Mes Chants Savent Tout Peindre
Mes chants savent tout peindre; accours, viens les entendre.
Ma voix plaît, Astérie, elle est flexible et tendre.
Philomèle, les bois, les eaux, les pampres verts,
Les muses, le printemps, habitent dans mes vers.
Le baiser dans mes vers étincelle et respire.
La source aux pieds d'argent qui m'arrête et m'inspire
Y roule en murmurant son flot léger et pur.
Souvent avec les cieux il se pare d'azur.
Le souffle insinuant, qui frémit sous l'ombrage,
Voltige dans mes vers comme dans le feuillage.
Mes vers sont parfumés et de myrte et de fleurs,
Soit les fleurs dont l'été ranime les couleurs,
Soit celles que seize ans, été plus doux encore,
Sur une belle joue ont l'art de faire éclore.
poem by Andre Marie de Chenier

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Invocation A La Poesie
Nymphe tendre et vermeille, ô jeune Poésie!
Quel bois est aujourd'hui ta retraite choisie?
Quelles fleurs, près d'une onde où s'égarent tes pas,
Se courbent mollement sous tes pieds délicats?
Où te faut-il chercher? Vois la saison nouvelle:
Sur son visage blanc quelle pourpre étincelle!
L'hirondelle a chanté; Zéphir est de retour:
Il revient en dansant; il ramène l'amour.
L'ombre, les prés, les fleurs, c'est sa douce famille,
Et Jupiter se plaît à contempler sa fille,
Cette terre où partout, sous tes doigts gracieux,
S'empressent de germer des vers mélodieux.
Le fleuve qui s'étend dans les vallons humides
Roule pour toi des vers doux, sonores, liquides.
Des vers, s'ouvrant en foule aux regards du soleil,
Sont ce peuple de fleurs au calice vermeil.
Et les monts, en torrents qui blanchissent leurs cimes,
Lancent des vers brillants dans le fond des abîmes.
poem by Andre Marie de Chenier

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Garde à jamais dans ta mémoire
Garde à jamais dans ta mémoire,
Garde toujours
Le beau roman, la belle histoire
De nos amours !
Moi, je vois tout dans ma pensée,
Tout à la fois !
La trace par ton pied laissée
Au fond des bois,
Les champs, les pelouses qui cachent
Nos verts sentiers,
Et ta robe blanche où s'attachent
Les églantiers,
Comme si ces fleurs amoureuses
Disaient tout bas :
- Te voilà ! nous sommes heureuses !
Ne t'en va pas !
Je vois la profonde ramée
Du bois charmant
Où nous rêvions, toi, bien aimée,
Moi, bien aimant ;
Où du refus tendre et farouche
J'étais vainqueur,
Où ma bouche cherchait ta bouche,
Ton coeur mon coeur !
Viens ! la saison n'est pas finie,
L'été renaît,
Cherchons la grotte rajeunie
Qui nous connaît ;
Là, le soir, à l'heure où tout penche,
Où Dieu bénit,
Où la feuille baise la branche,
L'aile le nid,
Tous ces objets saints qui nous virent
Dans nos beaux jours
Et qui, tout palpitants, soupirent
De nos amours,
Tous les chers hôtes du bois sombre
Pensifs et doux,
Avant de s'endormir, dans l'ombre,
Parlent de nous.
Là, le rouge-gorge et la grive
Dans leurs chansons,
Le liseron et, dans l'eau vive,
Les verts cressons,
La mouche aux ailes d'or qui passe,
L'onde et le vent,
Chuchotent sans cesse à voix basse
Ton nom charmant.
Jour et nuit, au soir, à l'aurore,
A tous moments,
Entre eux ils redisent encore
Nos doux serments.
Viens, dans l'antre où nous les jurâmes,
Nous reposer !
Viens ! nous échangerons nos âmes
Dans un baiser !
poem by Victor Hugo

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Chanson d'autrefois
Quelqu'un connaît-il ma cachette ?
C'est un lieu calme, où le ciel clair
En un jour de printemps rachète
Le mal qu'ont fait six mois d'hiver.
Il y coule des eaux charmantes ;
L'iris y naît dans les roseaux ;
Et le murmure des amantes
S'y mêle au babil des oiseaux.
Là vivent, dans les fleurs, des groupes
Épars, et parfois réunis,
Avec des chants au fond des coupes
Et le silence au fond des nids.
La grâce de cette ombre heureuse
Et de ce verdoyant coteau
Semble faite des pleurs de Greuze
Et du sourire de Watteau.
Paris dans les brumes se plonge ;
Et le cabaret de Régnier
Ne vaut pas une heure de songe
Sous les branches d'un châtaignier.
Les plus belles choses du rêve
Sont celles qu'admet l'antre frais,
Et que confusément achève
Le balancement des forêts.
Je comprends peu qu'on soit superbe
Et qu'il existe des méchants,
Puisqu'on peut se coucher dans l'herbe
Et qu'il fait clair de lune aux champs.
Toutes les fleurs sont un langage
Qui nous recommande l'amour,
Qui nous berce, et qui nous engage
A mettre dans nos coeurs le jour.
Les vagues robes brillantées,
Les seins blancs et les jeunes voix
Des Phyllis et des Galatées
Conseillent le rire et les bois.
poem by Victor Hugo

