Quiconque fit d'Amour la pourtraiture
Quiconque fit d'Amour la pourtraiture,
De cet Enfant le patron ou prit il,
Sur qui tant bien il guida son outil
Pour en tirer au vray ceste peinture ?
Certe il sçavoyt l'effet de sa pointure,
Le garnissant d'un arc non inutil :
Bandant ses yeulx de son pinceau subtil,
Il demonstroit nostre aveugle nature.
Tel qu'en ton coeur, ô peintre, tu l'avoys,
Tel qu'il te fut, tel que tu le sçavoys,
Telle tu as peinte au vif son image.
A ton amour du tout semble le mien,
Fors que volage et leger fut le tien,
Le mien pesant a perdu son plumage.
poem by Jean Antoine de Baif

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Bien, je l'ay dit, je le confesse
Bien, je l'ay dit, je le confesse,
Que nul ne te pourroit aimer
Autant que je t'aime, Maistresse,
Sçachant mieux qu'autre t'estimer :
Car d'autant que je cognoy plus
Et tes beautez et tes vertus,
D'autant ma Francine je doy
Mettre plus grande amour en toy.
Un autre moins digne, peut estre,
Du premier coup s'éblouira,
Et ne te pouvant pas conoistre
Un fol amour en souffrira,
Pour un rayon de ta beauté
Perdant de raison la clarté,
Et par trop vaine passion
T'offrira son affection.
Mais dy : quel service agreable
D'un tel fol pourras tu tirer,
Qui te criant non pitoyable
Ne fera rien que souspirer,
Que t'ennuier de ses ennuis
Qu'il prendra les jours et les nuits,
Pour ton amour, comme il crira,
Mais par sottise il languira.
Non ainsi, non ainsi, Francine,
Je ne t'aime ainsi folement,
D'un ray de ta valeur divine
Souffrant un fol aveuglement.
Ce qui me fait ainsi t'aimer
C'est que je sçay bien t'estimer,
C'est que sage je cognoy bien
Tes graces qui me rendent tien :
Qui mourroyent, las, si de mes graces
Elles n'avoyent les belles fleurs,
Que mignardement tu embrasses
Pour orner tes dines valeurs
De leur chapelet fleurissant
Par l'age ne se fanissant,
Que je leur donray bien apris,
Puis que tu ne l'as en mépris.
Et ce qui me donne courage,
C'est que tu cheris mes chansons,
Les aimant d'un jugement sage,
Bien que j'agence leurs façons,
N'étant d'amour au coeur ateint,
En l'honneur d'un nom que j'ay feint.
Combien donc les cheriras tu
Quand je chanteray ta vertu ?
Tu les entans, tu les caresses,
Et puis que tu les aimes tant
De leurs mignardes gentillesses
Ton desir je feray contant.
Francine, si tu prens à gré
Mon chant tout à toy consacré,
Si je te voy te plaire aux sons
De mes amoureuses chansons,
Je feray que nulle ancienne
Ne s'élevera dessur toy :
Je feray que la gloire tienne,
Pour t'avoir obligé ma foy,
Bien peu d'envie portera
A la plus brave qu'on lira
De nostre temps avoir eu l'heur
De gagner d'un Poëte le coeur.
poem by Jean Antoine de Baif

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Helas, si tu me vois constant en inconstance
Helas, si tu me vois constant en inconstance
Et changer de propos et muer de visage,
Comme le flot d'amour me reculle ou m'avance ;
Helas, si tu me vois varier d'heure en heure,
De moment en moment entre raison et rage,
Sans qu'un rien en un point un mesme je demeure :
Tu dis que je te mets en doutte, ma Francine,
Par ce qui te devroit donner plus d'asseurance
Du feu chaud de l'amour, qui boust dans ma poitrine.
Las, tu vois bien assez ce qui me fait volage :
Et qui a vu la nef en certaine constance
Çà là ne chanceler au milieu d'un orage ?
Et du cruel amour tant de tempestes troublent
Mon esprit forcené, que la raison peu caute
Son timon abandonne aux flots, qui se redoublent.
Ainsi Francine, ainsi tout par tout variable
Sinon en ton amour à faire quelque faute,
Je me montre en ma foy fermement immuable.
poem by Jean Antoine de Baif

