Le Chene De Ceres

Allons chanter, assis dans les saintes forêts,
Sous ce chêne orgueilleux, favori de Cérès,
Qui loin autour de lui porte un immense ombrage,
Tu vois, de tous côtés pendant à son feuillage,
Couronnes et bandeaux et bouquets entassés,
Doux monuments des voeux par Cérès exaucés.

A son ombre souvent les nymphes bocagères
Viennent former les pas de leurs danses légères;
Pour mesurer ses flancs et leur vaste contour,
Leurs mains s'entrelaçant serpentent à l'entour:
Et, les bras étendus, vingt Dryades à peine
Pressent ce tronc noueux et dont Cérès est vaine.

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Related quotes

Et maintenant que sont tombés les hauts feuillages

Et maintenant que sont tombés les hauts feuillages
Qui tenaient le jardin sous leur ombre abrité,
On voit, à travers le branchage à nu, monter
Là-bas, vers l'horizon, les toits des vieux villages.

Tant que l'été darda sa joie, aucun de nous
Ne les a vus groupés non loin de notre porte
Mais aujourd'hui que fleurs et que feuilles sont mortes
Nous y songeons souvent avec des pensers doux.

D'autres gens vivent là, entre des murs de pierre,
Derrière un seuil usé que protège un auvent,
N'ayant pour seuls amis que la pluie et le vent
Et la lampe dont luit l'amicale lumière,

Dans l'ombre, au soir tombant, quand s'éveille le feu
Et que se tait l'horloge où le temps se balance,
Autant que nous, sans doute, ils aiment le silence
Pour se sentir penser au travers de leurs yeux.

Rien ne trouble ni pour eux ni pour nous ces heures
De profonde et tranquille et tendre intimité
Où l'on bénit l'instant qui fut d'avoir été
Et dont celle qui vient est toujours la meilleure.

Dites, comme eux aussi serrent l'ancien bonheur
Fait de peine et de joie entre leurs mains qui tremblent
Ils connaissent leurs corps qui ont vieilli ensemble
Et leurs regards usés par les mêmes douleurs.

Les roses de leur vie, ils les aiment fanées
Avec leur gloire morte et leur dernier parfum
Et le lourd souvenir de leur éclat défunt
Se frippant, feuille à feuille, au jardin des années.

Contre le noir hiver ainsi que des reclus
Ils se tiennent blottis dans leur ferveur humaine
Et rien ne les abat et rien ne les amène
A se plaindre des jours qu'ils ne possèdent plus.

Oh 1! les tranquilles gens au fond des vieux villages !
Dites, les sentons-nous voisins de notre coeur !
Et combien, dans leurs yeux, retrouvons-nous nos pleurs
Et notre force et notre ardeur dans leur courage !

Ils sont là, sous leur toit, assis autour des feux
Ou s'attardant parfois au bord de leur fenêtre,
Et, par ce soir de vent ample et flottant, peut-être
Ont-ils pensé de nous ce que nous pensons d'eux.

poem by Emile VerhaerenReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Les Scaliger

Ils dorment dans l’armure et couchés sur le dos,
Leurs mains jointes, pourtant, ont l’air prêtes encore
A l’épée, et leurs yeux que l’ombre eut peine à clore
Goûtent sournoisement un sommeil sans repos.

Et celui-là, debout, équestre, tout en haut
Du pinacle ouvragé que son bronze décore,
Semble guetter au loin quelque tragique aurore
Que l’Adige au pont rouge annonce dans ses eaux.

La vie a si longtemps, furieuse et farouche,
Menacé par leur geste et crié par leur bouche
Que l’écho vibre encor du nom des Scaliger ;

Et, pour que de la mort ils ne reviennent plus
Fouler tes dalles, ô Vérone, il a fallu
Entourer leurs tombeaux d’une grille de fer.

poem by Henri de RegnierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Les Jardins

Secrets observateurs, leur studieuse main
En des vases d'argile et de verre et d'airain
Enferme la nature et les riches campagnes.
Ce sont là leurs vallons, leurs forêts, leurs montagnes.
Barbares possesseurs, Procustes furieux,
Sous le niveau jaloux leur fer injurieux
Mutile sans pitié les plaintives dryades.
Le plomb, les murs de pierre enchaînant les naïades,
De bassins en bassins, de degrés en degrés,
Guident leur chute esclave et leurs pas mesurés,
Là, quelle muse libre et naïve et fidèle
Peut naître? Loin du bois, comme si Philomèle,
Sous leurs treillages peints dont la main du sculpteur
A ciselé l'acanthe ou le lierre imposteur,
Allait chercher ces sons dont le printemps s'honore,
Délices de la nuit, délices de l'aurore!

