Green - French Parody of Paul Verlaine - Green

Voici mon fruit, ma fleur, mes seins ronds et mes hanches,
et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.
Ne les déchirez pas avec vos deux mains blanches
et qu’à vos yeux ces beaux, ces humbles présents soient doux!

J’arrive toute ouverte, encore parfumée,
qu’on se fasse escaler des pieds à l’haut dûment!
Souffrez que ma fatigue, entre vos mains prostrée,
rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur mon tout jeune sein venez faire la fête, -
le violon de mon corps s’accorde à vos baisers.
Laissez moi m’apaiser de la bonne tempête, -
mais ne reposez pas, il faut encore oser!

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Vision Vérité Voyage Vers Vers Verts Verlaine

Vision Vérité Voyage Vers Vers Verts Verlaine

Voici vos fruits chou fleur aux seins ronds, aux belles hanches,
et voici mon grand coeur, qui ne bat que pour vous.
ne le déchirez pas avec vos mains si blanches,
Qu’à vos yeux bleus ces beaux cadeaux vous semblent doux !

Lundi au Vendredi, puis Samedi, Dimanche
dès ce jour du Printemps, Mars, Avril se confondent,
moi, Mars, je suis aussi, en vous Avril s’épanche, -
le karma réunit l’esprit clair, cœur profond.

Vous arrivez ouverte, encore parfumée,
prête à me caresser des pieds au cou dûment,
souffrez que ma fatigue entre vos mains dressée
répond aux doux instants qui la délasseront.

Vers votre jeune sein je viens faire la fête, -
l’archet dressé du corps à votre violon
s’accorde – un doux refrain pouvant à la tempête
virer pourtant portant l’amour vers l’ultra son.

Sonné par vos baisers – puissance insoupçonnée -
laissez moi m’apaiser après votre conquête.
Ne vous reposez pas, il faut encore oser
pour panser chaque plaie du Temps qui toujours guète!

Avant de rencontrer votre tendre reflet
mon âme voyageait trop triste et inquiète,
en vous se compléter – voyage terminé –
permet de se poser …ainsi prend fin ma quête.

Souhaitant vous chérir sans jamais renchérir
à travers arguments dictés par jalousie, -
et vous quel avenir voulez-vous voir venir
en prose, en vers rimants, où l’harmonie sourit?

Ensemble le destin au bonheur est promis,
ma main dans votre main, - l’osmose et le toucher, -
j’aspire aux lendemains aux douceurs infinies,
où tout respire enfin en calme et volupté.

Car votre beau de l’air exquis et si lyrique
ce soir et pour toujours - si vous le choisissez, -
pour un essor hors pair où tout est idyllique,
attend ma récompense – une réponse où les

vœux partagés seront couronnés de bonheur,
où la sérénité connaît aucun défi,
où toujours vous serez la plus épanouie,
où de la vie le chant unit et corps et cœur.


30 March 2005 Parody Paul VERLAINE – Green

Green - French Parody of Paul Verlaine - Green

Verbatim Veracity Vision Voyage Visiting Verlaine's Virid Verses


Key to my bliss, I’d kiss proud breasts and shapely hips,
Accept my heart so great which just for you does beat,
Refuse to [t]urn my fate with spurning fingertips
ENchanting nymph, fair Miss, receive gifts soft and sweet.

Know each day of the week there's only you to praise
As into April March stands herald to the Spring
Represent March Mars me, in you may April ph[r]ase
ENdearment, Venus speak, bestow heart, shared joy [b]ring.

Kismet come unto me as perfumed fresh, and soft,
All ready to caress from top to toe with skill
Redressing mast you bless between two hands, - aloft
Endowment’s flag flies free, responds as vessels fill.

Kiss met on your pert breast jerks, perks up, celebrates
As bow to complement your violin, in tune,
REsponds to siren song, which everywise soul sates
Now zephyr, tempest now, - all wavelength’s ‘neath Love's moon.

Knocked skittles by each kiss of unexpected power
Afford broadsword repose, whose heart is subjugate,
RElax not yet, fair rose, I'll rise again this hour,
Need no balm, Cialis, - your touch much more await.

Know, too, before fair friend we met life rhymed with blight,
A weary soul and sad had travelled lone, awry.
REgrets fast past, lets gad, you’re godsend, trip’s delight -
Nirvana, journey’s end, safe berth, rebirth, home dry.

King I and you my Queen, no jealousy unjust
All life shall heaven sent shine bright should life we share,
REveal accomplishment whose story spurns Death’s dust,
Nestled in peace serene, at ease beyond compare.

Knit close to you my fate is promised happiness
As in my hand your hand is touched by osmosis
REad oasis dreamland of infinite softness
Now we’ll anticipate voluptuous peace and bliss.