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Le Désir
Celuy n'est pas heureux qui n'a ce qu'il desire,
Mais bien-heureux celuy qui ne desire pas
Ce qu'il n'a point : l'un sert de gracieux appas
Pour le contentement et l'autre est un martyre.
Desirer est tourment qui bruslant nous altere
Et met en passion ; donc ne desirer rien
Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien
Ores qu'il fust petit, c'est fortune prospere.
Le Desir d'en avoir pousse la nef en proye
Du corsaire, des flots, des roches et des vents
Le Desir importun aux petits d'estre grands,
Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.
L'un poussé de l'honneur par flateuse industrie
Desire ambitieux sa fortune avancer;
L'autre se voyant pauvre à fin d'en amasser
Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.
L'un pippé du Desir, seulement pour l'envie
Qu'il a de se gorger de quelque faux plaisir,
Enfin ne gaigne rien qu'un fascheux desplaisir,
Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.
L'un pour se faire grand et redorer l'image
A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
Souspire apres un vent qui le plonge en erreur,
Car le Desir n'est rien qu'un perilleux orage.
L'autre esclave d'Amour, desirant l'avantage
Qu'on espere en tirer, n'embrassant que le vent,
Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
D'un refus, d'un dédain et d'un mauvais visage.
L'un plein d'ambition, desireux de parestre
Favori de son Roy, recherchant son bon-heur,
Avançant sa fortune, avance son malheur,
Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.
Desirer est un mal, qui vain nous ensorcelle;
C'est heur que de jouir, et non pas d'esperer :
Embrasser l'incertain, et tousjours desirer
Est une passion qui nous met en cervelle.
Bref le Desir n'est rien qu'ombre et que pur mensonge,
Qui travaille nos sens d'un charme ambitieux,
Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
Va trompant tout ainsi que l'image d'un songe.
poem by Remy Belleau

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L'Amour qui me tourmente
L'Amour qui me tourmente
Je trouve si plaisant
Que tant plus il s'augmente
Moins j'en veux estre exemt :
Bien que jamais le somme
Ne me ferme les yeux,
Plus amour me consomme
Moins il m'est ennuyeux.
Toute la nuit je veille
Sans cligner au sommeil,
Remembrant la merveille
Qui me tient en éveil,
Me representant celle
Que je voy tout le jour,
De qui l'image belle
Travaille mon sejour.
Toute nuit son image
Se montre devant moy :
Le trait de son visage
Tout tel qu'il est je voy :
Je voy sa belle bouche,
Et je voy son beau sein,
Ses beaux tetins je touche,
Et je baise sa main.
Le jour si ma Maistresse
Favorable m'a ris,
Il faut que j'en repesse
Toute nuit mes espris.
Si d'une oeillade gaye
Elle m'a fait faveur,
La nuit sa douce playe
Me chatouille le coeur.
S'elle égaye la place
De son bal gracieux,
Toute la nuit sa grace
Recourt devant mes yeux :
Si en douce merveille
J'ay ouy sa chanson,
Toute nuit en l'oreille
J'en regoute le son.
O heureuse ma vie
De jouïr d'un tel heur !
Non, non, je n'ay envie
D'avoir d'un dieu l'honneur,
Puis qu'à souhet je passe
Et la nuit et le jour,
Recueillant tant de grace
Du tourment de l'amour.
poem by Jean Antoine de Baif

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Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles
Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles,
Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles !
Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !
Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées !
Tant elle répandait d'amoureuses rosées
Sur les fleurs et sur nous !
Moi, j'étais devant toi, plein de joie et de flamme,
Car tu me regardais avec toute ton âme !
J'admirais la beauté dont ton front se revêt.
Et sans même qu'un mot révélât ta pensée,
La tendre rêverie en ton coeur commencée
Dans mon coeur s'achevait !
Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie
Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie,
Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux,
Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures,
Si pleines de rayons, de parfums, de murmures,
Si douces toutes deux !
Oh oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde !
C'est lui qui fit ton âme et qui créa le monde !
Lui qui charme mon coeur ! lui qui ravit mes yeux !
C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère !
C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre
Comme l'étoile aux cieux !
C'est Dieu qui mit l'amour au bout de toute chose,
L'amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose !
C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour.
C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine,
A versé la beauté, comme une coupe pleine,
Et dans mon coeur l'amour !
Laisse-toi donc aimer ! - Oh ! l'amour, c'est la vie.
C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie
Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner.
Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne.
La beauté c'est le front, l'amour c'est la couronne :
Laisse-toi couronner !
Ce qui remplit une âme, hélas ! tu peux m'en croire,
Ce n'est pas un peu d'or, ni même un peu de gloire,
Poussière que l'orgueil rapporte des combats,
Ni l'ambition folle, occupée aux chimères,
Qui ronge tristement les écorces amères
Des choses d'ici-bas ;
Non, il lui faut, vois-tu, l'hymen de deux pensées,
Les soupirs étouffés, les mains longtemps pressées,
Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur,
Et tout ce qu'un regard dans un regard peut lire,
Et toutes les chansons de cette douce lyre
Qu'on appelle le coeur !
Il n'est rien sous le ciel qui n'ait sa loi secrète,
Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite,
Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour ;
Le pêcheur a la barque où l'espoir l'accompagne,
Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,
Les âmes ont l'amour !
21 mai 1833
poem by Victor Hugo

