Épigramme
Pour que ton rire pur, jeune, tendre et léger,
S’épanouisse en fleur sonore,
Il faut qu’avril verdisse aux pousses du verger,
Plus vertes d’aurore en aurore,
Il faut que l’air égal annonce le printemps
Et que la première hirondelle
Rase d’un vol aigu les roseaux de l’étang
Qui mire son retour fidèle !
Mais, quoique l’écho rie à ton rire avec toi,
Goutte à goutte et d’une eau lointaine,
N’entends-tu pas gémir et répondre à ta voix
La plainte faible des fontaines ?
poem by Henri de Regnier

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Invocation
Ombres de mes sept Sœurs et de mes sept Pensées !
Toi, par la flèche, et toi, par la pierre lancée
Au travers de la haie et par-dessus le mur ;
Toi, par la fleur tendue, et toi, par le fruit mûr
Offerts l’un à ma bouche et l’autre à mon sourire ;
Toi que la nuit endort, toi que l’aurore étire,
Toi qui ruisselles d’eau, toi qui coules de sang,
Vous toutes qui parlez, passantes, au passant,
Assises dans le soir ou debout dans l’aurore,
Le long du fleuve calme ou de la mer sonore,
Le pied sur l’herbe haute ou sur le rocher nu,
Sur la lande déserte où danse un bouc cornu
Ou dans le verger clair où chante une colombe
Tandis que l’heure, hélas ! marque d’un fruit qui tombe
Son invisible fuite et son muet retour ;
Vous qui êtes la Mort, vous qui êtes l’Amour
O flamboyantes, ô légères, ô glacées,
En vous voyant marcher dans mon âme, Pensées
Qui descendez en moi les pentes de l’oubli,
Pour que vous les miriez en son lac d’or pâli
J’ai fait à vos sept fronts à jamais sept couronnes
Avec des fleurs d’été, avec des fleurs d’automne,
Avec l’algue du fleuve et l’algue de la mer
Et des feuillages durs immortellement verts
Et des feuilles de lierre et des feuilles d’orties,
Avec des cailloux noirs et des gemmes polies ;
Et, pour qu’en ma mémoire il se revive encor,
J’ai couronné en vous mon Rêve sept fois mort.
poem by Henri de Regnier

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Chant sur le berceau
Je veille. Ne crains rien. J'attends que tu t'endormes.
Les anges sur ton front viendront poser leurs bouches.
Je ne veux pas sur toi d'un rêve ayant des formes
Farouches ;
Je veux qu'en te voyant là, ta main dans la mienne,
Le vent change son bruit d'orage en bruit de lyre.
Et que sur ton sommeil la sinistre nuit vienne
Sourire.
Le poète est penché sur les berceaux qui tremblent ;
Il leur parle, il leur dit tout bas de tendres choses,
Il est leur amoureux, et ses chansons ressemblent
Aux roses.
Il est plus pur qu'avril embaumant la pelouse
Et que mai dont l'oiseau vient piller la corbeille ;
Sa voix est un frisson d'âme, à rendre jalouse
L'abeille ;
Il adore ces nids de soie et de dentelles ;
Son coeur a des gaîtés dans la fraîche demeure
Qui font rire aux éclats avec des douceurs telles
Qu'on pleure ;
Il est le bon semeur des fraîches allégresses ;
Il rit. Mais si les rois et leurs valets sans nombre
Viennent, s'il voit briller des prunelles tigresses
Dans l'ombre,
S'il voit du Vatican, de Berlin ou de Vienne
Sortir un guet-apens, une horde, une bible,
Il se dresse, il n'en faut pas plus pour qu'il devienne
Terrible.
S'il voit ce basilic, Rome, ou cette araignée,
Ignace, ou ce vautour, Bismarck, faire leur crime,
Il gronde, il sent monter dans sa strophe indignée
L'abîme.
C'est dit. Plus de chansons. L'avenir qu'il réclame,
Les peuples et leur droit, les rois et leur bravade,
Sont comme un tourbillon de tempête où cette âme
S'évade.
Il accourt. Reviens, France, à ta fierté première !
Délivrance ! Et l'on voit cet homme qui se lève
Ayant Dieu dans le coeur et dans l'oeil la lumière
Du glaive.
Et sa pensée, errante alors comme les proues
Dans l'onde et les drapeaux dans les noires mêlées,
Est un immense char d'aurore avec des roues
Ailées.
poem by Victor Hugo