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Au Chevalier De Pange
Quand la feuille en festons a couronné les bois,
L'amoureux rossignol n'étouffe point sa voix.
Il serait criminel aux yeux de la nature
Si, de ses dons heureux négligeant la culture,
Sur son triste rameau, muet dans ses amours,
Il laissait sans chanter expirer les beaux jours.
Et toi, rebelle aux dons d'une si tendre mère,
Dégoûté de poursuivre une muse étrangère
Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi,
Tu t'es fait du silence une coupable loi!
Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage
Où des jeunes rosiers le balsamique ombrage
Eût redit tes doux sons sans murmure écoutés,
T'en allais-tu chercher la muse des cités,
Cette muse, d'éclat, de pourpre environnée,
Qui, le glaive à la main, du diadème ornée,
Vient au peuple assemblé, d'une dolente voix,
Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois?
Que n'étais-tu fidèle à ces muses tranquilles
Qui cherchent la fraîcheur des rustiques asiles,
Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux,
Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux?
Viens dire à leurs concerts la beauté qui te brûle.
Amoureux, avec l'âme et la voix de Tibulle
Fuirais-tu les hameaux, ce séjour enchanté
Qui rend plus séduisant l'éclat de la beauté?
L'amour aime les champs, et les champs l'ont vu naître.
La fille d'un pasteur, une vierge champêtre,
Dans le fond d'une rose, un matin du printemps,
Le trouva nouveau-né....
Le sommeil entr'ouvrait ses lèvres colorées.
Elle saisit le bout de ses ailes dorées,
L'ôta de son berceau d'une timide main,
Tout trempé de rosée, et le mit dans son sein.
Tout, mais surtout les champs sont restés son empire.
Là tout aime, tout plaît, tout jouit, tout soupire;
Là de plus beaux soleils dorent l'azur des cieux;
Là les prés, les gazons, les bois harmonieux,
De mobiles ruisseaux la colline animée,
L'âme de mille fleurs dans les zéphyrs semée;
Là parmi les oiseaux l'amour vient se poser;
Là sous les antres frais habite le baiser.
Les muses et l'amour ont les mêmes retraites.
L'astre qui fait aimer est l'astre des poètes.
Bois, écho, frais zéphyrs, dieux champêtres et doux,
Le génie et les vers se plaisent parmi vous.
J'ai choisi parmi vous ma muse jeune et chère;
Et, bien qu'entre ses soeurs elle soit la dernière,
Elle plaît. Mes amis, vos yeux en sont témoins.
Et puis une plus belle eût voulu plus de soins;
Délicate et craintive, un rien la décourage,
Un rien sait l'animer. Curieuse et volage,
Elle va parcourant tous les objets flatteurs
Sans se fixer jamais, non plus que sur les fleurs
Les zéphyrs vagabonds, doux rivaux des abeilles,
Ou le baiser ravi sur des lèvres vermeilles.
Une source brillante, un buisson qui fleurit,
Tout amuse ses yeux; elle pleure, elle rit.
Tantôt à pas rêveurs, mélancolique et lente,
Elle erre avec une onde et pure et languissante;
Tantôt elle va, vient, d'un pas léger et sûr
Poursuit le papillon brillant d'or et d'azur,
Ou l'agile écureuil, ou dans un nid timide
Sur un oiseau surpris pose une main rapide.
Quelquefois, gravissant la mousse du rocher,
Dans une touffe épaisse elle va se cacher,
Et sans bruit épier, sur la grotte pendante,
Ce que dira le faune à la nymphe imprudente
Qui, dans cet antre sourd et des faunes ami,
Refusait de le suivre, et pourtant l'a suivi.
Souvent même, écoutant de plus hardis caprices,
Elle ose regarder au fond des précipices,
Où sur le roc mugit le torrent effréné
Du droit sommet d'un mont tout à coup déchaîné.
Elle aime aussi chanter à la moisson nouvelle,
Suivre les moissonneurs et lier la javelle.
L'Automne au front vermeil, ceint de pampres nouveaux,
Parmi les vendangeurs l'égaré en des coteaux;
Elle cueille la grappe, ou blanche, ou purpurine;
Le doux jus des raisins teint sa bouche enfantine;
Ou, s'ils pressent leurs vins, elle accourt pour les voir,
Et son bras avec eux fait crier le pressoir.
Viens, viens, mon jeune ami; viens, nos muses t'attendent;
Nos fêtes, nos banquets, nos courses te demandent;
Viens voir ensemble et l'antre et l'onde et les forêts.
Chaque soir une table aux suaves apprêts
Assoira près de nous nos belles adorées,
Ou, cherchant dans le bois des nymphes égarées,
Nous entendrons les ris, les chansons, les festins;
Et les verres emplis sous les bosquets lointains
Viendront animer l'air, et, du sein d'une treille,
De leur voix argentine égayer notre oreille.
Mais si, toujours ingrat à ces charmantes soeurs,
Ton front rejette encore leurs couronnes de fleurs;
Si de leurs soins pressants la douce impatience
N'obtient que d'un refus la dédaigneuse offense;
Qu'à ton tour la beauté dont les yeux t'ont soumis
Refuse à tes soupirs ce qu'elle t'a promis;
Qu'un rival loin de toi de ses charmes dispose;
Et, quand tu lui viendras présenter une rose,
Que l'ingrate étonnée, en recevant ce don,
Ne t'ait vu de sa vie et demande ton nom.
poem by Andre Marie de Chenier