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Plaisir D'Amour
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment
Chagrin d'amour dure toute la vie.
J'ai tout quitt pour l'ingrate Sylvie
Elle me quitte et prend un autre amant.
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment
Chagrin d'amour dure toute la vie.
Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie.
Je t'aimerai, me rptait Sylvie
L'eau coule encore, elle a chang pourtant.
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment
Chagrin d'amour dure toute la vie...
song performed by by Emmylou Harris

Submitted by Lucian Velea
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Ha, que tu m'es cruelle
Ha, que tu m'es cruelle,
Que tu reconois mal
Pour t'estre trop fidelle
Tout ce que j'ay de mal !
O rebelle endurcie,
Quand devôt je te prie
Me donner un baiser
Pour rafraichir la flâme
Qui brusle dans mon ame,
Tu la viens rembraizer.
Tu trouves mille ruses
Pour ne venir au point :
Tu trouves mille excuses
Pour ne me baiser point :
Ou quelcun nous aguigne,
Ou ta soeur te fait signe,
Ou tu ois quelque bruit,
Ou tu me contreins dire
Mon amoureux martire,
Tandis le temps s'enfuit.
Tandis s'envole l'heure
Emportant le plaisir,
Mais l'ennuy me demeure
En mon bruslant desir.
Tandis que tu delayes,
De mille et mille playes
Amour navre mon coeur.
Ha tandis ha, Francine,
Dans ma chaude poitrine
S'empire ma langueur.
Francine, tu t'abuses,
Si croissant le desir,
Tu cuides par tes ruses
Croistre aussi le plaisir.
' Plus une soif est gloute
' Moins le breuvage on goute,
' Tant soit-il doucereux :
Fust-ce une malvoisie
Fust-ce, en si grande envie,
Un nectar savoureux.
Mais bien plus je m'abuse
De me douter en rien,
Que cette fine ruse
Tu faces pour mon bien.
Tu reçois trop de joye
De me voir pris en proye
Par l'oyseau Cupidon :
Tu te plais trop à rire
De me voir en martire
Te requerir pardon.
Mais puis qu'ainsi ta joye
Est en mon deplaisir,
Tout mon coeur je t'otroye,
Genne-le de desir :
Bien plustost que je n'aye
Ce confort de la playe
Qu'amour fait en mon coeur,
J'acheteray, farrouche,
Un baiser de ta bouche,
Pour la mesme langueur.
poem by Jean Antoine de Baif

Submitted by Poetry Lover
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Amour Jamais
Amour
Jamais
Si cel nest pas pour de vrai
Toujour
Oui mais
Cest trop facile lheure quil est
Jte connais peine
Et dj tu me fais de la peine
Cest un peu trop tôt
Mieux revenir zro
Amour
Qui sait
Combien cet amour va durer
Un jour
Ou des
Eternits cest cque jvoudrais
Quand moi je taime
Peut tre un peu plus que moi-mme
Tu te crois le plus beau
Cest l o tu as tout faux
Amour amour amour jamais
Une seule condition que ce soit jamais
Amour amour amour toujours
Que ça dure jusquau dernier jour
Amour
O.k.
Sans le corps et sans âme cest
Lamour
One way
Ce ne sont que des sens insenss
Quand moi je taime
Peut tre un peu plus que moi-mme
Tu te crois le plus beau
Cest l o tu as tout faux
Amour amour amour jamais
Une seule condition que ce soit jamais
Amour amour amour toujours
Que ça dure jusquau dernier jour
song performed by by Vanessa Paradis