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Première solitude

On voit dans les sombres écoles
Des petits qui pleurent toujours ;
Les autres font leurs cabrioles,
Eux, ils restent au fond des cours.

Leurs blouses sont très bien tirées,
Leurs pantalons en bon état,
Leurs chaussures toujours cirées ;
Ils ont l'air sage et délicat.

Les forts les appellent des filles,
Et les malins des innocents :
Ils sont doux, ils donnent leurs billes,
Ils ne seront pas commerçants.

Les plus poltrons leur font des niches,
Et les gourmands sont leurs copains ;
Leurs camarades les croient riches,
Parce qu'ils se lavent les mains.

Ils frissonnent sous l'oeil du maître,
Son ombre les rend malheureux.
Ces enfants n'auraient pas dû naître,
L'enfance est trop dure pour eux !

Oh ! La leçon qui n'est pas sue,
Le devoir qui n'est pas fini !
Une réprimande reçue,
Le déshonneur d'être puni !

Tout leur est terreur et martyre :
Le jour, c'est la cloche, et, le soir,
Quand le maître enfin se retire,
C'est le désert du grand dortoir ;

La lueur des lampes y tremble
Sur les linceuls des lits de fer ;
Le sifflet des dormeurs ressemble
Au vent sur les tombes, l'hiver.

Pendant que les autres sommeillent,
Faits au coucher de la prison,
Ils pensent au dimanche, ils veillent
Pour se rappeler la maison ;

Ils songent qu'ils dormaient naguères
Douillettement ensevelis
Dans les berceaux, et que les mères
Les prenaient parfois dans leurs lits.

Ô mères, coupables absentes,
Qu'alors vous leur paraissez loin !
A ces créatures naissantes
Il manque un indicible soin ;

On leur a donné les chemises,
Les couvertures qu'il leur faut :
D'autres que vous les leur ont mises,
Elles ne leur tiennent pas chaud.

Mais, tout ingrates que vous êtes,
Ils ne peuvent vous oublier,
Et cachent leurs petites têtes,
En sanglotant, sous l'oreiller.

poem by Rene Francois Armand PrudhommeReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Ah! Je Les Reconnais

Ah! je les reconnais, et mon coeur se réveille.
O sons! ô douces voix chères à mon oreille!
O mes Muses, c'est vous; vous mon premier amour,
Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour!
Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance,
Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance,
Où j'entendais le bois murmurer et frémir,
Où leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir.
Ingrat! ô de l'amour trop coupable folie!
Souvent je les outrage et fuis et les oublie;
Et sitôt que mon coeur est en proie au chagrin,
Je les vois revenir le front doux et serein.
J'étais seul, je mourais. Seul, Lycoris absente
De soupçons inquiets m'agite et me tourmente.
Je vois tous ses appas et je vois mes dangers;
Ah! je la vois livrée à des bras étrangers.
Elles viennent! leurs voix, leur aspect me rassure:
Leur chant mélodieux assoupit ma blessure;
Je me fuis, je m'oublie, et mes esprits distraits
Se plaisent à les suivre et retrouvent la paix.
Par vous, Muses, par vous, franchissant les collines,
Soit que j'aime l'aspect des campagnes sabines,
Soit Catile ou Falerne et leurs riches coteaux,
Ou l'air de Blandusie et l'azur de ses eaux:
Par vous de l'Anio j'admire le rivage,
Par vous de Tivoli le poétique ombrage,
Et de Bacchus, assis sous des antres profonds,
La nymphe et le satyre écoutant les chansons.
Par vous la rêverie errante, vagabonde,
Livre à vos favoris la nature et le monde;
Par vous mon âme, au gré de ses illusions,
Vole et franchit les temps, les mers, les nations,
Va vivre en d'autres corps, s'égare, se promène,
Est tout ce qu'il lui plaît, car tout est son domaine.

Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin,
Je vais changer en miel les délices du thym.
Rose, un sein palpitant est ma tombe divine.
Frêle atome d'oiseau, de leur molle étamine
Je vais sous d'autres cieux dépouiller d'autres fleurs.
Le papillon plus grand offre moins de couleurs;
Et l'Orénoque impur, la Floride fertile
Admirent qu'un oiseau si tendre, si débile,
Mêle tant d'or, de pourpre, en ses riches habits,
Et pensent dans les airs voir nager des rubis.
Sur un fleuve souvent l'éclat de mon plumage
Fait à quelque Léda souhaiter mon hommage.
Souvent, fleuve moi-même, en mes humides bras
Je presse mollement des membres délicats,
Mille fraîches beautés que partout j'environne;
Je les tiens, les soulève, et murmure et bouillonne.
Mais surtout, Lycoris, Protée insidieux,
Partout autour de toi je veille, j'ai des yeux,
Partout, sylphe ou zéphyr, invisible et rapide,
Je te vois. Si ton coeur complaisant et perfide
Livre à d'autres baisers une infidèle main,
Je suis là. C'est moi seul dont le transport soudain,
Agitant tes rideaux ou ta porte secrète,
Par un bruit imprévu t'épouvante et t'arrête.
C'est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton coeur
Mon nom et tes serments et ma juste fureur...

Mais périsse l'amant que satisfait la crainte!
Périsse la beauté qui m'aime par contrainte,
Qui voit dans ses serments une pénible loi,
Et n'a point de plaisir à me garder sa foi!

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Hylas

_Au chevalier de Pange._

Le navire éloquent, fils des bois du Pénée,
Qui portait à Colchos la Grèce fortunée,
Craignant près de l'Euxin les menaces du Nord,
S'arrête, et se confie au doux calme d'un port.
Aux regards des héros le rivage est tranquille;
Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile,
Et va, pour leurs banquets sur l'herbe préparés,
Chercher une onde pure en ces bords ignorés.
Reines, au sein d'un bois, d'une source prochaine,
Trois naïades l'ont vu s'avancer dans la plaine.
Elles ont vu ce front de jeunesse éclatant,
Cette bouche, ces yeux. Et leur onde à l'instant
Plus limpide, plus belle, un plus léger zéphire,
Un murmure plus doux l'avertit et soupire.
Il accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs;
Sa main errante suit l'éclat de leurs couleurs;
Elle oublie, à les voir, l'emploi qui la demande,
Et s'égare à cueillir une belle guirlande.
Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler.
Sur l'immobile arène il l'admire couler,
Se courbe, et, s'appuyant à la rive penchante,
Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante.
De leurs roseaux touffus les trois nymphes soudain
Volent, fendent leurs eaux, l'entraînent par la main
En un lit de joncs frais et de mousses nouvelles.
Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles,
Leur bouche, en mots mielleux où l'amour est vanté,
Le rassure et le loue et flatte sa beauté.
Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine
De la jeunesse en fleur la première étamine,
Ou sèchent en riant quelques pleurs gracieux
Dont la frayeur subite avait rempli ses yeux.
'Quand ces trois corps d'albâtre atteignaient le rivage,
D'abord j'ai cru, dit-il, que c'était mon image
Qui, de cent flots brisés prompte à suivre la loi,
Ondoyante, volait et s'élançait vers moi.'

Mais Alcide inquiet, que presse un noir augure,
Va, vient, le cherche, crie auprès de l'onde pure:
'Hylas! Hylas!' Il crie et mille et mille fois.
Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix;
Et du fond des roseaux, pour le tirer de peine,
Lui répond une voix non entendue et vaine.

De Pange, c'est vers toi qu'à l'heure du réveil
Court cette jeune idylle au teint frais et vermeil.
Va trouver mon ami, va, ma fille nouvelle,
Lui disais-je. Aussitôt, pour te paraître belle,
L'eau pure a ranimé son front, ses yeux brillants;
D'une étroite ceinture elle a pressé ses flancs;
Et des fleurs sur son sein, et des fleurs sur sa tête,
Et sa flûte à la main, sa flûte qui s'apprête
A défier un jour les pipeaux de Segrais,
Seuls connus parmi nous aux nymphes des forêts.

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

La Jeune Tarentine

Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés,
Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez!