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Air de la princesse d'Orange
I
Viens, ô toi que j'adore,
Ton pas est plus joyeux
Que le vent des cieux ;
Viens, les yeux de l'aurore
Sont divins, mais tes yeux
Me regardent mieux.
Avril, c'est la jeunesse ;
Viens, sortons, la maison,
L'enclos, la prison,
Le foyer, la sagesse,
N'ont jamais eu raison
Contre la saison.
Pour peu que tu le veuilles,
Nous serons heureux ; vois,
L'aube est sur les toits,
Et l'eau court sous les feuilles,
Et l'on entend des voix
Du ciel dans les bois.
Toutes les douces choses,
L'hirondelle au retour
Dans la vieille tour,
Les chansons et les roses
Et la clarté du jour,
Sont faites d'amour.
Aimer, c'est la première
Des lois du Dieu clément.
Le bois est charmant ;
Et c'est de la lumière,
Et c'est du firmament
Qu'on fait en aimant.
Belle, à la mort tout change ;
Le ciel s'ouvre, embaumé,
Superbe, enflammé,
Et nous dit : viens ! sois ange !
Mais qui n'a pas aimé
Le trouve fermé.
II
Mai dans les bois recèle
Les amours innocents,
Les amours innocents,
L'homme en est l'étincelle,
Les amours innocents,
La femme en est l'encens.
Couchez-vous sur la mousse
Dans le beau mois de mai ;
Dans le beau mois de mai,
La chose la plus douce
Dans le beau mois de mai
C'est quand on est aimé.
Parcourez les charmilles,
Les sources, les buissons,
Les sources, les buissons ;
Autour des jeunes filles,
Les sources, les buissons
Chanteront des chansons.
Sitôt qu'une femme aime,
Au fond de son esprit,
Au fond de son esprit
Brille l'aube elle-même ;
Au fond de son esprit
Une rose fleurit.
Vous qui voulez des flammes,
Vous qui voulez des fleurs,
Vous qui voulez des fleurs,
Cherchez-en dans les âmes ;
Vous qui voulez des fleurs,
Cherchez-en dans les coeurs.
poem by Victor Hugo