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Le Jardin
Tu m’as vu bien souvent, de ton verger voisin
Où le pampre vineux annonce le raisin,
Bien souvent, tu m’as vu, par-dessus cette haie
Que l’épine hérisse et que rougit la baie,
Tout un jour, de l’aurore au soir, en mon enclos...
Il est humble, petit, mélancolique et clos ;
Sa porte à claire-voie ouvre sur la grand’route ;
Une fontaine au fond s’épuise goutte à goutte
Et ne remplit jamais qu’à demi le bassin ;
La ruche, dans un coin, bourdonne d’un essaim
Qui rentre sous son toit dès que les fleurs sont closes.
Tout est calme. Un rosier balance quelques roses
Qui s’empourprent dans l’ombre auprès d’un vieux laurier.
Il fait beau. Sur la route, avec son chevrier,
Le troupeau qui piétine en la poussière chaude ;
Son bâton à la main, un mendiant qui rôde ;
Une femme qui rit et que l’on ne voit pas ;
Quelqu’un qui passe : rien, ni la voix, ni les pas
Ne te semblent pouvoir de lui-même distraire
Cet hôte, aux yeux baissés, du jardin solitaire.
Ai-je l’air de vouloir être ailleurs qu’où je suis ?
Le jour s’en va, rayon à rayon, bruit à bruit ;
Et la ruche incertaine et la rose indistincte
Sont l’une d’or pâli, l’autre de pourpre éteinte ;
Le crépuscule est à genoux devant le soir ;
Le laurier lentement se bronze et devient noir,
Et je reste debout dans l’ombre, et c’est à peine
Si l’on entend tout bas un peu plus la fontaine,
Et j’écoute à mon cœur en larmes dans mes yeux
L’éloquente rumeur de mon sang furieux.
poem by Henri de Regnier

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Après l'hiver (II)
N'attendez pas de moi que je vais vous donner
Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ;
La nuit meurt, l'hiver fuit ; maintenant la lumière,
Dans les champs, dans les bois, est partout la première.
Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri ;
Je sens devant l'enfance et devant le zéphyre
Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;
Mai complète ma joie et s'ajoute à mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
Accourez, la forêt chante, l'azur se dore,
Vous n'avez pas le droit d'être absents de l'aurore.
Je suis un vieux songeur et j'ai besoin de vous,
Venez, je veux aimer, être juste, être doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,
Être enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.
Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle d'air vivant qui vous pénètre,
Et l'ouverture au loin d'une blanche fenêtre ;
On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux ;
On a le doux bonheur d'être avec les oiseaux
Et de voir, sous l'abri des branches printanières,
Ces messieurs faire avec ces dames des manières.
poem by Victor Hugo

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Adieux de l'hôtesse arabe
Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays,
Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,
Ni le repos, ni l'abondance,
Ni de voir à ta voix battre le jeune sein
De nos soeurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim
Couronne un coteau de sa danse,
Adieu, voyageur blanc ! J'ai sellé de ma main,
De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin,
Ton cheval à l'oeil intrépide ;
Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à voir,
Ferme, ronde et luisante ainsi qu'un rocher noir
Que polit une onde rapide.
Tu marches donc sans cesse ! Oh ! que n'es-tu de ceux
Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux
Leur toit de branches ou de toiles !
Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits,
Et souhaitent, le soir, devant leur porte assis,
De s'en aller dans les étoiles !
Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous,
Ô jeune homme, eût aimé te servir à genoux
Dans nos huttes toujours ouvertes ;
Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants,
Pour chasser de ton front les moucherons méchants,
Un éventail de feuilles vertes.
Mais tu pars ! - Nuit et jour, tu vas seul et jaloux.
Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux
Une poussière d'étincelles ;
A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit,
Les aveugles démons qui volent dans la nuit
Souvent ont déchiré leurs ailes.
Si tu reviens, gravis, pour trouver ce hameau,
Ce mont noir qui de loin semble un dos de chameau ;
Pour trouver ma hutte fidèle,
Songe à son toit aigu comme une ruche à miel,
Qu'elle n'a qu'une porte, et qu'elle s'ouvre au ciel
Du côté d'où vient l'hirondelle.
Si tu ne reviens pas, songe un peu quelquefois
Aux filles du désert, soeurs à la douce voix,
Qui dansent pieds nus sur la dune ;
Ô beau jeune homme blanc, bel oiseau passager,
Souviens-toi, car peut-être, ô rapide étranger,
Ton souvenir reste à plus d'une !
Adieu donc ! - Va tout droit. Garde-toi du soleil
Qui dore nos fronts bruns, mais brûle un teint vermeil ;
De l'Arabie infranchissable ;
De la vieille qui va seule et d'un pas tremblant ;
Et de ceux qui le soir, avec un bâton blanc,
Tracent des cercles sur le sable !
poem by Victor Hugo