Submitted by Lucian Velea
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La laide
Femmes, vous blasphémez l'amour, quand d'aventure
Un seul rebelle insulte à votre royauté.
Ah ! C'est un pire affront qu'en silence elle endure,
La jeune fille à qui la marâtre nature
A dénié sa gloire et son droit : la beauté !
L'amour ne luit jamais dans l'oeil qui la regarde ;
Elle pourrait quitter sa mère sans périls.
La laide ! On ne la voit jamais que par mégarde ;
Même contre un désir sa disgrâce la garde,
Pourquoi les jeunes gens l'accompagneraient-ils ?
Les jeunes gens sont fats, libertins et féroces.
La laide ! Pourquoi faire et qu'en ont-ils besoin ?
Ils la criblent entre eux de quolibets atroces,
Et c'est un collégien que, dans les bals de noces,
On charge de tirer cette enfant de son coin.
Pauvre fille ! Elle apprend que jeune elle est sans âge ;
Soeur des belles et née avec les mêmes voeux,
Elle a pour ennemi de son coeur son visage,
Et, tout au plus, parmi les compliments d'usage,
Un bon vieillard lui dit qu'elle a de beaux cheveux.
Depuis que j'ai souffert d'une forme charmante,
Je voudrais de mon mal près de toi me guérir,
Enfant qui sais aimer sans jamais être amante,
Ange qui n'es qu'une âme et n'as rien qui tourmente !
Pourquoi suis-je trop jeune encor pour te chérir ?
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Une amoureuse ardeur
Une amoureuse ardeur,
S'elle n'est feinte,
Ne chasse point du coeur
Soupçon et creinte.
Tel est l'état d'Amour
' Qui les liesses
' Echange tour à tour
' Et les tristesses.
Plus je suis amoureux,
Plus je soupçonne
Que ton coeur langoureux
Ailleurs s'adonne.
J'ay de toy bien souvent
Belles paroles,
Mais j'écri dans le vent
Telles frivoles.
Si pareille à ma foy
Estoit la tienne,
Tu essayrois dans toy
La peine mienne.
Comme en tant que je puis,
L'amour fidelle,
Dont obligé me suis,
Je te decele,
Ainsi de ton pouvoir
Ton amour grande
Or tu me ferois voir
A ma demande.
Si ton coeur ne dement
Ta voix certaine,
Prouve moy donc comment
Elle n'est vaine.
Si nos coeurs mesmes sont,
Je m'emerveille
Que tous deux ils ne vont
A fin pareille.
Le vouloir et l'amour
Sont chose mesme,
Quand d'un mesme retour
L'un et l'autre aime.
Où mesme est le vouloir
Et la puissance,
Qui garde de valoir
La jouissance ?
poem by Jean Antoine de Baif

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Vien ça, vien friandelette
Vien ça, vien friandelette,
Vien qu'en esbas amoureux
Ce beau printemps vigoureux,
Ma belle Francinelette,
Nous passions libres de soin,
' Loin des peines importunes,
' Qui volontiers ne sont loin
' Des plus hautaines fortunes.
Il n'est rien, qui ne convie
A suyvre la gayeté,
A toute joliveté,
A toute joieuse vie.
Il n'est rien qui à l'amour
Par exemple ne nous somme :
Il ne faut perdre un seul jour,
Qu'en amour on ne consomme.
Voy, le ciel rit à la terre
Serenant l'air d'un beau jour :
Voy, la terre fait l'amour
Au ciel, et de soy desserre
De son tresor le plus beau,
Pour doire de son nossage
Etalant le renouveau
De son odoureux fleurage.
Les fruitiers de fleurs blanchissent,
Les prés se peignent de fleurs,
Et de flairantes odeurs
Tout l'air embamé remplissent.
Oy les bruyans ruisselets,
Qui clair-coulans trepignotent,
Oy les chantres oyselets,
Qui doucetement gringotent.
Voy, les oyseaux s'aparient,
Et du nectar amoureux
Enyvrez (les bien heureux)
Leurs amours dans les bois bruyent.
Voy sur cet arbre à desir
Ces tourtourelles mignardes
Sous un frissoneux plaisir
S'entrebaisoter tremblardes.
Voy (tant leur amour est forte)
Comme se voulans mesler
El' se tachent engouler,
Tachans se faire en la sorte
De deux une seulement.
Voy comme d'un doux murmure
El' se flatent doucement
Parmy si douce engoulure.
Voy, Francine, voy, mignarde,
Ces vignes qui les ormeaux
Lassent de pampreux rameaux.
Voy m'amie, voy, regarde
Le lierre surrampant
Qui de sa tortisse chaisne
Embrasse alentour grimpant
Le tige aymé de ce chesne.
Quoy ? mignonne, toute chose
D'amour les dons sentira,
Toute chose en jouïra,
Et nostre amour se repose ?
Quoy ? folle, devant nos yeux
Verrons-nous que tout s'ébate,
Sans que leur jeu gracieux
A mesme plaisir nous flate ?
Qu'à plaisir tout se delie
Devant nos yeux, et que nous
Voyant leur plaisir tant doux
Crevions de jalouse envie,
Sans qu'employer nous osions
Le temps que la mort nous lesse,
Oysifs, sans que nous usions
Des dons de nostre jeunesse ?
poem by Jean Antoine de Baif