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La colombe et le lis
Femme, cette colombe au col rose et mouvant,
Que ta bouche entr'ouverte baise,
Ne l'avait pas sentie humecter si souvent
Son bec léger qui vibre d'aise.
Elle n'avait jamais reçu de toi tout bas
Les noms émus que tu lui donnes,
Ni jamais de tes doigts, à l'heure des repas,
Vu pleuvoir des graines si bonnes.
Elle n'avait jamais senti ton coeur frémir
Au vivant toucher de son aile,
Ni ses plumes trembler sous ton jeune soupir,
Ni tes larmes rouler sur elle.
Tu la laissais languir captive dans l'osier,
Et vainement d'un sanglot tendre,
D'un sanglot suppliant elle enflait son gosier :
Tu ne daignais jamais l'entendre.
Jamais les fleurs du vase où rêve le printemps
Ne furent si bien arrosées ;
Jamais, sur le lis pur et grave, si longtemps
Tes lèvres ne s'étaient posées.
Quel ancien souvenir ou quel récent amour,
Quel berceau, femme, ou quelle tombe,
A fait naître en ton coeur ce suprême retour
Vers ton lit et vers ta colombe ?
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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L’Art Des Transports De L’Ame
L'art, des transports de l'âme est un faible interprète:
L'art ne fait que des vers; le coeur seul est poète.
Sous sa fécondité le génie opprimé
Ne peut garder l'ouvrage en sa tête formé.
Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle
Se teint de sa pensée et s'échappe avec elle.
Son coeur dicte; il écrit. A ce maître divin
Il ne fait qu'obéir et que prêter sa main.
S'il est aimé, content, si rien ne le tourmente,
Si la folâtre joie et la jeunesse ardente
Étalent sur son teint l'éclat de leurs couleurs,
Ses vers, frais et vermeils, pétris d'ambre et de fleurs,
Brillants de la santé qui luit sur son visage,
Trouvent doux d'être au monde et que vieillir est sage.
Si, pauvre et généreux, son coeur vient de souffrir
Aux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir;
Si la beauté qu'il aime, inconstante et légère,
L'oublie en écoutant une amour étrangère;
De sables douloureux si ses flancs sont brûlés,
Ses tristes vers en deuil, d'un long crêpe voilés,
Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes,
Jugent qu'un prompt trépas est le seul bien des hommes.
Toujours vrai, son discours souvent se contredit.
Comme il veut, il s'exprime; il blâme, il applaudit.
Vainement la pensée est rapide et volage:
Quand elle est prête à fuir, il l'arrête au passage.
Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant,
Il fixe le passé pour lui toujours présent,
Et sait, de se connaître ayant la sage envie,
Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie.
poem by Andre Marie de Chenier

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Moine doux
Il est des moines doux avec des traits si calmes,
Qu'on ornerait leurs mains de roses et de palmes,
Qu'on formerait, pour le porter au-dessus d'eux,
Un dais pâlement bleu comme le bleu des cieux,
Et pour leurs pas foulant les plaines de la vie,
Une route d'argent d'un chemin d'or suivie.
Et par les lacs, le long des eaux, ils s'en iraient,
Comme un cortège blanc de lys qui marcheraient.
Ces moines, dont l'esprit jette un reflet de cierge,
Sont les amants naïfs de la Très Sainte Vierge,
Ils sont ses enflammés qui vont La proclamant
Etoile de la mer et feu du firmament,
Qui jettent dans les vents la voix de ses louanges,
Avec des lèvres d'or comme le choeur des anges,
Qui l'ont priée avec des voeux si dévorants
Et des coeurs si brûlés qu'ils en ont les yeux grands,
Qui la servent enfin dans de telles délices,
Qu'ils tremperaient leur foi dans le feu des supplices,
Et qu'Elle, un soir d'amour, pour les récompenser,
Donne aux plus saints d'entre eux son Jésus à baiser.
poem by Emile Verhaeren

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Soir religieux (III)
Des villages plaintifs et des champs reposés,
Voici que s'exhalait, dans la paix vespérale,
Un soupir doucement triste comme le râle
D'une vierge qui meurt pâle, les yeux baissés,
Le coeur en joie et tout au ciel déjà tendante.
Les vents étaient tombés. Seule encor remuait,
Là-bas, vers le couchant, dans l'air vide et muet,
Une cloche d'église à d'autres répondante
Et qui sonnait, sous sa mante de bronze noir,
Comme pour un départ funéraire d'escortes,
Vers des lointains perdus et des régions mortes,
La souffrance du monde éparse au fond du soir.
C'était un croisement de voix pauvres et lentes,
Si triste et deuillant qu'à l'entendre monter,
Un oiseau quelque part se remit à chanter,
Très faiblement, parmi les ramilles dolentes,
Et que les blés, calmant peu à peu leur reflux,
S'aplanirent - tandis que les forêts songeuses
Regardaient s'en aller les routes voyageuses,
A travers les terreaux, vers les doux angelus.
poem by Emile Verhaeren