Knight fair though head in air, whose muse burns bright for you
Alwaits through night and day if so should be your choice,
REmains, soul clear, to play life's dreams at last come true.
No pair such fruits could share, should you lend me your voice…

30 March 2005 acrostic Parody Translation Paul VERLAINE – Green

GREEN

Voici mon fruit, ma fleur, mes seins ronds et mes hanches,
et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.
Ne les déchirez pas avec vos deux mains blanches
et qu’à vos yeux ces beaux, ces humbles présents soient doux!

J’arrive toute ouverte, encore parfumée,
qu’on se fasse escaler des pieds à l’haut dûment!
Souffrez que ma fatigue, entre vos mains prostrée,
rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur mon tout jeune sein venez faire la fête, -
le violon de mon corps s’accorde à vos baisers.
Laissez moi m’apaiser de la bonne tempête, -
mais ne reposez pas, il faut encore oser!


© Jonathan Robin - Poem written 24 November 1996

GREEN

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.

J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue, à vos pieds reposés
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.


Paul Verlaine: Romance sans Paroles

GREENLY


I bring, with true heart bursting just for you,
Sweet friend these branches, flowers, fruit and leaves,
And hope when white hand humble gift receives,
Beauty’s eyes will bless, not break in two.

Entering, my forehead drenched with dew
Left by dawn winds, I’d learn that love relieves.
Let my fatigue, which at thy feet here grieves,
Enchanted dream these worries two’ll eschew.

May my head on your youthful breast renew
Emotions that each kiss forever leaves,
Yet may it calm find ‘spite the storm that heaves
Now deep within, - to sleep, at rest with you.


© Jonathan Robin - Poem written 17 June 1991

Jonathan ROBIN

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Verbatim Veracity Vision Voyage Visiting Verlaine's Virid Verses

Verbatim Veracity Vision Voyage Visiting Verlaine's Virid Verses


Key to my bliss, I’d kiss proud breasts and shapely hips,
Accept my heart so great which just for you does beat,
Refuse to [t]urn my fate with spurning fingertips
ENchanting nymph, fair Miss, receive gifts soft and sweet.

Know each day of the week there's only you to praise
As into April March stands herald to the Spring
Represent March Mars me, in you may April ph[r]ase
ENdearment, Venus speak, bestow heart, shared joy [b]ring.

Kismet come unto me as perfumed fresh, and soft,
All ready to caress from top to toe with skill
Redressing mast you bless between two hands, - aloft
Endowment’s flag flies free, responds as vessels fill.

Kiss met on your pert breast jerks, perks up, celebrates
As bow to complement your violin, in tune,
REsponds to siren song, which everywise soul sates
Now zephyr, tempest now, - all wavelength’s ‘neath Love's moon.

Knocked skittles by each kiss of unexpected power
Afford broadsword repose, whose heart is subjugate,
RElax not yet, fair rose, I'll rise again this hour,
Need no balm, Cialis, - your touch much more await.

Know, too, before fair friend we met life rhymed with blight,
A weary soul and sad had travelled lone, awry.
REgrets fast past, lets gad, you’re godsend, trip’s delight -
Nirvana, journey’s end, safe berth, rebirth, home dry.

King I and you my Queen, no jealousy unjust
All life shall heaven sent shine bright should life we share,
REveal accomplishment whose story spurns Death’s dust,
Nestled in peace serene, at ease beyond compare.

Knit close to you my fate is promised happiness
As in my hand your hand is touched by osmosis
REad oasis dreamland of infinite softness
Now we’ll anticipate voluptuous peace and bliss.

Knight fair though head in air, whose muse burns bright for you
Alwaits through night and day if so should be your choice,
REmains, soul clear, to play life's dreams at last come true.
No pair such fruits could share, should you lend me your voice…

30 March 2005 acrostic Parody Translation Paul VERLAINE – Green

Vision Vérité Voyage Vers Vers Verts Verlaine

Voici vos fruits chou fleur aux seins ronds, aux belles hanches,
et voici mon grand coeur, qui ne bat que pour vous.
ne le déchirez pas avec vos mains si blanches,
Qu’à vos yeux bleus ces beaux cadeaux vous semblent doux !

Lundi au Vendredi, puis Samedi, Dimanche
dès ce jour du Printemps, Mars, Avril se confondent,
moi, Mars, je suis aussi, en vous Avril s’épanche, -
le karma réunit l’esprit clair, cœur profond.

Vous arrivez ouverte, encore parfumée,
prête à me caresser des pieds au cou dûment,
souffrez que ma fatigue entre vos mains dressée
répond aux doux instants qui la délasseront.