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!
Un vaisseau la portait aux bords de Camarine:
Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement
Devaient la reconduire au seuil de son amant.
Une clef vigilante a, pour cette journée,
Dans le cèdre enfermé sa robe d'hyménée,
Et l'or dont au festin ses bras seraient parés,
Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.
Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles
L'enveloppe; étonnée et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!
Son beau corps a roulé sous la vague marine.
Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,
Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.
Par ses ordres bientôt les belles Néréides
L'élèvent au-dessus des demeures humides,
Le portent au rivage, et dans ce monument
L'ont au cap du Zéphyr déposé mollement;
Puis de loin, à grands cris appelant leurs compagnes,
Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,
Répétèrent, hélas! autour de son cercueil:

'Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée;
Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée;
L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds;
Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux.'

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Les meules

Comme des tentes pour les blés
Les grandes meules fraternelles
Se rassemblent l'hiver sur les champs isolés
Et l'autan noir rôde autour d'elles

Les solides faucheurs du bourg
Les ont, sous la rude pesée
De leurs fermes genoux et de leurs coudes lourds,
Dûment, sur le sol dur, tassées.

Les grains sont tournés au-dedans,
Mais au-dehors pointent les pailles
Avec leur lame aiguë, avec leur bout mordant,
Comme des lances en bataille.

Chaque meule est dard et couteau
Contre ce qui tord, use ou case,
Contre les dents du gel et les griffes de l'eau
Et les grands vents trouant l'espace.

Ainsi, pendant les mois de rage ou de torpeur,
Se recueille, sans défaillir, leur force close.
Le grain, qui doucement au fond d'elles repose,
Y vit d'une vie ample et sourde comme un coeur.
Loin du bourg où retentissent les attelages
Et qui tille le chanvre et qui bat le méteil,
Avec leurs chaumes d'or sous un pâle soleil,
Elles forment là-bas, comme un autre village
Le silence circule autour d'elles, et, lent,
S'en vient dormir, le soir, auprès du blé qui rêve.
La lune monte et luit et le gel brusque enlève
Tout nuage au ciel torpide et somnolent ;
Et les meules alors, sous les astres sans nombre,
Semblent se redresser plus haut que les maisons
Et tout à coup atteindre et barrer l'horizon
Si loin sur les champs nus se prolongent leurs ombres.

Mais dès que cessent les temps froids
Et qu'une écume de verdure
Mousse à la cime innombrable des bois,
Toutes les meules à la fois
S'illuminent sur la plaine moins dure.
L'aile du vent bat du Midi,
Tout chant d'oiseau semble un présage.
L'alouette bondit et rebondit
En un vol saccadé vers les plus hauts nuages.
Les vieilles gens quittent leur seuil.
Oh ! cette heure où les meules
Lasses enfin d'être seules
Font bel accueil
A ceux que l'hiver grisâtre
A fiancés au coin de l'âtre
Et leur prêtent pour qu'ils s'aiment dans le mystère
L'ombre immense qu'elles étendent sur la terre.

Ils s'en viennent, chacun par un chemin à soi
Longeant les clos jusqu'à la plaine,
Et leurs pas sont pressés dès qu'ils quittent leur toit
Et courte et brusque est leur haleine.

Ils sont déjà l'un à l'autre, bien que leurs pas
Soient encor loin des grandes meules ;
Ils se tendent leurs coeurs ; ils se tendraient leurs bras
S'ils étaient seuls sur les éteules.

Et quand ils se sont joints, ils s'étreignent si fort
Qu'on dirait deux gerbes de paille
Qu'un large poing serre entre elles, et noue et tord
Autour des cornes des aumailles.

Le baiser ferme et cru court soudain sur leur peau,
Leurs corps l'un de l'autre s'enivrent,
Leur désir retenu, ainsi qu'un chien sous l'eau,
Mord, s'affole, et se délivre.

Mais jusqu'au moindre râle et jusqu'au moindre cri
De leurs spasmes réunis
Tout s'étouffe dans l'ombre et le vent qui circule
De meule en meule, au crépuscule.

Et maintenant que s'en viennent des bourgs lointains
Ceux qui transportent les graines et les pailles
Vers la grange de chaume où les fléaux travaillent,
Les meules ont vécu leur gloire et leur destin.
Elles croulent l'une après l'autre au soir penchant
Dans le vide tragique et ténébreux des champs.

