-toi d'abandonner la place.
Il faut oser. L'amour favorise l'audace.
Si l'envie à te nuire aiguise tous ses soins,
Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins?
Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes;
Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes;
Semer toi-même un bruit d'attaque, de danger;
Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger.
Et tandis que par toi leur prudence égarée
Rit, s'applaudit de voir ton attente frustrée,
Aveugles, auprès d'eux ils laissent échapper
Tes pas, qu'ils défiaient de les pouvoir tromper.
Tel, car ainsi que toi c'est l'amour qui le guide,
Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d'Élide,
Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sûr,
Parmi les flots salés garde un flot doux et pur,
Invisible, d'Enna va chercher le rivage,
Et l'amer Téthys ignore son passage.
FRAGMENT III
Aux bords où l'on voit naître et l'Euphrate et le jour,
Plus d'obstacle et de crainte environne l'amour.
Aussi................................ .................
............................ ..........................
... Sans se pouvoir parler même des yeux,
On se parle, on se voit. Leur coeur ingénieux
Donne à tout une voix entendue et muette.
Tout de leurs doux pensers est le doux interprète.
Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs,
Leurs dons savent tout dire; ils s'écrivent des fleurs.
Par la tulipe ardente une flamme est jurée;
L'amarante immortelle atteste sa durée;
L'oeillet gronde une belle; un lis vient l'apaiser.
L'iris est un soupir; la rose est un baiser.
C'est ainsi chaque jour qu'une sultane heureuse
Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse.
Elle pare son sein de soupirs et de voeux;
Et des billets d'amour embaument ses cheveux.
poem by Andre Marie de Chenier

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