Vers votre jeune sein je viens faire la fête, -
l’archet dressé du corps à votre violon
s’accorde – un doux refrain pouvant à la tempête
virer pourtant portant l’amour vers l’ultra son.

Sonné par vos baisers – puissance insoupçonnée -
laissez moi m’apaiser après votre conquête.
Ne vous reposez pas, il faut encore oser
pour panser chaque plaie du Temps qui toujours guète!

Avant de rencontrer votre tendre reflet
mon âme voyageait trop triste et inquiète,
en vous se compléter – voyage terminé –
permet de se poser …ainsi prend fin ma quête.

Souhaitant vous chérir sans jamais renchérir
à travers arguments dictés par jalousie, -
et vous quel avenir voulez-vous voir venir
en prose, en vers rimants, où l’harmonie sourit?

Ensemble le destin au bonheur est promis,
ma main dans votre main, - l’osmose et le toucher, -
j’aspire aux lendemains aux douceurs infinies,
où tout respire enfin en calme et volupté.

Car votre beau de l’air exquis et si lyrique
ce soir et pour toujours - si vous le choisissez, -
pour un essor hors pair où tout est idyllique,
attend ma récompense – une réponse où les

vœux partagés seront couronnés de bonheur,
où la sérénité connaît aucun défi,
où toujours vous serez la plus épanouie,
où de la vie le chant unit et corps et cœur.


30 March 2005 Parody Paul VERLAINE – Green

Green - French Parody of Paul Verlaine - Green


GREEN

Voici mon fruit, ma fleur, mes seins ronds et mes hanches,
et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.
Ne les déchirez pas avec vos deux mains blanches
et qu’à vos yeux ces beaux, ces humbles présents soient doux!

J’arrive toute ouverte, encore parfumée,
qu’on se fasse escaler des pieds à l’haut dûment!
Souffrez que ma fatigue, entre vos mains prostrée,
rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur mon tout jeune sein venez faire la fête, -
le violon de mon corps s’accorde à vos baisers.
Laissez moi m’apaiser de la bonne tempête, -
mais ne reposez pas, il faut encore oser!


© Jonathan Robin - Poem written 24 November 1996

GREEN

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.

J’arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue, à vos pieds reposés
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s’apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.


Paul Verlaine: Romance sans Paroles

GREENLY


I bring, with true heart bursting just for you,
Sweet friend these branches, flowers, fruit and leaves,
And hope when white hand humble gift receives,
Beauty’s eyes will bless, not break in two.

Entering, my forehead drenched with dew
Left by dawn winds, I’d learn that love relieves.
Let my fatigue, which at thy feet here grieves,
Enchanted dream these worries two’ll eschew.

May my head on your youthful breast renew
Emotions that each kiss forever leaves,
Yet may it calm find ‘spite the storm that heaves
Now deep within, - to sleep, at rest with you.


© Jonathan Robin - Poem written 17 June 1991

Jonathan ROBIN

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Mets ta chaise près de la mienne

Mets ta chaise près de la mienne
Et tends les mains vers le foyer
Pour que je voie entre tes doigts
La flamme ancienne
Flamboyer ;
Et regarde le feu
Tranquillement, avec tes yeux
Qui n'ont peur d'aucune lumière
Pour qu'ils me soient encore plus francs
Quand un rayon rapide et fulgurant
Jusques au fond de toi les frappe et les éclaire.

Oh ! que notre heure est belle et jeune encore
Quand l'horloge résonne avec son timbre d'or
Et que, me rapprochant, je te frôle et te touche
Et qu'une lente et douce fièvre
Que nul de nous ne désire apaiser,
Conduit le sûr et merveilleux baiser
Des mains jusques au front, et du front jusqu'aux lèvres.

Comme je t'aime alors, ma claire bien-aimée,
Dans ta chair accueillante et doucement pâmée
Qui m'entoure à son tour et me fond dans sa joie !
Tout me devient plus cher, et ta bouche et tes bras
Et tes seins bienveillants, où mon pauvre front las,
Après l'instant de plaisir fou que tu m'octroies,
Tranquillement, près de ton coeur, reposera.

Car je t'aime encor mieux après l'heure charnelle
Quand ta bonté encor plus sûre et maternelle
Fait succéder le repos tendre à l'âpre ardeur
Et qu'après le désir criant sa violence
J'entends se rapprocher le régulier bonheur
Avec des pas si doux qu'ils ne sont que silence.

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Le ramasseur d'épaves

L'ombre qui sous la lune
Tombait, longue et pâle, des dunes,
Longeait la grève et dentelait la mer.

De loin en loin, apparaissaient des phares
Qui se mouvaient, jaunes et verts,
Avec des gestes sur la mer.