Le sol redevient vert où se tassait leur masse.
Et seuls les amants clairs qui forgent l'avenir
Gardent encor dans leur coeur fou le souvenir
Des meules projetant leur ombre dans l'espace.

poem by Emile VerhaerenReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

La terre et l'enfant

Enfant sur la terre on se traîne,
Les yeux et l'âme émerveillés,
Mais, plus tard, on regarde à peine
Cette terre qu'on foule aux pieds.

Je sens déjà que je l'oublie,
Et, parfois, songeur au front las,
Je m'en repens et me rallie
Aux enfants qui vivent plus bas.

Détachés du sein de la mère,
De leurs petits pieds incertains
Ils vont reconnaître la terre
Et pressent tout de leurs deux mains ;

Ils ont de graves tête-à-tête
Avec le chien de la maison ;
Ils voient courir la moindre bête
Dans les profondeurs du gazon ;

Ils écoutent l'herbe qui pousse,
Eux seuls respirent son parfum ;
Ils contemplent les brins de mousse
Et les grains de sable un par un ;

Par tous les calices baisée,
Leur bouche est au niveau des fleurs,
Et c'est souvent de la rosée
Qu'on essuie en séchant leurs pleurs.

J'ai vu la terre aussi me tendre
Ses bras, ses lèvres, autrefois !
Depuis que je la veux comprendre,
Plus jamais je ne l'aperçois.

Elle a pour moi plus de mystère,
Désormais, que de nouveauté ;
J'y sens mon coeur plus solitaire,
Quand j'y rencontre la beauté ;

Et, quand je daigne par caprice
Avec les enfants me baisser,
J'importune cette nourrice
Qui ne veut plus me caresser.

poem by Rene Francois Armand PrudhommeReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Souvent Le Malheureux

Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs,
Et voit quelque plaisir naître au sein des douleurs.
Sous ses hauts monts ainsi l'Allobroge recèle,
Sous ses monts, de l'hiver la patrie éternelle,
Et les fleurs du printemps et les biens de l'été.
Sur leurs arides fronts le voyageur porté
S'étonne. Auprès des rocs d'âge en âge entassée,
En flots âpres et durs brille une mer glacée.
A peine sur le dos de ces sentiers luisants
Un bois armé de fer soutient ses pas glissants.
Il entend retentir la voix du précipice.
Il se tourne et partout un amas se hérisse
De sommets ou brûlés ou de glace épaissis,
Fils du vaste mont Blanc sur leurs têtes assis,
Et qui s'élève autant au-dessus de leurs cimes
Qu'ils s'élèvent eux-mêmes au-dessus des abîmes.
Mais bientôt à leurs pieds qu'il descende; à ses yeux
S'étendent mollement vallons délicieux,
Pâturages et prés, doux enfants des rosées,
Trient, Cluses, Magland, humides Élysées,
Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds
Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts.

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

La grande allée

C'est une grande allée à deux rangs de tilleuls.
Les enfants, en plein jour, n'osent y marcher seuls,
Tant elle est haute, large et sombre.
Il y fait froid l'été presque autant que l'hiver ;
On ne sait quel sommeil en appesantit l'air,
Ni quel deuil en épaissit l'ombre.

Les tilleuls sont anciens ; leurs feuillages pendants
Font muraille au dehors et font voûte au dedans,
Taillés selon leurs vieilles formes ;
L'écorce en noirs lambeaux quitte leurs troncs fendus ;
Ils ressemblent, les bras l'un vers l'autre tendus,
A des candélabres énormes ;

Mais en haut, feuille à feuille, ils composent leur nuit :
Par les jours de soleil pas un caillou ne luit
Dans le sable dur de l'allée,
Et par les jours de pluie à peine l'on entend
Le dôme vert bruire, et, d'instant en instant,
Tomber une goutte isolée.

Tout au fond, dans un temple en treillis dont le bois,
Par la mousse pourri, plie et rompt sous le poids
De la vigne vierge et du lierre,
Un amour malin rit, et de son doigt cassé
Désigne encore au loin les coeurs du temps passé
Qu'ont meurtris ses flèches de pierre.