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Neere
Mais telle qu'à sa mort, pour la dernière fois,
Un beau cygne soupire, et de sa douce voix,
De sa voix qui bientôt lui doit être ravie,
Chante, avant de partir, ses adieux à la vie,
Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort,
Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort:
'O vous, du Sébéthus naïades vagabondes,
Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes.
Adieu, mon Clinias! moi, celle qui te plus,
Moi, celle qui t'aimai, que tu ne verras plus.
O cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages,
Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages,
Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours
Néère tout son bien, Néère ses amours;
Cette Néère, hélas! qu'il nommait sa Néère,
Qui, pour lui criminelle, abandonna sa mère;
Qui, pour lui fugitive, errant de lieux en lieux,
Aux regards des humains n'osa lever les yeux.
Oh! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène
Calme sous ton vaisseau la vague ionienne;
Soit qu'aux bords de Pæstum, sous ta soigneuse main,
Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin;
Au coucher du soleil, si ton âme attendrie
Tombe en une muette et molle rêverie,
Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi.
Je viendrai, Clinias; je volerai vers toi.
Mon âme vagabonde, à travers le feuillage,
Frémira; sur les vents ou sur quelque nuage
Tu la verras descendre, ou du sein de la mer,
S'élevant comme un songe, étinceler dans l'air,
Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive,
Caresser, en fuyant, ton oreille attentive.'
poem by Andre Marie de Chenier

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Hylas
_Au chevalier de Pange._
Le navire éloquent, fils des bois du Pénée,
Qui portait à Colchos la Grèce fortunée,
Craignant près de l'Euxin les menaces du Nord,
S'arrête, et se confie au doux calme d'un port.
Aux regards des héros le rivage est tranquille;
Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile,
Et va, pour leurs banquets sur l'herbe préparés,
Chercher une onde pure en ces bords ignorés.
Reines, au sein d'un bois, d'une source prochaine,
Trois naïades l'ont vu s'avancer dans la plaine.
Elles ont vu ce front de jeunesse éclatant,
Cette bouche, ces yeux. Et leur onde à l'instant
Plus limpide, plus belle, un plus léger zéphire,
Un murmure plus doux l'avertit et soupire.
Il accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs;
Sa main errante suit l'éclat de leurs couleurs;
Elle oublie, à les voir, l'emploi qui la demande,
Et s'égare à cueillir une belle guirlande.
Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler.
Sur l'immobile arène il l'admire couler,
Se courbe, et, s'appuyant à la rive penchante,
Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante.
De leurs roseaux touffus les trois nymphes soudain
Volent, fendent leurs eaux, l'entraînent par la main
En un lit de joncs frais et de mousses nouvelles.
Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles,
Leur bouche, en mots mielleux où l'amour est vanté,
Le rassure et le loue et flatte sa beauté.
Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine
De la jeunesse en fleur la première étamine,
Ou sèchent en riant quelques pleurs gracieux
Dont la frayeur subite avait rempli ses yeux.
'Quand ces trois corps d'albâtre atteignaient le rivage,
D'abord j'ai cru, dit-il, que c'était mon image
Qui, de cent flots brisés prompte à suivre la loi,
Ondoyante, volait et s'élançait vers moi.'
Mais Alcide inquiet, que presse un noir augure,
Va, vient, le cherche, crie auprès de l'onde pure:
'Hylas! Hylas!' Il crie et mille et mille fois.
Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix;
Et du fond des roseaux, pour le tirer de peine,
Lui répond une voix non entendue et vaine.
De Pange, c'est vers toi qu'à l'heure du réveil
Court cette jeune idylle au teint frais et vermeil.
Va trouver mon ami, va, ma fille nouvelle,
Lui disais-je. Aussitôt, pour te paraître belle,
L'eau pure a ranimé son front, ses yeux brillants;
D'une étroite ceinture elle a pressé ses flancs;
Et des fleurs sur son sein, et des fleurs sur sa tête,
Et sa flûte à la main, sa flûte qui s'apprête
A défier un jour les pipeaux de Segrais,
Seuls connus parmi nous aux nymphes des forêts.
poem by Andre Marie de Chenier

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Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Que de rêver sous l'arbre où le ramier se pose ;
Les chars passent, j'entends grincer les durs essieux ;
Quand les filles s'en vont laver à la fontaine,
Elles prêtent l'oreille à ma chanson lointaine,
Et moi je reste au fond des bois mystérieux,
Parce que le hallier m'offre des fleurs sans nombre,
Parce qu'il me suffit de voir voler dans l'ombre
Mon chant vers les esprits et l'oiseau vers les cieux.
poem by Victor Hugo

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Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Que de rêver sous l'arbre où le ramier se pose ;
Les chars passent, j'entends grincer les durs essieux ;
Quand les filles s'en vont laver à la fontaine,
Elles prêtent l'oreille à ma chanson lointaine,
Et moi je reste au fond des bois mystérieux,
Parce que le hallier m'offre des fleurs sans nombre,
Parce qu'il me suffit de voir voler dans l'ombre
Mon chant vers les esprits et l'oiseau vers les cieux.
poem by Victor Hugo