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La pierre aqueuse
C'était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d'une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête dans l'eau,
Et se noya la pauvrette
Car à sa voix trop faiblette
Nul son désastre sentit,
Puis assez loin ses compagnes
Parmi les vertes campagnes
Gardaient leur troupeau petit.
Ah ! trop cruelle aventure !
Ah ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau
Sacré pour son hyménée,
Qui l'attendant, l'a menée
Au lieu du lit, au tombeau.
Et vous, nymphes fontainières
Trop ingrates et trop fières,
Qui ne vîntes au secours
De cette jeune bergère,
Qui faisant la ménagère
Noya le fil de ses jours.
Mais en souvenance bonne
De la bergère mignonne,
Emus de pitié, les dieux
En ces pierres blanchissantes
De larmes toujours coulantes
Changent l'émail de ses yeux.
Non plus yeux, mais deux fontaines,
Dont la source et dont les veines
Sourdent du profond du coeur ;
Non plus coeur, mais une roche
Qui lamente le reproche
D'Amour et de sa rigueur.
Pierre toujours larmoyante,
A petit flots ondoyante,
Sûrs témoins de ses douleurs ;
Comme le marbre en Sipyle
Qui se fond et se distille
Goutte à goutte en chaudes pleurs.
Ô chose trop admirable,
Chose vraiment non croyable,
Voir rouler dessus les bords
Une eau vive qui ruisselle,
Et qui de course éternelle,
Va baignant ce petit corps !
Et pour le cours de cette onde
La pierre n'est moins féconde
Ni moins grosse, et vieillissant
Sa pesanteur ne s'altère :
Ains toujours demeure entière
Comme elle était en naissant.
Mais est-ce que de nature
Pour sa rare contexture
Elle attire l'air voisin,
Ou dans soi qu'elle recèle
Cette humeur qu'elle amoncelle
Pour en faire un magasin ?
Elle est de rondeur parfaite,
D'une couleur blanche et nette
Agréable et belle à voir,
Pleine d'humeur qui ballotte
Au dedans, ainsi que flotte
La glaire en l'oeuf au mouvoir.
Va, pleureuse, et te souvienne
Du sang de la plaie mienne
Qui coule et coule sans fin,
Et des plaintes épandues
Que je pousse dans les nues
Pour adoucir mon destin.
poem by Remy Belleau

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La Première Lueur Du Printemps
Ce matin, j'ai vu la première lueur du printemps.
Cet événement a ouvert une porte d'espoir,
Pour l'humanité, pour nos semblables au Moyen Orient
Et pour tous les coins, où il faisait toujours soir.
J'ai vu ton immense sourire de soleil,
Qui finalement va sécher les pleurs.
Déjà, il fait très beau. Le réveil
A été superbe. Demain, nous aurons des fleurs.
Les belles chansons des oiseaux sont de retour,
Et les troubadours cantonnent des jolis refrains de l'amour.
Ce matin, ton frais sourire est venu avec le parfum d'un temps,
Voilé de doux souvenirs d'un printemps d'antan.
Tout est merveilleux, les fruits sont frais.
Essayons d'éterniser ce temps qui est parfait.
Ce matin, j'ai vu la première lueur du printemps.
J'en suis ravi de joie; mon cœur est très content!
poem by Hebert Logerie