A toute heure on sent là les mystères du soir :
Autour de la statue impassible on croit voir
Deux à deux voltiger des flammes.
L'esprit du souvenir pleure en paix dans ces lieux ;
C'est là que, malgré l'âge et les derniers adieux,
Se donnent rendez-vous les âmes,

Les âmes de tous ceux qui se sont aimés là,
De tous ceux qu'en avril le dieu jeune appela
Sous les roses de sa tonnelle ;
Et sans cesse vers lui montent ces pauvres morts ;
Ils viennent, n'ayant plus de lèvres comme alors,
S'unir sur sa bouche éternelle.

poem by Rene Francois Armand PrudhommeReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Les Gens Sans Importance

Paroles et musique : Yves Duteil
(c) 1981 by les ditions de l'critoire
Capo II
Ce sont des gens sans importance
Avec des gestes quotidiens
Qui font renatre l'esprance
Et le bonheur entre leurs mains
Ce sont des gens sans artifices
Qui vous sourient quand ils sont bien
Et vont cacher leurs cicatrices
Parmi les fleurs de leurs jardins
Ils ont le coeur un peu fragile
Et la pudeur de leurs chagrins
Leur donne un doux regard tranquille
Un peu lointain
Ce sont des gens sans importance
Et qui parfois ne disent rien
Mais qui sont l par leur silence
Quand ils sont loin
Moi j'ai le coeur en plein Dcembre
L'ami Pierrot s'en est all
En emportant mes chansons tendres
Et ton pass
Et tous les mots sans importance
Qui rsonnaient dans la maison
Mais qui sont lourds de son absence
Dans ma chanson
C'est peut-tre ceux-l qu'on pense
Quand la mort vient rder pas loin
En emportant notre insouciance
Un beau matin
tous ces gens sans importance
Avec lesquels on est si bien
Qui font renatre l'esprance
Et sans lesquels on n'est plus rien

song performed by by Yves DuteilReport problemRelated quotes
Submitted by Lucian Velea
Vote! | Copy!

Share

Les routes

Comme des clous, les gros pavés
Fixent au sol les routes claires :
Lignes et courbes de lumière
Qui décorent et divisent les terres
En ce pays de bois et de champs emblavés.

Les plus vieilles se souviennent du temps de Rome,
Quand s'en venaient les Dieux
Rôder dans les vergers des hommes
D'autres ont aperçu la fée au manteau bleu
Qui se glissait entre les saules
Avec un ver luisant fixé sur son épaule ;
Quelques-unes se complaisent aux longs détours,
Pour visiter les croix qu'on dresse aux carrefours
Ou les vierges qu'on fête en des niches de pierre ;
Et les voici, celles qui ont senti la guerre
Et sa bondissante colère
Passer.

Pendant l'hiver morne et tassé
Autour des âtres,
Les grand'routes grisâtres
Semblent languir au loin, sous un ciel lourd et bas.
Mais dès que les beaux jours les réchauffent là-bas,
Toutes partent ensemble et s'adjugent la vie.
Leurs grands gestes à travers champs convient
Au travail vaste et clair
Hommes, chevaux, herses, charrettes
Et les gamins et les fillettes
Qui s'arrêtent parfois pour écouter dans l'air
Le chant flûté et saccadé d'une alouette.

Alors
Les grand'routes, dès le matin, s'en vont d'accord
Sous les rameaux et les ombrages
Vers les prés et les eaux, les bourgs et les villages ;
Et sans fatigue et sans repos
Elles longent le mur ou le fossé des clos ;
Elles se haussent et s'inclinent
Selon la courbe lente ou brusque des collines ;
Elles tardent soudain à s'en aller plus loin
Quand embaume le trèfle ou que fleure le foin ;
Parfois l'ombre grande des nues
Flotte seule à midi sur leur surface nue ;
On les voit traverser les clairs arpents du blé
Où s'activent les bras d'un travail rassemblé ;
L'une s'éloigne à droite et puis sinue à gauche
Vers un fermier qui bine ou vers un gars qui fauche ;
L'autre descend, très humblement, tracer un rond
Autour de la cabane où vit un bûcheron
Les plus hautes et les plus larges
Transportent sur leur dos de si compactes charges
Qu'à les voir s'en aller, par les couchants vermeils,
Avec leurs charrois pleins et leurs lourds attelages,
On croirait que les toits inégaux d'un village
Sont en marche vers le soleil.