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L’Amerique
FRAGEMENT I
_Il faut mettre ceci dans la bouche du poète (qui n'est pas moi)_:
Le poète divin, tout esprit, tout pensée,
Ne sent point dans un corps son âme embarrassée;
Il va percer le ciel aux murailles d'azur;
De la terre, des mers, le labyrinthe obscur.
Ses vars ont revêtu, prompts et légers Protées,
Les formes tour à tour à ses yeux présentées.
Les torrents, dans ses vers, du droit sommet des monts
Tonnent précipités en des gouffres profonds.
Là, des flancs sulfureux d'une ardente montagne,
Ses vers cherchent les cieux et brûlent les campagnes;
Et là, dans la mêlée aux reflux meurtriers,
Leur clameur sanguinaire échauffe les guerriers,
Puis, d'une aile glacée assemblant les nuages,
Ils volent, troublent l'onde et soufflent les naufrages,
Et répètent au loin et les longs sifflements,
Et la tempête sombre aux noirs mugissements,
Et le feu des éclairs et les cris du tonnerre.
Puis, d'un oeil doux et pur souriant à la terre,
Ils la couvrent de fleurs; ils rassérènent l'air.
Le calme suit leurs pas et s'étend sur la mer.
FRAGMENT II
_Le poète Alonzo d'Ercilla, à la fin d'un repas nocturne en plein air,
prié de chanter, chantera un morceau, astronomique._
'Salut, ô belle nuit, étincelante et sombre,
Consacrée au repos. O silence de l'ombre,
Qui n'entends que la voix de mes vers, et les cris
De la rive aréneuse où se brise Téthys.
Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre.
Lance-toi dans l'espace; et, pour franchir les airs,
Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs,
Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme.
Mes vers impatients, élancés de mon âme,
Veulent parler aux dieux, et volent où reluit
L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit.
Accours, grande nature, ô mère du génie;
Accours, reine du monde, éternelle Uranie.
Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion
Ou sur les triples feux du superbe Orion
Marchent, ou soit qu'au loin, fugitive, emportée,
Tu suives les détours de la voie argentée,
Soleils amoncelés dans le céleste azur,
Où le peuple a cru voir les traces d'un lait pur,
Descends; non, porte-moi sur ta route brûlante,
Que je m'élève au ciel comme une flamme ardente.
Déjà ce corps pesant se détache de moi.
Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus à toi.
Terre, fuis sous mes pas. L'éther où le ciel nage
M'aspire. Je parcours l'océan sans rivage.
Plus de nuit. Je n'ai plus d'un globe opaque et dur
Entre le jour et moi l'impénétrable mur.
Plus de nuit, et mon oeil et se perd et se mêle
Dans les torrents profonds de lumière éternelle.
Me voici sur les feux que le langage humain
Nomme Cassiopée et l'Ourse et le Dauphin.
Maintenant la Couronne autour de moi s'embrase.
Ici l'Aigle et le Cygne et la Lyre et Pégase.
Et voici que plus loin le Serpent tortueux
Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux.
Féconde immensité, les esprits magnanimes
Aiment à se plonger dans tes vivants abîmes,
Abîmes de clartés, où, libre de ses fers,
L'homme siège au conseil qui créa l'univers;
Où l'âme, remontant à sa grande origine,
Sent qu'elle est une part de l'essence divine...'
poem by Andre Marie de Chenier

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Deux voix dans le ciel
(extrait)
Le bleu matin dorait l'herbe dans les fossés ;
Les froids tombeaux, devant le porche de l'église,
Dormaient. Au coin du bois Pierre rencontra Lise,
Et lui dit : - Viens. - Où donc ? - Au bois. - je ne veux pas.
Les moissonneurs prenaient à l'ombre leur repas ;
Les gais pinsons jouaient sur les pierres des tombes.
- Oh ! là-bas, sur ce toit, vois toutes ces colombes !
Dit-elle ; et Pierre dit : - C'est chez moi qu'on les voit.
Viens les voir. J'ai ma chambre au bord de ce vieux toit.
J'ai chez moi la colombe et sa soeur l'hirondelle.
Tu pourras dans tes mains les prendre. - Vrai ? dit-elle,
Dans mes mains ? - Dans tes mains ! Viens-tu ? - Je n'ose pas.
Le sentier, complaisant ou traître, pas à pas,
Les mena tous les deux, pensifs, vers la chaumière.
Tout le long du chemin Lise avait peur de Pierre.
Pierre dit : - C'est ici. - Dans l'escalier étroit
Leurs souffles se mêlaient. Les colombes du toit,
Les entendant venir, fuirent à tire-d'aile.
- Où donc est la colombe ? où donc est l'hirondelle ?
Dit Lise ; et Pierre dit tout bas : - Ô ma beauté,
Les oiseaux sont partis, mais l'amour est resté.
Des roses emplissaient ce nid d'une odeur d'ambre ;
Elle entra rougissante... -
poem by Victor Hugo