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Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme!
Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !
Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !
Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon âme ;
Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.
Sois toujours grave et douce, ô toi que j'idolâtre ;
Que ton humble auréole éblouisse les yeux !
Comme on verse un lait pur dans un vase d'albâtre,
Emplis de dignité ton coeur religieux.
Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protège.
Brave l'hiver. Bientôt mai sera de retour.
Dieu, pour effacer l'âge et pour fondre la neige,
Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.
poem by Victor Hugo

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Green - French Parody of Paul Verlaine - Green
Voici mon fruit, ma fleur, mes seins ronds et mes hanches,
et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.
Ne les déchirez pas avec vos deux mains blanches
et qu’à vos yeux ces beaux, ces humbles présents soient doux!
J’arrive toute ouverte, encore parfumée,
qu’on se fasse escaler des pieds à l’haut dûment!
Souffrez que ma fatigue, entre vos mains prostrée,
rêve des chers instants qui la délasseront.
Sur mon tout jeune sein venez faire la fête, -
le violon de mon corps s’accorde à vos baisers.
Laissez moi m’apaiser de la bonne tempête, -
mais ne reposez pas, il faut encore oser!
poem by Jonathan Robin

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Déception
Une eau croupie est un miroir
Plus fidèle encor qu'une eau pure,
Et l'image la transfigure,
Prêtant ses couleurs au fond noir.
Aurore, colombe et nuée
y réfléchissent leur candeur,
Et du firmament la grandeur
N'y semble pas diminuée.
A fleur de ce cloaque épais
Les couleuvres et les sangsues,
Mille bêtes inaperçues,
Rôdent sans en troubler la paix.
Le reflet d'en haut les recouvre,
Et le jeu trompeur du rayon
Donne au regard l'illusion
D'un grand vallon d'azur qui s'ouvre.
A travers ces monstres hideux
Le ciel luit sans rides ni voiles,
Il les change tous en étoiles
Et s'arrondit au-dessous d'eux.
Mais la bouche qui veut se tendre
Vers l'étoile pour s'y poser,
Sent au-devant de son baiser
Surgir un monstre pour le prendre.
Tel se reflète l'idéal
Dans les yeux d'une amante infâme,
Et telle, en y plongeant, notre âme
N'y sent de réel que le mal.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Le Bassin noir
Laisse le Printemps rire en sa gaine de pierre
Et l’Hiver qui sanglote au socle où il est pris
Jusqu’au torse, et l’Été, grave en ses nœuds fleuris,
Près de l’Automne nu qui s’empampre et s’enlierre ;
Laisse la rose double et la rose trémière
Et l’allée à dessins de sable jaune et gris
Et l’écho qui répond au rire que tu ris,
Et viens te regarder dans une eau singulière.
Elle occupe un bassin ovale et circonspecte ;
Nulle plume d’oiseau et nulle aile d’insecte
Ne raie en le frôlant l’ébène du miroir,
Et, de sa transparence où sommeillent des ors,
Tu verrais émerger d’entre son cristal noir
Le Silence à mi-voix et l’Amour à mi-corps !
poem by Henri de Regnier

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Commencement d'une illusion
Il pleut ; la brume est épaissie ;
Voici novembre et ses rougeurs
Et l'hiver, effroyable scie
Que Dieu nous fait, à nous songeurs.
L'abeille errait, l'aube était large,
L'oiseau jetait de petits cris,
Les moucherons sonnaient la charge
A l'assaut des rosiers fleuris,
C'était charmant. Adieu ces fêtes,
Adieu la joie, adieu l'été,
Adieu le tumulte des têtes
Dans le rire et dans la clarté !
Adieu les bois où le vent lutte,
Où Jean, dénicheur de moineaux,
Jouait aussi bien de la flûte
Qu'un grec de l'île de Tinos !
Il faut rentrer dans la grand'ville
Qu'Alceste laissait à Henri,
Où la foule encor serait vile
Si Voltaire n'avait pas ri.
Noir Paris ! tas de pierre morne
Qui, sans Molière et Rabelais,
Ne serait encor qu'une borne
Portant la chaîne des palais !
Il faut rentrer au labyrinthe
Des pas, des carrefours, des moeurs,
Où l'on sent une sombre crainte
Dans l'immensité des rumeurs.
Je regarderai ma voisine,
Puisque je n'ai plus d'autre fleur,
Sa vitre vague où se dessine
Son profil, divin de pâleur,
Son réchaud où s'enfle la crème,
Sa voix qui dit encor maman ;
Gare ! c'est le seuil d'un poëme,
C'est presque le bord d'un roman.
Ma voisine est une ouvrière
Au front de neige, aux dents d'émail,
Qu'on voit tous les soirs en prière
Et tous les matins au travail.
Cet ange ignore que j'existe
Et, laissant errer son oeil noir,
Sans le savoir, me rend très triste
Et très joyeux sans le vouloir.
Elle est propre, douce, fidèle,
Et tient de Dieu, qui la bénit,
Des simplicités d'hirondelle
Qui ne sait que bâtir son nid.
poem by Victor Hugo