Ainsi les routes grandes ou petites
Visitent
De l'aube au soir, durant l'été,
Et la ferme vivante et le clos déserté.
Leur voisinage est doux à ceux qui, sur leur porte,
S'assoient le soir en se parlant des choses mortes.
Elles savent quel est le pas
Qui tous les jours, à telle heure, s'en va
Du bourg d'en haut au bourg d'en bas ;
Elles mènent au cimetière ou à l'église,
Elles mènent encor jusques au bois
Où quelque gars violent et sournois
Guette la fille qu'il courtise ;
Elles connaissent tout : bonheur, tristesse ou deuil
Que resserrent les murs et dérobent les seuils
Si bien que c'est et la joie et la peine
Qu'elles charrient de plaine en plaine
Avec l'entêtement de la vaillance humaine.

poem by Emile VerhaerenReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Pasiphae

Tu gémis sur l'Ida, mourante, échevelée,
O reine! ô de Minos épouse désolée!
Heureuse si jamais, dans ses riches travaux,
Cérès n'eût pour le joug élevé des troupeaux!...
Tu voles épier sous quelle yeuse obscure,
Tranquille, il ruminait son antique pâture,
Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants,
Quelle onde a ranimé l'albâtre de ses flancs.
'O nymphes, entourez, fermez, nymphes de Crète,
De ces vallons, fermez, entourez la retraite,
Si peut-être vers lui des vestiges épars
Ne viendront point guider mes pas et mes regards.'
Insensée! à travers ronces, forêts, montagnes,
Elle court. O fureur! dans les vertes campagnes,
Une belle génisse à son superbe amant
Adressait devant elle un doux mugissement.
'La perfide mourra. Jupiter la demande.'
Elle-même à son front attache la guirlande,
L'entraîne, et sur l'autel prenant le fer vengeur:
'Sois belle maintenant, et plais à mon vainqueur.'
Elle frappe, et sa haine, à la flamme lustrale,
Rit de voir palpiter le coeur de sa rivale.

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Le moulin

Le moulin tourne au fond du soir, très lentement,
Sur un ciel de tristesse et de mélancolie,
Il tourne et tourne, et sa voile, couleur de lie,
Est triste et faible et lourde et lasse, infiniment.

Depuis l'aube, ses bras, comme des bras de plainte,
Se sont tendus et sont tombés ; et les voici
Qui retombent encor, là-bas, dans l'air noirci
Et le silence entier de la nature éteinte.

Un jour souffrant d'hiver sur les hameaux s'endort,
Les nuages sont las de leurs voyages sombres,
Et le long des taillis qui ramassent leurs ombres,
Les ornières s'en vont vers un horizon mort.

Autour d'un vieil étang, quelques huttes de hêtre
Très misérablement sont assises en rond ;
Une lampe de cuivre éclaire leur plafond
Et glisse une lueur aux coins de leur fenêtre.

Et dans la plaine immense, au bord du flot dormeur,
Ces torpides maisons, sous le ciel bas, regardent,
Avec les yeux fendus de leurs vitres hagardes,
Le vieux moulin qui tourne et, las, qui tourne et meurt.

poem by Emile VerhaerenReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Moine doux

Il est des moines doux avec des traits si calmes,
Qu'on ornerait leurs mains de roses et de palmes,

Qu'on formerait, pour le porter au-dessus d'eux,
Un dais pâlement bleu comme le bleu des cieux,

Et pour leurs pas foulant les plaines de la vie,
Une route d'argent d'un chemin d'or suivie.

Et par les lacs, le long des eaux, ils s'en iraient,
Comme un cortège blanc de lys qui marcheraient.

Ces moines, dont l'esprit jette un reflet de cierge,
Sont les amants naïfs de la Très Sainte Vierge,

Ils sont ses enflammés qui vont La proclamant
Etoile de la mer et feu du firmament,

Qui jettent dans les vents la voix de ses louanges,
Avec des lèvres d'or comme le choeur des anges,

Qui l'ont priée avec des voeux si dévorants
Et des coeurs si brûlés qu'ils en ont les yeux grands,

Qui la servent enfin dans de telles délices,
Qu'ils tremperaient leur foi dans le feu des supplices,

Et qu'Elle, un soir d'amour, pour les récompenser,
Donne aux plus saints d'entre eux son Jésus à baiser.

poem by Emile VerhaerenReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share
Victor Hugo