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Depuis Qu'amour Ma Poitrine Recuit
Depuis qu'Amour ma poitrine recuit,
Bouillante au feu de sa plus chaude braise
De mille ennuis en immortel malaise,
Dont maint souci dans moy l'un l'autre suit:
J'oubli tout bien pour un bien qui me fuit,
Par un plaisir dont la douceur m'embraise,
Si bien qu'il faut que nul autre me plaise,
Et qu'en luy seul je preigne mon deduit.
Mais, las, faut-il pour un bien seulement,
Tout autre bien oublier, tellement
Que l'on ne puisse en autre prendre joye?
Ô dur plaisir, si plaisir il y a,
Par qui mon cueur de sorte s'oublia
Qu'onques depuis il ne tint saine voye
poem by Jean Antoine de Baif

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L'escalier de l'ara coeli
On a bâti là, plus réel
Que l'échelle du patriarche,
Un escalier dont chaque marche
Est vraiment un pas vers le ciel.
Dans la nature tout entière
L'architecte prit à son gré
Pour cet édifice sacré
La plus glorieuse matière :
Il prit des marbres sans rivaux,
Fragments de ces pierres illustres
Que la pioche aveugle des rustres
Brisait pour faire de la chaux,
Et qui toutes étincelèrent
Au front des temples abattus,
Ou que les Gracques et Brutus
Au Forum de leur pied foulèrent !
I1 les prit et les entassa,
Rejeton hardi de la race
Qui, regardant les dieux en face,
Roulait Pélion sur Ossa.
Et malgré les hordes très sales
De mendiants et de fiévreux
Se cherchant leur vermine entre eux
Sur ces assises colossales,
Bien qu'il s'y traîne des dévots
Dont une poupée est l'idole,
On y voit, comme au Capitole,
Monter les ombres des héros !
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Les jours de fraîche et tranquillé santé
Les jours de fraîche et tranquillé santé,
Lorsque la vie est belle ainsi qu'une conquête,
Le bon travail prend place à mes côtés,
Comme un ami qu'on fête.
Il vient des pays doux et rayonnants,
Avec des mots plus clairs que les rosées,
Pour y sentir, en les illuminant,
Nos sentiments et nos pensées.
Il saisit l'être en un tourbillon fou ;
Il érige l'esprit, sur de géants pilastres ;
Il lui verse le feu qui fait vivre les astres ;
Il apporte le don d'être Dieu tout à coup.
Et les transports fiévreux et les affres profondes,
Tout sert à sa tragique volonté
De rajeunir le sang de la beauté,
Dans les veines du monde.
Je suis à sa merci, comme une ardente proie.
Aussi, quand je reviens, bien que lassé et lourd,
Vers le repos de ton amour,
Avec les feux de mon idée ample et suprême,
Me semble-t-il - oh ! qu'un instant -
Que je t'apporte, en mon coeur haletant,
Le battement de coeur de l'univers lui-même.
poem by Emile Verhaeren