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Invocation A La Poesie
Nymphe tendre et vermeille, ô jeune Poésie!
Quel bois est aujourd'hui ta retraite choisie?
Quelles fleurs, près d'une onde où s'égarent tes pas,
Se courbent mollement sous tes pieds délicats?
Où te faut-il chercher? Vois la saison nouvelle:
Sur son visage blanc quelle pourpre étincelle!
L'hirondelle a chanté; Zéphir est de retour:
Il revient en dansant; il ramène l'amour.
L'ombre, les prés, les fleurs, c'est sa douce famille,
Et Jupiter se plaît à contempler sa fille,
Cette terre où partout, sous tes doigts gracieux,
S'empressent de germer des vers mélodieux.
Le fleuve qui s'étend dans les vallons humides
Roule pour toi des vers doux, sonores, liquides.
Des vers, s'ouvrant en foule aux regards du soleil,
Sont ce peuple de fleurs au calice vermeil.
Et les monts, en torrents qui blanchissent leurs cimes,
Lancent des vers brillants dans le fond des abîmes.
poem by Andre Marie de Chenier

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Air de la princesse d'Orange
I
Viens, ô toi que j'adore,
Ton pas est plus joyeux
Que le vent des cieux ;
Viens, les yeux de l'aurore
Sont divins, mais tes yeux
Me regardent mieux.
Avril, c'est la jeunesse ;
Viens, sortons, la maison,
L'enclos, la prison,
Le foyer, la sagesse,
N'ont jamais eu raison
Contre la saison.
Pour peu que tu le veuilles,
Nous serons heureux ; vois,
L'aube est sur les toits,
Et l'eau court sous les feuilles,
Et l'on entend des voix
Du ciel dans les bois.
Toutes les douces choses,
L'hirondelle au retour
Dans la vieille tour,
Les chansons et les roses
Et la clarté du jour,
Sont faites d'amour.
Aimer, c'est la première
Des lois du Dieu clément.
Le bois est charmant ;
Et c'est de la lumière,
Et c'est du firmament
Qu'on fait en aimant.
Belle, à la mort tout change ;
Le ciel s'ouvre, embaumé,
Superbe, enflammé,
Et nous dit : viens ! sois ange !
Mais qui n'a pas aimé
Le trouve fermé.
II
Mai dans les bois recèle
Les amours innocents,
Les amours innocents,
L'homme en est l'étincelle,
Les amours innocents,
La femme en est l'encens.
Couchez-vous sur la mousse
Dans le beau mois de mai ;
Dans le beau mois de mai,
La chose la plus douce
Dans le beau mois de mai
C'est quand on est aimé.
Parcourez les charmilles,
Les sources, les buissons,
Les sources, les buissons ;
Autour des jeunes filles,
Les sources, les buissons
Chanteront des chansons.
Sitôt qu'une femme aime,
Au fond de son esprit,
Au fond de son esprit
Brille l'aube elle-même ;
Au fond de son esprit
Une rose fleurit.
Vous qui voulez des flammes,
Vous qui voulez des fleurs,
Vous qui voulez des fleurs,
Cherchez-en dans les âmes ;
Vous qui voulez des fleurs,
Cherchez-en dans les coeurs.
poem by Victor Hugo