Le vieux chercheur d'épaves rares
Fouille le sable, avec des yeux d'avare,
Et va ; - son ombre
Autour de son pas lent fait de l'ombre plus sombre.

Ses pieds sont lourds et ses épaules lasses ;
Flots d'ailes blanches qui se déplacent,
Les mouettes fuient dans la nuit ;
Il les regarde, et puis s'éloigne et puis s'entête.

A revenir, et puis s'en va et puis s'arrête :
Sa petite pipe de bois
Darde soudain d'entre ses doigts
Un éclat rouge.

Un garde-côte, du haut des dunes
Qui dominent les bouges,
Parfois l'interpelle de loin,
Mais le chercheur d'épaves et de fortune
Ne répond point.

Il marche et marche, avec son vieux bâton de hêtre,
Par les chemins qui font le tour de la mer ;
Il marche et marche encore - et tout son être
Est imbibé d'orage et de grands vents amers.

Il va lassé, mais il va seul,
Rude et têtu passant du soir,
Il va toujours, toujours, toujours, avec l'espoir,
Depuis combien d'années
Gardé, que les vagues des destinées
Quand même, un jour, en leur linceul
D'écume et de fureur, étaleront,
Devant les deux yeux fous qui incendient sa tête,
L'or voyageur que les cent mains de la tempête
Jettent à l'inconnu qui marche aux horizons.

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Que tes yeux clairs, tes yeux d'été

Que tes yeux clairs, tes yeux d'été,
Me soient, sur terre,
Les images de la bonté.

Laissons nos âmes embrasées
Revêtir d'or chaque flamme de nos pensées.

Que mes deux mains contre ton coeur
Te soient, sur terre,
Les emblèmes de la douceur.

Vivons pareils à deux prières éperdues
L'une vers l'autre, à toute heure, tendues.

Que nos baisers sur nos bouches ravies
Nous soient sur terre
Les symboles de notre vie.

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Morale

Pour le tombeau de Théophile Gautier


Orner le monde avec son corps, avec son âme,
Etre aussi beau qu’on peut dans nos sombres milieux,
Dire haut ce qu’on rêve et qu’on aime le mieux,
C’est le devoir, pour tout homme et pour toute femme.

Les gens déshérités du ciel, qui n’ont ni flamme
Sous le front, ni rayons attirants dans les yeux,
Théophile Gautier, t’ont jugé vicieux,
Immoral. Mais le vent moqueur a pris leur blâme.

La splendeur de ta vie et tes vers scintillants
Te défendent, ainsi que les treize volants
Gardent rose, dans leurs frou-frous, ta Moribonde.

Elle et toi, jeunes, beaux, pour ceux qui t’auront lu
Vous vivrez. C’est le prix de quiconque a voulu
Avec son corps, avec son âme orner le monde.

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La vie ardente

Mon coeur, Je l'ai rempli du beau tumulte humain :
Tout ce qui fut vivant et haletant sur terre,
Folle audace, volonté sourde, ardeur austère
Et la révolte d'hier et l'ordre de demain
N'ont point pour les juger refroidi ma pensée.
Sombres charbons, j'ai fait de vous un grand feu d'or,
N'exaltant que sa flamme et son volant essor

Qui mêlaient leur splendeur à la vie angoissée.
Et vous, haines, vertus, vices, rages, désirs,
je vous accueillis tous, avec tous vos contrastes,
Afin que fût plus long, plus complexe et plus vaste
Le merveilleux frisson qui me fit tressaillir.
Mon coeur à moi ne vit dûment que s'il s'efforce ;
L'humanité totale a besoin d'un tourment
Qui la travaille avec fureur, comme un ferment,
Pour élargir sa vie et soulever sa force.

Qu'importe, si l'on part, qu'on n'arrive jamais,
Et que l'on voie au loin se déplacer les cimes !
L'orgueil est de monter toujours vers un sommet
Tenant la peur de soi pour le plus vil des crimes ;
Celui qui choit s'est rehaussé, quand même, un jour,
S'il a senti l'enivrement de la mêlée
L'exalter à tel point dans la haine ou l'amour,
Que sa force soudaine en parut décuplée
Et puis toucher, goûter, sentir, entendre et voir ;
Ouvrir les yeux pour regarder l'aube ou le soir
Dorer un horizon ou rosir un nuage ;
Marcher près de la mer et chanter sur la plage ;
Ecouter le vent fou danser sur la forêt
Comme sur un brasier de flammes végétales ;
Recueillir un parfum dans un flot de pétales ;
Sucer le jus d'un fruit intarissable et frais ;
Ou bien vouer des mains aux caresses profondes,
Le soir, quand, sur sa couche amoureuse, la chair
S'illumine du large éclat de ses seins clairs ;
Dites ! N'y eût-il rien que ces bonheurs au monde
Qu'il faut les accueillir pour vivre, éperdument.