Je prendrai par la main les deux petits enfants

Je prendrai par la main les deux petits enfants ;
J'aime les bois où sont les chevreuils et les faons,
Où les cerfs tachetés suivent les biches blanches
Et se dressent dans l'ombre effrayés par les branches ;
Car les fauves sont pleins d'une telle vapeur
Que le frais tremblement des feuilles leur fait peur.
Les arbres ont cela de profond qu'ils vous montrent
Que l'éden seul est vrai, que les coeurs s'y rencontrent,
Et que, hors les amours et les nids, tout est vain ;
Théocrite souvent dans le hallier divin
Crut entendre marcher doucement la ménade.
C'est là que je ferai ma lente promenade
Avec les deux marmots. J'entendrai tour à tour
Ce que Georges conseille à Jeanne, doux amour,
Et ce que Jeanne enseigne à George. En patriarche
Que mènent les enfants, je réglerai ma marche
Sur le temps que prendront leurs jeux et leurs repas,
Et sur la petitesse aimable de leurs pas.
Ils cueilleront des fleurs, ils mangeront des mûres.
Ô vaste apaisement des forêts ! ô murmures !
Avril vient calmer tout, venant tout embaumer.
Je n'ai point d'autre affaire ici-bas que d'aimer.

poem by Victor HugoReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Les complaintes

Les complaintes qu'on va chantant par la grand'route
Avec leurs vieux refrains de banal désespoir,
Avec leurs mots en panne et leur rythme en déroute,
Sont plus tristes encor, les dimanches, le soir,
A l'heure où vont mourir les tons et les lumières.
Le village, s'endort : la cloche des saluts
Tinte minablement et tinte ; et les chaumières
Qu'on ferme, et les volets et leurs airs vermoulus
Poussent des cris souffrants, comme des voix humaines.
Parfois, dans les vergers, un très doux meuglement
S'entend au loin et réveille un écho. Les plaines
Se remplissent de nuit et de tressaillement.
Personne. A l'horizon, rien que la solitude
Et des nuages lents qui voyagent par tas.
Et dans cet infini d'ombre et de lassitude
Et dans cette douleur des campagnes, là-bas,
Les complaintes qu'on va chantant par la grand'route,
Avec leurs vieux refrains de banal désespoir,
Avec leurs mots en panne et leur rythme en déroute,
Meurent, en cette fin de dimanche et de soir.

poem by Emile VerhaerenReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Erichthon

J'apprends, pour disputer un prix si glorieux,
Le bel art d'Érichthon, mortel prodigieux
Qui sur l'herbe glissante, en longs anneaux mobiles,
Jadis homme et serpent, traînait ses pieds agiles.
Élevé sur un axe, Érichthon le premier
Aux liens du timon attacha le coursier,
Et vainqueur, près des mers, sur les sables arides,
Fit voler à grand bruit les quadriges rapides.

Le Lapithe, hardi dans ses jeux turbulents,
Le premier, des coursiers osa presser les flancs.
Sous lui, dans un long cercle achevant leur carrière,
Ils surent aux liens livrer leur tête altière,
Blanchir un frein d'écume, et, légers, bondissants,
Agiter, mesurer leurs pas retentissants.

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share

Les Deux Cygnes

Les deux cygnes s'assoient confortablement sur l'eau,
Comme deux larges chaloupes, sous le pont de la navette,
Pendant que les oies et les canards effectuent leur pirouette.
Les mages et les autres témoins ne voulaient écrire un mot.

Que c'est beau! Ce duo dynamique ne se fâche que rarement;
Tantôt Ils se dodinent, tantôt ils plongent leur long cou,
A quelques pieds, au fond de l'eau, pour se rafraîchir, ou
Pour attraper quelques pisquettes égarées dans l'étang.

Ils ne volent pas trop souvent, sauf pour exhiber la splendeur
De leurs ailes, qui sont plus blanches que la neige de février.
C'est très joli de mirer ces créatures, qui vivent très aisées,
Dans la prairie aqueuse, encerclées d'oiseaux et de fleurs.

Les deux cygnes s'assoient confortablement sur l'eau,
Les reflets de leur silhouette ressemblent à ceux des statuettes;
Ce couple amoureux chasse les tris tris et les pisquettes,
Venant partout de tous les quatre points cardinaux.

poem by Hebert LogerieReport problemRelated quotes
Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Share