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Elle était déchaussée, elle était décoiffée...
Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t'en venir dans les champs ?
Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?
Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !
Comme l'eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.
poem by Victor Hugo

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Je suis sorti des bosquets du sommeil
Je suis sorti des bosquets du sommeil,
Morose un peu de t'avoir délaissée
Sous leurs branches et leurs ombres tressées,
Loin du joyeux et matinal soleil.
Déjà luisent les phlox et les roses trémières ;
Et je m'en vais par le jardin, songeant
A des vers clairs de cristal et d'argent
Qui tinteraient, dans la lumière.
Puis tout à coup, je m'en reviens vers toi,
Avec tant de ferveur et tant d'émoi
Qu'il me semble que ma pensée
De loin, subitement, a déjà traversé,
Pour provoquer ta joie et ton réveil,
Toute l'ombre feuillue et lourde du sommeil.
Et quand je te rejoins dans notre maison tiède
Que l'ombre et le silence encore possèdent,
Mes baisers francs, mes baisers clairs,
Sonnent, comme une aubade, aux vallons de ta chair.
poem by Emile Verhaeren

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A la gloire des cieux
L'infini tout entier transparaît sous les voiles
Que lui tissent les doigts des hivers radieux
Et la forêt obscure et profonde des cieux
Laisse tomber vers nous son feuillage d'étoiles.
La mer ailée, avec ses flots d'ombre et de moire,
Parcourt, sous les feux d'or, sa pâle immensité ;
La lune est claire et ses rayons diamantés
Baignent tranquillement le front des promontoires.
S'en vont, là-bas, faisant et défaisant leurs noeuds,
Les grands fleuves d'argent, par la nuit translucide ;
Et l'on croit voir briller de merveilleux acides
Dans la coupe que tend le lac, vers les monts bleus.
La lumière, partout, éclate en floraisons
Que le rivage fixe ou que le flot balance ;
Les îles sont des nids où s'endort le silence,
Et des nimbes ardents flottent aux horizons.
Tout s'auréole et luit du zénith au nadir.
Jadis, ceux qu'exaltaient la foi et ses mystères
Apercevaient, dans la nuée autoritaire,
La main de Jéhovah passer et resplendir.
Mais aujourd'hui les yeux qui voient, scrutent là-haut,
Non plus quelque ancien dieu qui s'exile lui-même,
Mais l'embroussaillement des merveilleux problèmes
Qui nous voilent la force, en son rouge berceau.
Ô ces brassins de vie où bout en feux épars
A travers l'infini la matière féconde !
Ces flux et ces reflux de mondes vers des mondes,
Dans un balancement de toujours à jamais !
Ces tumultes brûlés de vitesse et de bruit
Dont nous n'entendons pas rugir la violence
Et d'où tombe pourtant ce colossal silence
Qui fait la paix, le calme et la beauté des nuits !
Et ces sphères de flamme et d'or, toujours plus loin,
Toujours plus haut, de gouffre en gouffre et
D'ombre en ombre,
Si haut, si loin, que tout calcul défaille et sombre
S'il veut saisir leurs nombres fous, entre ses poings !
L'infini tout entier transparaît sous les voiles
Que lui tissent les doigts des hivers radieux
Et la forêt obscure et profonde des cieux
Laisse tomber vers nous son feuillage d'étoiles.
poem by Emile Verhaeren