O muscles que je meus avec emportement !
O rythmes de mon sang qui m'allégez tout l'être
Quelle fièvre vous entraînez à votre cours !
Voici que mon cerveau se ranime à son tour
Et qu'il cherche et se tend pour découvrir, peut-être,
Dans l'univers profond un peu de vérité.
Et je tremble et j'exulte à ouïr le mystère
Parler comme quelqu'un qui parlerait sous terre,
Et le sol bat, et mon coeur rouge et contracté
S'écrase sur ce sol pour mieux entendre encore.

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Guillaume Apollinaire

La Loreley

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vétue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le feuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

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Victor Hugo

Chanson d'autrefois (autre)

Jamais elle ne raille,
Étant un calme esprit ;
Mais toujours elle rit. -
Voici des brins de mousse avec des brins de paille ;
Fauvette des roseaux,
Fais ton nid sur les eaux.

Quand sous la clarté douce
Qui sort de tes beaux yeux,
On passe, on est joyeux. -
Voici des brins de paille avec des brins de mousse ;
Martinet de l'azur,
Fais ton nid dans mon mur.

Dans l'aube avril se mire,
Et les rameaux fleuris
Sont pleins de petits cris. -
Voici de son regard, voici de son sourire,
Amour, ô doux vainqueur,
Fais ton nid dans mon coeur.

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Victor Hugo

A Mlle Fanny de P.

Ô vous que votre âge défend,
Riez ! tout vous caresse encore.
Jouez ! chantez ! soyez l'enfant !
Soyez la fleur ; soyez l'aurore !

Quant au destin, n'y songez pas.
Le ciel est noir, la vie est sombre.
Hélas ! que fait l'homme ici-bas ?
Un peu de bruit dans beaucoup d'ombre.

Le sort est dur, nous le voyons.
Enfant ! souvent l'oeil plein de charmes
Qui jette le plus de rayons
Répand aussi le plus de larmes.

Vous que rien ne vient éprouver,
Vous avez tout, joie et délire,
L'innocence qui fait rêver,
L'ignorance qui fait sourire.

Vous avez, lys sauvé des vents,
Coeur occupé d'humbles chimères,
Ce calme bonheur des enfants,
Pur reflet du bonheur des mères.

Votre candeur vous embellit.
Je préfère à toute autre flamme
Votre prunelle que remplit
La clarté qui sort de votre âme.

Pour vous ni soucis ni douleurs,
La famille vous idolâtre.
L'été, vous courez dans les fleurs ;
L'hiver, vous jouez près de l'âtre.

La poésie, esprit des cieux,
Près de vous, enfant, s'est posée ;
Votre mère l'a dans ses yeux,
Votre père dans sa pensée.

Profitez de ce temps si doux !
Vivez ! - La joie est vite absente ;
Et les plus sombres d'entre nous
Ont eu leur aube éblouissante.

Comme on prie avant de partir,
Laissez-moi vous bénir, jeune âme, -
Ange qui serez un martyr !
Enfant qui serez une femme !

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Ma Race

Je suis le fils de cette race
Dont les cerveaux plus que les dents
Sont solides et sont ardents
Et sont voraces.

Je suis le fils de cette race
Dont les desseins ont prévalu
Dans les luttes profondes
De monde à monde,
Je suis le fils de cette race
Tenace
Qui veut, après avoir voulu,
Encore, encore et encore plus !

Races d'Europe et des soudaines Amériques,
- Ma race ! - Oh ! que vos pas sont beaux
Quand ils portent sur les sommets lyriques
Toujours plus haut
Les feux maintenus clairs des antiques flambeaux !

Le monde entier est ce jardin des Hespérides
Où vous cueillez, parmi des arbres tors,
Avec des bras fougueux, avec des mains torrides,
La force et le savoir, la volonté et l'or.

S'ils furent lourds, vos coups, dans les luttes fatales,
Du moins votre oeuvre immortelle et mentale
Recouvre, avec ses ailes de clarté,
L'oeuvre basse de cruauté.

Vos noms ? Qu'importent ceux dont l'histoire vous nomme ;
Vous vous reconnaissez toutes, au même sceau
Empreint sur vos berceaux,
D'où se lèvent les plus purs des hommes.

Avec des regards nets, puissants et ingénus,
Vous explorez la terre entière ;
Toute lueur qui filtre, à travers l'inconnu,
Devient, entre vos mains, une énorme lumière.

L'urgence d'innover vous étreint le cerveau
Et vous multipliez les escaliers mobiles
Et les rampes et les paliers nouveaux,
Là-haut, autour des vérités indélébiles.