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Ode: Si en un lieu solitaire
Si en un lieu solitaire
Les ennuis me font retraire
Pour me plaindre tout seulet,
Si je cherche les montagnes,
Ou des plus vertes campagnes
Le murmurant ruisselet;
Lors ces choses tant secrètes,
Bien qu'aux autres soient muettes,
Me voyant en tel émoi,
Toutes d'un chant pitoyable
Mais, hélas ! peu secourable,
Gémissent aveque moi.
En quelque part que je tourne,
Toujours le deuil y séjourne;
Le cours même du ruisseau
S'enfle aux pleurs de ma complainte;
Sa fleur tombante à ma plainte
Y pleure maint arbrisseau.
Les poissons viennent en tourbe;
Le plus fort chêne se courbe
Au son de mes piteux cris;
Et le Satyre folâtre
Tout coi délaisse à sébattre
Pour déplorer mes écrits.
Je vois l'oiseau qui se penche
Tout pensif dessus la branche,
Puis en douloureux accents
Dégoise en son doux ramage,
Qui au plus félon courage
Pourrait chatouiller les sens.
Je vois le troupeau champêtre,
Qui oublie à se repaître
Pour entendre ma chanson;
J'entr'ois les cavernes basses,
Par leurs voix rauques et lasses,
Lamenter mon triste son.
Mais que me sert faire entendre
Mon chant pitoyable et tendre,
Si une, hélas ! n'en croit rien,
Que sur toute autre j'admire,
Et que seule je désire
Se convertir à mon bien ?
poem by Jacques Tahureau

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Le vase brisé
Le vase où meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé ;
Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé ;
Personne encore ne s'en doute ;
N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime,
Effleurant le coeur, le meurtrit ;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;
Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n'y touchez pas.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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La Fleur du soir
Ne crois pas, ô passant, à me voir, quand tu passes,
Les mains vides, assis à mon seuil où s’enlace,
Au-dessus de ma tête et de mes cheveux blancs,
A soi-même le lierre égal et permanent,
Que je ne sache plus que la terre éternelle,
De saisons en saisons toujours se renouvelle.
Je n’ignore pas plus ces choses qu’autrefois
Quand, pour louer les dieux qui revivaient en moi,
Ou pour en couronner les nymphes des fontaines,
Toutes les fleurs tentaient mes deux mains incertaines.
Mais aujourd’hui, plus sage et de mon seuil, j’attends
Que l’été moins hâtif succède au court printemps,
Et, lorsque vient l’automne, aux dernières écloses,
Je choisis longuement ma rose entre les roses,
Car peut-être il faudra que cette fleur cueillie
Parfume jusqu’au soir le reste de ma vie.
poem by Henri de Regnier

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Diva, Malgré Tout, Je T'Aimerai Pour Longtemps
Diva, Malgré Tout, Je T'Aimerai Pour Longtemps
Je n'oublierai jamais la première fois
Que j'ai entendu ta majestueuse voix.
J'étais aussi heureux et jeune comme toi;
Jovial et omnipotent comme un confus roi.
Oh! Les folies de la jeunesse, les folies d'antan!
Malgré tout, Diva, je t'aimerai pour longtemps.
Tes chansons resteront au creux de mes oreilles
Toute la journée, quand je me réveille et quand je sommeille.
Je ne sais comment expliquer ce phénomène,
Je ne sais où trouver les mots pour décrire
La clarté et la beauté de ta voix qui m'inspire
Et qui me plonge dans des rêves pour des semaines.
Diva, malgré tout, je t'aimerai pour longtemps.
Rien n'est éternel, mais ta voix restera dans ma mémoire;
Même quand je perdrai l'ouïe, dans cent ans;
Même quand on m'enterrera dans la tombe noire.
Les plaisirs de la terre sont fous et éphémères;
La drogue et les stupéfiants sont des ennemis.
Pour bien vivre, il faut choisir des vrais amis,
Qui possèdent de bons principes et de bonnes manières.
Diva, j'ai des difficultés à croire que tu es partie,
Aussi vite, comme un coup d'éclair, comme la foudre.
Tu n'es plus. Demain tu prendras ton état de poudre;
Les mélodies s'entremêleront aux émois de la vie.
Je ne t'oublierai jamais. L'homme est mortel et imparfait,
C'est ce qu'on lit dans les livres bibliques, voire philosophiques.
Malgré tout, je t'aimerai pour longtemps. Que tu dors en paix,
Dans la vallée, où les passereaux imitent les sanglots angéliques!
poem by Hebert Logerie