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Prologue du Roman de Rou
Pour remembrer des ancessours
Les faiz et les diz et les mours,
Doit l'on les livres et les gestes
Et les estoires lire as festes,
Les felonies des felons
Et les barnages des barons.
Pour ce firent bien et savoir
Et grant pris durent cil avoir
Qui escristrent premierement,
Et li autour plenierement
Qui firent livres et escriz
Des nobles faiz et des bons diz
Que li baron et li seignour
Firent de tens ancianour.
Tourné fussent en oubliance,
Se ne fust tant de remembrance
Que Il escriture nous fait
Qui les estoires nous retrait.
Mainte cité a ja esté,
Et mainte riche poesté,
Dont nous or rien ne seüssons
Se les escriz n'en eüssons.
De Thebes est grant reparlance,
Et Babiloine ot grant puissance,
Et Troie fu de grant podnee,
Et Ninive fu grant et lee:
Qui or ireit querant les places,
A peine trouvereit les traces.
Rois fu Nabugodonosor,
Une image fist faire d'or,
Soissante coutes de hautour
Et sis coutes ot de laour;
Qui or voudreit son cors veoir,
Ne trouvereit, al mien espoir,
Qui moustrer ne dire seüst
Ou os de lui ne poudre eüst.
Mais par les bons clers qui l'escristrent,
Qui les gestes es livres mistrent,
Savons nous du vieil tens parler
Et des oevres plusours conter.
Alixandre fu rois puissanz,
Douze regnes prist en douze anz,
Moult ot terres, moult ot avoir,
Et rois fu de moult grant pooir;
Mais cil conquez poi li valut:
Envenimez fu, si mourut.
Cesar, qui tant fist et tant pot,
Qui tout le mont conquist et ot,
Onques nuls hom, puis ne avant,
Mien escient ne conquist tant,
Puis fu ocis en traïson
El Capitoile, ce savom.
Cil dui vassal qui tant conquistrent,
Tant orent terres et tant pristrent,
Après la mort, de lor honour
N'ot chascun fors que sa longour.
Quel bien lor fait, que mieuz lor est
De lor pris et de lor conquest,
Ne mais tant que l'on va disant,
Si com l'on le treuve lisant,
Qu'Alixandre et Cesar furent?
Tant i a d'eus que lor nons durent,
Et si refussent oublié
S'il escrit n'eüssent esté.
Toute rien se tourne en declin,
Tout chiet, tout meurt, tout vait à fin;
Hom meurt, fer use, fust pourrist,
Tour font, mur chiet, rose flaistrist,
Cheval trebuche, drap vieillist,
Toute oevre faite o mains perist.
Bien entent et conois et sai
Que tuit mourront, et clerc et lai,
Et moult avra lor renomee
Apres lor mort courte duree,
Se par clerc nen est mise en livre:
Ne puet par et durer ne vivre...
Le Cyprès
Ce haut cyprès ! c’est là qu’un soir est mort l’Amour,
Dans l’ombre chaude encor de sa rouge journée,
C’est là que, contre lui sa pointe retournée,
Il est tombé, percé de sa flèche à son tour.
O lieu cher et cruel et triste, où, de ce jour,
Mystérieuse et qui ne s’est jamais fanée,
De son sang a fleuri une rose obstinée
Dont semble encor la pourpre attendre son retour.
Et quelquefois, la main dans la main, ma Tristesse
Et moi, qui ne veux plus, hélas ! qu’elle me laisse,
Nous montons jusqu’ici, son pas auprès du mien.
Elle aime cette rose et moi le cyprès sombre :
Elle espère peut-être encor, mais je sais bien
Qu’où l’Amour est tombé ne revient pas son Ombre !
poem by Henri de Regnier

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Tu me desplais, quoy que belle tu soys
Tu me desplais, quoy que belle tu soys,
Tu me desplais, croy moy, je le confesse,
Et, bien qu'a moy tu desplaises, sans cesse
Je suy contreint ton amour toutesfoys.
Ton doulx regard, ta plus qu'humaine voix,
Ton port divin, tes graces, ma Deesse,
Me font t'aimer, mais ceste amour me laisse
Par la fierté, dont meurdrir tu me doys.
Ainsi le dieu, qui mon ame martire,
En ton amour, or me chasse, or m'attire,
Monstrant rigueur, et parfaite beaulté :
L'une m'enflame, et l'autre me rend glace,
Ainsi à toy m'atrait la bonne grace,
Tost m'en deboute une grand' cruaulté.
poem by Jean Antoine de Baif