Trouver, grouper, régler, choisir et réformer.
Vos voyages, vos recherches, votre science,
Tout se ligue pour vous armer
D'une plus lucide conscience.

Vous vous servez de l'air, de l'eau, du sol, du feu,
Vous les exorcisez de leurs terreurs dardées ;
Ceux qui furent, aux temps liturgiques, les Dieux,
S'humanisent et ne sont plus que vos idées.

Tout se règle, tout se déduit, tout se prévoit.
Le hasard, fol et vieux, sous vos calculs, se dompte ;
L'action vibre en vous, mais sans geste, sans voix,
Et ne fait qu'un avec l'intelligence prompte.

Ô les races magnifiques ! L'Est, l'Ouest, le Nord,
Terre et cieux, pôles et mers sont vos domaines.
Régnez : puisque par vous la volonté du sort
Devient de plus en plus la volonté humaine.

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Très doucement, plus doucement encore

Très doucement, plus doucement encore,
Berce ma tête entre tes bras,
Mon front fiévreux et mes yeux las ;
Très doucement, plus doucement encore.
Baise mes lèvres, et dis-moi
Ces mots plus doux à chaque aurore,
Quand me les dit ta voix,
Et que tu t'es donnée, et que je t'aime encore

Le joug surgit maussade et lourd ; la nuit
Fut de gros rêves traversée ;
La pluie et ses cheveux fouettent notre croisée
Et l'horizon est noir de nuages d'ennui.

Très doucement, plus doucement encore,
Berce ma tête entre tes bras,
Mon front fiévreux et mes yeux las ;
C'est toi qui m'es la bonne aurore,
Dont la caresse est dans ta main
Et la lumière en tes paroles douces :
Voici que je renais, sans mal et sans secousse,
Au quotidien travail qui trace, en mon chemin,
Son signe,
Et me fait vivre, avec la volonté,
D'être une arme de force et de beauté,
Aux poings d'or d'une vie insigne.

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Asseyons-nous tous deux près du chemin

Asseyons-nous tous deux près du chemin,
Sur le vieux banc rongé de moisissures,
Et que je laisse, entre tes deux mains sûres,
Longtemps s'abandonner ma main.

Avec ma main qui longtemps s'abandonne
A la douceur de se sentir sur tes genoux,
Mon coeur aussi, mon coeur fervent et doux
Semble se reposer, entre tes deux mains bonnes.

Et c'est la joie intense et c'est l'amour profond
Que nous goûtons à nous sentir si bien ensemble,
Sans qu'un seul mot trop fort sur nos lèvres ne tremble,
Ni même qu'un baiser n'aille brûler ton front.

Et nous prolongerions l'ardeur de ce silence
Et l'immobilité de nos muets désirs,
N'était que tout à coup à les sentir frémir
Je n'étreigne, sans le vouloir, tes mains qui pensent ;

Tes mains, où mon bonheur entier reste celé
Et qui jamais, pour rien au monde,
N'attenteraient à ces choses profondes
Dont nous vivons, sans en devoir parler.

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Le pardon

Pour peu que votre image en mon âme renaisse,
Je sens bien que c'est vous que j'aime encor le mieux.
Vous avez désolé l'aube de ma jeunesse,
Je veux pourtant mourir sans oublier vos yeux,

Ni votre voix surtout, sonore et caressante,
Qui pénétrait mon coeur entre toutes les voix,
Et longtemps ma poitrine en restait frémissante
Comme un luth solitaire encore ému des doigts.

Ah ! j'en connais beaucoup dont les lèvres sont belles,
Dont le front est parfait, dont le langage est doux.
Mes amis vous diront que j'ai chanté pour elles,
Ma mère vous dira que j'ai pleuré pour vous.

J'ai pleuré, mais déjà mes larmes sont plus rares ;
Je sanglotais alors, je soupire aujourd'hui ;
Puis bientôt viendra l'âge où les yeux sont avares,
Et ma tristesse un jour ne sera plus qu'ennui.

Oui, pour avoir brisé la fleur de ma jeunesse,
J'ai peur de vous haïr quand je deviendrai vieux.
Que toujours votre image en mon âme renaisse !
Que je pardonne à l'âme au souvenir des yeux !

poem by Rene Francois Armand PrudhommeReport problemRelated quotes
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C'est la bonne heure où la lampe s'allume

C'est la bonne heure où la lampe s'allume :
Tout est si calme et consolant, ce soir,
Et le silence est tel, que l'on entendrait choir
Des plumes.

C'est la bonne heure où, doucement,
S'en vient la bien-aimée,
Comme la brise ou la fumée,
Tout doucement, tout lentement.

Elle ne dit rien d'abord - et je l'écoute ;
Et son âme, que j'entends toute,
Je la surprends luire et jaillir
Et je la baise sur ses yeux.