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Les baptêmes
Vers son manoir de marbre,
Qui domine les bois,
L'évêque en fer et en orfroi,
Le dimanche, s'en va,
Moment d'éclair et d'or, parmi les lignes d'arbres.
Le ruisseau mire sa monture
Et son pennon de haut en bas,
SI bien qu'il marche, en son voyage,
Avec sa grande image
A ses côtés, sous la ramure,
De pas en pas.
Les bois ? - ils sont luisants d'aurore
Et frémissants des fleurs qui les décorent
Les mille doigts des brises frisent,
Avec des bonds et des surprises,
Les feuillages qu'ils chimérisent ;
L'ombre elle-même est claire ; là-haut,
Se balancent les cimes unanimes,
Tandis qu'au ras du sol - tel un joyau
Qui glisserait sur la lumière -
Ailes folles, passe un oiseau.
L'évêque, avec son glaive, avec sa lance,
Vêtu d'orfroi et d'acier blanc, s'avance :
Ses éperons de diamant
Semblent du feu de firmament ;
Et son image en or et en conquête
Dit au ruisseau qui la reflète :
' Je suis pure comme ton eau,
Celui qui me projette
En ton miroir a l'âme nette
Et le cceur haut. '
L'eau entendit ces paroles d'orgueil,
Fit un coude, puis s'éloigna de l'avenue,
Vers une grotte, où, sur le seuil,
Se baignait une enfant nue,
Jouant, avec ses mains et ses cheveux,
Joyeusement, dans les flots bleus.
Elle était fralche et douce ;
Belle comme un fruit qui luit,
Rouge, sur le coussin des mousses ;
L'ombre tombait des saules,
Feuille à feuille, sur ses épaules,
Et ses doigts vifs cherchaient à la saisir ;
Elle criait et s'oubliait en son plaisir
D'être, dans l'eau et le soleil, perdue.
Du haut de sa chapelle, suspendue
Aux peupliers, la petite vierge Marie
La regardait jouer dans l'eau fleurie,
Et n'ayant peur de sa tranquille nudité
Lui dit en se penchant de son côté :
' Naïve et frêle enfant de l'eau, des fleurs, des branches,
C'est toi la pure, c'est toi la franche.
Le ruisseau blanc qui s'écoule vers toi,
C'est le baptême vrai que je t'envoie.
J'aime ton corps doux et béni,
Comme celui de mon Jésus,
A Bethléem, quand les souffles unis
Du boeuf et de l'ânon se penchèrent dessus.
Ton âme est claire à ma pensée
Qui te voit vivre, avec les fleurs
Et l'eau, dans une entente de fraîcheur
Et de splendeur exorcisées. '
' Tu es toi-même une prière
Balbutiée, au cours des temps,
Depuis que s'exalte la terre
Immortelle vers le printemps. '
' L'homme de pouvoir d'or et de force mitrée
Qui rythme son orgueil brutal et chamarré,
Au galop lourd de son cheval là-bas,
N'est pas
Celui qui vit vraiment, selon sa vie.
L'eau pure, à l'entendre, s'enfuit ;
Les brindilles et les branches se cassent ;
Les oiselets rentrent au nid avec frayeur ;
Et la nature entière a peur
Des éclats durs de la cuirasse. '
Pendant que la vierge parlait,
L'enfant, sans rien savoir, mêlait,
Continûment, ses mains et ses cheveux
Aux mains et aux cheveux
Des eaux vertes et des eaux bleues.
Toute l'innocence des choses
La pénétrait et la sacrait
D'une simple et religieuse apothéose,
Et sa tête, de la grâce immense baignée,
N'avait pas même l'air étonnée.
Tandis qu'au loin, parmi les arbres,
L'évêque en or
Montait vers son manoir de marbre :
Les hauts donjons et leurs pierres meurtries
Etalent chaudes et humides encor
De récentes et féroces tueries ;
Et les taches rouges des murs épais,
A mesure qu'il avançait,
Absorbaient l'ombre
De sa marche farouche et sombre,
Avec leurs bouches de sang frais.
poem by Emile Verhaeren

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La Jeune Captive
'L'épi naissant mûrit de la faux respecté;
Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été
Boit les doux présents de l'aurore;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui,
Je ne veux point mourir encore.
'Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort,
Moi je pleure et j'espère; au noir souffle du nord
Je plie et relève ma tête.
S'il est des jours amers, il en est de si doux!
Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts?
Quelle mer n'a point de tempête?
'L'illusion féconde habite dans mon sein.
D'une prison sur moi les murs pèsent en vain,
J'ai les ailes de l'espérance;
Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel,
Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel
Philomèle chante et s'élance.
'Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors,
Et tranquille je veille, et ma veille aux remords
Ni mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux;
Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux
Ranime presque de la joie.
'Mon beau voyage encore est si loin de sa fin!
Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
J'ai passé les premiers à peine.
Au banquet de la vie à peine commencé,
Un instant seulement mes lèvres ont pressé
La coupe en mes mains encor pleine.
'Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson;
Et comme le soleil, de saison en saison,
Je veux achever mon année.
Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin,
Je n'ai vu luire encor que les feux du matin:
Je veux achever ma journée.
'O mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi;
Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi,
Le pâle désespoir dévore.
Pour moi Palès encore a des asiles verts,
Les Amours des baisers, les Muses des concerts;
Je ne veux point mourir encore!'
Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois
S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,
Ces voeux d'une jeune captive;
Et secouant le faix de mes jours languissants,
Aux douces lois des vers je pliai les accents
De sa bouche aimable et naïve.
Ces chants, de ma prison témoins harmonieux,
Feront à quelque amant des loisirs studieux
Chercher quelle fut cette belle:
La grâce décorait son front et ses discours,
Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours
Ceux qui les passeront près d'elle.
poem by Andre Marie de Chenier

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