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Francine a si bonne grace
Francine a si bonne grace,
Elle a si belle la face,
Elle a les sourcis tant beaux,
Et dessous, deux beaux flambeaux,
De qui la clarté seréne
Tout heur ou m'oste ou m'améne.
La belle n'a rien de fiel,
Elle est tout sucre et tout miel,
Et l'aleine qu'elle tire
Rien que parfuns ne respire.
Son baiser delicieux
C'est un vray nectar des dieux :
Elle est tant propre et tant nette,
Elle est en tout si parfette,
Elle devise tant bien,
Elle ne se coupe en rien.
Ce n'est qu'amours et blandices,
Mignardises et delices :
Elle sçait pour m'enchanter
Si doucettement chanter,
Atrempant sa voix divine,
Les baisers de ma Meline
Et tout cela que Ronsard
A chanté de plus mignard.
Elle sçait les mignardises
Qu'elle a de nouvel aprises
De Tahureau tendrelét
Plus que vous mignardelét.
Elle sçait ces mignardises,
El'les a par coeur aprises,
Du chant en ravist les cieux,
Et, je croy, les feroit mieux.
Il n'est histoire ancienne
Dont elle ne se souvienne :
En amours il n'y a rien
Qu'elle ne sçache fort bien.
Nul ne fait plus d'estime
De quelque excellante rime,
Nulle ne voit mieux un vers
Quand il cloche de travers.
Qui choisiroit une amie
De graces mieux acomplie,
Quand si heureux il seroit
Qu'elle le contraimeroit ?
Toutefois tousjours Peruse
Envers moy tousjours l'acuse,
Et m'engarder il voudroit
D'aimer en si bon endroit.
Quoy ? S'il me vouloit reprendre,
Quoy ? S'il me vouloit deffendre,
(Mais en vain) d'aimer mes yeux,
Ou chose que j'aime mieux ?
poem by Jean Antoine de Baif

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Croissant Bleu
Quand j'ai vu vos yeux pour la premiere fois,
J'etais perdu
Je suis venu a la Closerie Des Lilas tres souvent
On attend pour ces moments divins pour toute la vie
Mon coeur a ete prit par joie et mal
Quand je suis avec vous, je suis perdu
Just a few
Quand je suis amoureux, c'est la peur
Juste un peu
C'etait en octobre, il y a deux ans et c'etait la troisieme fois que je vous ai vu
J'ai pas eu le courage pour ces premiers mots impossibles
Et meme reflechir a ce probleme pour commencer une conversation etait un cliche
Quand je suis avec vous, je suis perdu
Just a few
Quand je suis amoureux, c'est la peur
Juste un peu
J'etais bien place au bar et camoufle derriere un livre tres important
Avec un sourire dans vos yeux vous m'avez demande : < Quel est le titre de
votre livre ? >
Et j'ai repondu apres une pause assez artificielle : < Je ne sais pas ! >
Quand je suis avec vous, je suis perdu
Just a few
Quand je suis amoureux, c'est la peur
Juste un peu
song performed by by Yello

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Croissant Bleu
Quand j'ai vu vos yeux pour la premiere fois,
J'etais perdu
Je suis venu a la Closerie Des Lilas tres souvent
On attend pour ces moments divins pour toute la vie
Mon coeur a ete prit par joie et mal
Quand je suis avec vous, je suis perdu
Just a few
Quand je suis amoureux, c'est la peur
Juste un peu
C'etait en octobre, il y a deux ans et c'etait la troisieme fois que je vous ai vu
J'ai pas eu le courage pour ces premiers mots impossibles
Et meme reflechir a ce probleme pour commencer une conversation etait un cliche
Quand je suis avec vous, je suis perdu
Just a few
Quand je suis amoureux, c'est la peur
Juste un peu
J'etais bien place au bar et camoufle derriere un livre tres important
Avec un sourire dans vos yeux vous m'avez demande : < Quel est le titre de
votre livre ? >
Et j'ai repondu apres une pause assez artificielle : < Je ne sais pas ! >
Quand je suis avec vous, je suis perdu
Just a few
Quand je suis amoureux, c'est la peur
Juste un peu
song performed by by Yello

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