C'est la bonne heure où la lampe s'allume,
Où les aveux
De s'être aimés le jour durant,
Du fond du coeur profond mais transparent,
S'exhument.

Et l'on se dit les simples choses :
Le fruit qu'on a cueilli dans le jardin ;
La fleur qui s'est ouverte,
D'entre les mousses vertes ;
Et la pensée éclose en des émois soudains,
Au souvenir d'un mot de tendresse fanée
Surpris au fond d'un vieux tiroir,
Sur un billet de l'autre année.

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Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon coeur

Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon coeur,
Ainsi qu'une ample fleur,
Qui s'ouvre pure et belle aux heures de rosée ;
Entre ses plis mouillés ma bouche s'est posée.

La fleur, je la cueillis avec des doigts de flamme,
Ne lui dis rien : car tous les mots sont hasardeux
C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.

La fleur qui est mon coeur et mon aveu,
Tout simplement, à tes lèvres confie
Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie
Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu.

Laissons l'esprit fleurir sur les collines
En de capricieux chemins de vanité,
Et faisons simple accueil à la sincérité
Qui tient nos deux coeurs vrais en ses mains cristallines
Et rien n'est beau comme une confession d'âmes
L'un à l'autre, le soir, lorsque la flamme
Des incomparables diamants
Brûle comme autant d'yeux
Silencieux
Le silence des firmaments.

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Victor Hugo

A mademoiselle Louise B. (II)

I

L'année en s'enfuyant par l'année est suivie.
Encore une qui meurt ! encore un pas du temps ;
Encore une limite atteinte dans la vie !
Encore un sombre hiver jeté sur nos printemps !

Le temps ! les ans ! les jours ! mots que la foule ignore !
Mots profonds qu'elle croit à d'autres mots pareils !
Quand l'heure tout à coup lève sa voix sonore,
Combien peu de mortels écoutent ses conseils !

L'homme les use, hélas ! ces fugitives heures,
En folle passion, en folle volupté,
Et croit que Dieu n'a pas fait de choses meilleures
Que les chants, les banquets, le rire et la beauté !

Son temps dans les plaisirs s'en va sans qu'il y pense.
Imprudent ! est-il sûr de demain ? d'aujourd'hui ?
En dépensant ses jours sait-il ce qu'il dépense ?
Le nombre en est compté par un autre que lui.

A peine lui vient-il une grave pensée
Quand, au sein du festin qui satisfait ses voeux,
Ivre, il voit tout à coup de sa tête affaissée
Tomber en même temps les fleurs et les cheveux ;

Quand ses projets hâtifs l'un sur l'autre s'écroulent ;
Quand ses illusions meurent à son côté ;
Quand il sent le niveau de ses jours qui s'écoulent
Baisser rapidement comme un torrent d'été.

Alors en chancelant il s'écrie, il réclame,
Il dit : Ai-je donc bu toute cette liqueur ?
Plus de vin pour ma soif ! plus d'amour pour mon âme !
Qui donc vide à la fois et ma coupe et mon coeur ?

Mais rien ne lui répond. - Et triste, et le front blême,
De ses débiles mains, de son souffle glacé,
Vainement il remue, en s'y cherchant lui-même,
Ce tas de cendre éteint qu'on nomme le passé !

II

Ainsi nous allons tous. - Mais vous dont l'âme est forte,
Vous dont le coeur est grand, vous dites : - Que m'importe
Si le temps fuit toujours,
Et si toujours un souffle emporte quand il passe,
Pêle-mêle à travers la durée et l'espace,
Les hommes et les jours ! -

Car vous avez le goût de ce qui seul peut vivre ;
Sur Dante ou sur Mozart, sur la note ou le livre,
Votre front est courbé.
Car vous avez l'amour des choses immortelles ;
Rien de ce que le temps emporte sur ses ailes
Des vôtres n'est tombé !

Quelquefois, quand l'esprit vous presse et vous réclame,
Une musique en feu s'échappe de votre âme,
Musique aux chants vainqueurs,
Au souffle pur, plus doux que l'aile des zéphires,
Qui palpite, et qui fait vibrer comme des lyres
Les fibres de nos coeurs !

Dans ce siècle où l'éclair reluit sur chaque tête,
Où le monde, jeté de tempête en tempête,
S'écrie avec frayeur,
Vous avez su vous faire, en la nuit qui redouble,
Une sérénité qui traverse sans trouble
L'orage extérieur !

Soyez toujours ainsi ! l'amour d'une famille,
Le centre autour duquel tout gravite et tout brille ;
La soeur qui nous défend ;
Prodigue d'indulgence et de blâme économe ;
Femme au coeur grave et doux ; sérieuse avec l'homme,
Folâtre avec l'enfant !