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A Petite Jeanne
Vous eûtes donc hier un an, ma bien-aimée.
Contente, vous jasez, comme, sous la ramée,
Au fond du nid plus tiède ouvrant de vagues yeux,
Les oiseaux nouveau-nés gazouillent, tout joyeux
De sentir qu'il commence à leur pousser des plumes.
Jeanne, ta bouche est rose ; et dans les gros volumes
Dont les images font ta joie, et que je dois,
Pour te plaire, laisser chiffonner par tes doigts,
On trouve de beaux vers ; mais pas un qui te vaille
Quand tout ton petit corps en me voyant tressaille ;
Les plus fameux auteurs n'ont rien écrit de mieux
Que la pensée éclose à demi dans tes yeux,
Et que ta rêverie obscure, éparse, étrange,
Regardant l'homme avec l'ignorance de l'ange.
Jeanne, Dieu n'est pas loin puisque vous êtes là.
Ah ! vous avez un an, c'est un âge cela !
Vous êtes par moments grave, quoique ravie ;
Vous êtes à l'instant céleste de la vie
Où l'homme n'a pas d'ombre, où dans ses bras ouverts,
Quand il tient ses parents, l'enfant tient l'univers ;
Votre jeune âme vit, songe, rit, pleure, espère
D'Alice votre mère à Charles votre père ;
Tout l'horizon que peut contenir votre esprit
Va d'elle qui vous berce à lui qui vous sourit ;
Ces deux êtres pour vous à cette heure première
Sont toute la caresse et toute la lumière ;
Eux deux, eux seuls, ô Jeanne ; et c'est juste ; et je suis,
Et j'existe, humble aïeul, parce que je vous suis ;
Et vous venez, et moi je m'en vais ; et j'adore,
N'ayant droit qu'à la nuit, votre droit à l'aurore.
Votre blond frère George et vous, vous suffisez
A mon âme, et je vois vos jeux, et c'est assez ;
Et je ne veux, après mes épreuves sans nombre,
Qu'un tombeau sur lequel se découpera l'ombre
De vos berceaux dorés par le soleil levant.
Ah ! nouvelle venue innocente, et rêvant,
Vous avez pris pour naître une heure singulière ;
Vous êtes, Jeanne, avec les terreurs familière ;
Vous souriez devant tout un monde aux abois ;
Vous faites votre bruit d'abeille dans les bois,
Ô Jeanne, et vous mêlez votre charmant murmure
Au grand Paris faisant sonner sa grande armure.
Ah ! quand je vous entends, Jeanne, et quand je vous vois
Chanter, et, me parlant avec votre humble voix,
Tendre vos douces mains au-dessus de nos têtes,
Il me semble que l'ombre où grondent les tempêtes
Tremble et s'éloigne avec des rugissements sourds,
Et que Dieu fait donner à la ville aux cent tours
Désemparée ainsi qu'un navire qui sombre,
Aux énormes canons gardant le rempart sombre,
A l'univers qui penche et que Paris défend,
Sa bénédiction par un petit enfant.
poem by Victor Hugo

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Comme tous les soirs
Le vieux crapaud de la nuit glauque
Vers la lune de fiel et d'or,
C'est lui, là-bas, dans les roseaux,
La morne bouche à fleur des eaux,
Qui rauque.
Là-bas, dans les roseaux,
Ces yeux immensément ouverts
Sur les minuits de l'univers,
C'est lui, dans les roseaux,
Le vieux crapaud de mes sanglots.
Quand les taches des stellaires poisons
Mordent le plomb des horizons
- Ecoute, il se râpe du fer par l'étendue -
C'est lui, cette toujours voix entendue,
Là-bas dans les roseaux.
Monotones, à fleur des eaux,
Monotones, comme des gonds,
Monotones, s'en vont les sons
Monotones, par les automnes.
Les nuits ne sont pas assez longues
Pour que tarissent les diphtongues,
Toutes les mêmes, de ces sons,
Qui se frôlent comme des gonds.
Ni les noroîts assez stridents,
Ni les hivers assez mordants
Avec leur triple rang de dents,
Gel, givre et neige,
Afin que plus ne montent en cortège
Les lamentables lamentos
Du vieux crapaud de mes sanglots.
poem by Emile Verhaeren

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