Car pour garder toujours la beauté de son âme,
Pour se remplir le coeur, riche ou pauvre, homme ou femme,
De pensers bienveillants,
Vous avez ce qu'on peut, après Dieu, sur la terre,
Contempler de plus saint et de plus salutaire,
Un père en cheveux blancs

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Le passeur d'eau

Le passeur d'eau, les mains aux rames,
A contre flot, depuis longtemps,
Luttait, un roseau vert entre les dents.

Mais celle hélas! Qui le hélait
Au delà des vagues, là-bas,
Toujours plus loin, par au delà des vagues,
Parmi les brumes reculait.

Les fenêtres, avec leurs yeux,
Et le cadran des tours, sur le rivage
Le regardaient peiner et s'acharner
De tout son corps ployé en deux
Sur les vagues sauvages.

Une rame soudain cassa
Que le courant chassa,
A flots rapides, vers la mer.

Celle là-bas qui le hélait
Dans les brumes et dans le vent, semblait
Tordre plus follement les bras,
Vers celui qui n'approchait pas.

Le passeur d'eau, avec la rame survivante,
Se prit à travailler si fort
Que tout son corps craqua d'efforts
Et que son coeur trembla de fièvre et d'épouvante.

D'un coup brusque, le gouvernail cassa
Et le courant chassa
Ce haillon morne, vers la mer.

Les fenêtres, sur le rivage,
Comme des yeux grands et fiévreux
Et les cadrans des tours, ces veuves
Droites, de mille en mille, au bord des fleuves,
Suivaient, obstinément,
Cet homme fou, en son entêtement
A prolonger son fol voyage.

Celle là-bas qui le hélait,
Dans les brumes, hurlait, hurlait,
La tête effrayamment tendue
Vers l'inconnu de l'étendue.

Le passeur d'eau, comme quelqu'un d'airain,
Planté dans la tempête blême
Avec l'unique rame, entre ses mains,
Battait les flots, mordait les flots quand même.
Ses vieux regards d'illuminé
Fouillaient l'espace halluciné
D'où lui venait toujours la voix
Lamentable, sous les cieux froids.

La rame dernière cassa,
Que le courant chassa
Comme une paille, vers la mer.

Le passeur d'eau, les bras tombants,
S'affaissa morne sur son banc,
Les reins rompus de vains efforts,
Un choc heurta sa barque à la dérive,
Il regarda, derrière lui, la rive :
Il n'avait pas quitté le bord.

Les fenêtres et les cadrans,
Avec des yeux fixes et grands
Constatèrent la fin de son ardeur ;
Mais le tenace et vieux passeur
Garda quand même encore, pour Dieu sait quand,
Le roseau vert entre ses dents.

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J'ai cru à tout jamais notre joie engourdie

J'ai cru à tout jamais notre joie engourdie
Comme un soleil fané avant qu'il ne fût nuit,
Le jour qu'avec ses bras de plomb, la maladie
M'a lourdement traîné vers son fauteuil d'ennui.

Les fleurs et le jardin m'étaient crainte ou fallace ;
Mes yeux souffraient à voir flamber les midis blancs,
Et mes deux mains, mes mains, semblaient déjà trop lasses
Pour retenir captif notre bonheur tremblant.

Mes désirs n'étaient plus que des plantes mauvaises,
Ils se mordaient entre eux comme au vent les chardons,
Je me sentais le coeur à la fois glace et braise
Et tout à coup aride et rebelle aux pardons.

Mais tu me dis le mot qui bellement console
Sans le chercher ailleurs que dans l'immense amour ;
Et je vivais avec le feu,de ta parole
Et m'y chauffais, la nuit, jusqu'au lever du jour.

L'homme diminué que je me sentais être,
Pour moi-même et pour tous, n'existait pas pour toi ;
Tu me cueillais des fleurs au bord de la fenêtre,
Et je croyais en la santé, avec ta foi.

Et tu me rapportais, dans les plis de ta robe,
L'air vivace, le vent des champs et des forêts,
Et les parfums du soir ou les odeurs de l'aube,
Et le soleil, en tes baisers profonds et frais.

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Viens lentement t'asseoir

Viens lentement t'asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi :
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi
Trouble notre prière.

Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire :
Voici le firmament plus net et translucide
Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside ;
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.

Les mille voix de l'énorme mystère
Parlent autour de toi,
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d'argent de l'invisible
Prennent ton âme et sa ferveur pour cible.
Mais tu n'as peur, oh ! simple coeur,
Mais tu n'as peur, puisque ta foi
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.

Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore ;
Un grand conseil de pureté
Flotte, comme une étrange aurore,
Sous les minuits du firmament.

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