
J'aime l'araignée
J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
Parce qu'on les hait ;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;
Parce qu'elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu'elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;
Parce qu'elles sont prises dans leur oeuvre ;
Ô sort ! fatals noeuds !
Parce que l'ortie est une couleuvre,
L'araignée un gueux;
Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,
Parce qu'on les fuit,
Parce qu'elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit...
Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !
Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie
De les écraser,
Pour peu qu'on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !
poem by Victor Hugo

Submitted by Poetry Lover
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La Noix
Allez, allez
Comment ca va, comment ca va ?
Et vous, et vous ?
Au dbut de la saison elle est toujours de bonne humeur
Le monsieur est pauvre
Et si la lune tombe
Il va la chasse, sans classe, en face
Dans la rue
Les femmes attendent
Elles rient de lui
Parce qu'il leur offre une noix
Cette saison
Les femmes attendent
Elles rient de lui
Parce qu'il leur offre une noix
Allez, allez
Comment ca va, comment ca va ?
Et vous, et vous ?
Aprs cette aventure il va dans un bar
Triste, parce qu'il a encore une noix
Il espre le miracle
Ce soir il prend sa guitare
Il chante
Dans la rue
Les femmes attendent
Elles rient de lui
Parce qu'il leur offre une noix
Cette saison
Les femmes attendent
Elles rient de lui
Parce qu'il leur offre une noix
Allez, allez
Comment ca va, comment ca va ?
Et vous, et vous ? (2x)
Comment ca va
song performed by by Guano Apes

Submitted by Lucian Velea
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Parle Moı D’amour (Love Poem)
Je t'aime ouvertement
Mais ça tu ne peux pas le voir
Parce que tu regardes
Dans la mauvaise direction
Tourne-toi à présent
Et tu verras.
Je t'aime discrètement
Mais ça tu ne peux pas l'entendre
Parce que tu écoutes
Dans la surdité du silence
Cherche notre amour à présent
Et tu l'entendras.
Je t'aime entièrement
Mais ça tu ne peux pas l'éprouver
Parce que nous nous touchons
Parfois dans la tristesse
Serre-moi plus fort à présent
Et tu le sentiras.
poem by Ian Beckett

Submitted by Poetry Lover
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Première solitude
On voit dans les sombres écoles
Des petits qui pleurent toujours ;
Les autres font leurs cabrioles,
Eux, ils restent au fond des cours.
Leurs blouses sont très bien tirées,
Leurs pantalons en bon état,
Leurs chaussures toujours cirées ;
Ils ont l'air sage et délicat.
Les forts les appellent des filles,
Et les malins des innocents :
Ils sont doux, ils donnent leurs billes,
Ils ne seront pas commerçants.
Les plus poltrons leur font des niches,
Et les gourmands sont leurs copains ;
Leurs camarades les croient riches,
Parce qu'ils se lavent les mains.
Ils frissonnent sous l'oeil du maître,
Son ombre les rend malheureux.
Ces enfants n'auraient pas dû naître,
L'enfance est trop dure pour eux !
Oh ! La leçon qui n'est pas sue,
Le devoir qui n'est pas fini !
Une réprimande reçue,
Le déshonneur d'être puni !
Tout leur est terreur et martyre :
Le jour, c'est la cloche, et, le soir,
Quand le maître enfin se retire,
C'est le désert du grand dortoir ;
La lueur des lampes y tremble
Sur les linceuls des lits de fer ;
Le sifflet des dormeurs ressemble
Au vent sur les tombes, l'hiver.
Pendant que les autres sommeillent,
Faits au coucher de la prison,
Ils pensent au dimanche, ils veillent
Pour se rappeler la maison ;
Ils songent qu'ils dormaient naguères
Douillettement ensevelis
Dans les berceaux, et que les mères
Les prenaient parfois dans leurs lits.
Ô mères, coupables absentes,
Qu'alors vous leur paraissez loin !
A ces créatures naissantes
Il manque un indicible soin ;
On leur a donné les chemises,
Les couvertures qu'il leur faut :
D'autres que vous les leur ont mises,
Elles ne leur tiennent pas chaud.
Mais, tout ingrates que vous êtes,
Ils ne peuvent vous oublier,
Et cachent leurs petites têtes,
En sanglotant, sous l'oreiller.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Que de rêver sous l'arbre où le ramier se pose ;
Les chars passent, j'entends grincer les durs essieux ;
Quand les filles s'en vont laver à la fontaine,
Elles prêtent l'oreille à ma chanson lointaine,
Et moi je reste au fond des bois mystérieux,
Parce que le hallier m'offre des fleurs sans nombre,
Parce qu'il me suffit de voir voler dans l'ombre
Mon chant vers les esprits et l'oiseau vers les cieux.
poem by Victor Hugo

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Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose
Que de rêver sous l'arbre où le ramier se pose ;
Les chars passent, j'entends grincer les durs essieux ;
Quand les filles s'en vont laver à la fontaine,
Elles prêtent l'oreille à ma chanson lointaine,
Et moi je reste au fond des bois mystérieux,
Parce que le hallier m'offre des fleurs sans nombre,
Parce qu'il me suffit de voir voler dans l'ombre
Mon chant vers les esprits et l'oiseau vers les cieux.
poem by Victor Hugo

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Chanson
J’ai fleuri l’ombre odorante
Et j’ai parfumé la nuit
De la senteur expirante
De ces roses d’aujourd’hui.
En elles se continue,
Pétale à pétale, un peu
Du charme de t’avoir vue
Les cueillir toutes en feu.
Est-ce moi, si ce sont elles ?
Tout change et l’on cherche en vain
A faire une heure éternelle
D’un instant qui fut divin ;
Mais tant qu’elles sont vivantes
De ce qui reste de lui
Respire l’ombre odorante
De ces roses d’aujourd’hui.
poem by Henri de Regnier

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Les Esclaves D’Amour
'Les esclaves d'amour ont tant versé de pleurs!
S'il a quelques plaisirs, il a tant de douleurs!
Qu'il garde ses plaisirs. Dans un vallon tranquille,
Les muses contre lui nous offrent un asile;
Les muses, seul objet de mes jeunes désirs,
Mes uniques amours, mes uniques plaisirs.
L'amour n'ose troubler la paix de ce rivage.
Leurs modestes regards ont, loin de leur bocage,
Fait fuir ce dieu cruel, leur légitime effroi,
Chastes muses, veillez, veillez toujours sur moi.'
--'Non, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des muses.
Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses.
Le coeur qui n'aime rien a beau les implorer,
Leur troupe qui s'enfuit ne veut pas l'inspirer.
Qu'un amant les invoque, et sa voix les attire.
C'est ainsi que toujours elles montent ma lyre.
Si je chante les dieux, ou les héros, soudain
Ma langue balbutie et se travaille en vain.
Si je chante l'amour, ma chanson d'elle-même
S'écoule de ma bouche et vole à ce que j'aime.'
poem by Andre Marie de Chenier

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A Vianden
Il songe. Il s'est assis rêveur sous un érable.
Entend-il murmurer la forêt vénérable ?
Regarde-t-il les fleurs ? regarde-t-il les cieux ?
Il songe. La nature au front mystérieux
Fait tout ce qu'elle peut pour apaiser les hommes ;
Du coteau plein de vigne au verger plein de pommes
Les mouches viennent, vont, reviennent ; les oiseaux
Jettent leur petite ombre errante sur les eaux ;
Le moulin prend la source et l'arrête au passage ;
L'étang est un miroir où le frais paysage
Se renverse et se change en vague vision ;
Tout dans la profondeur fait une fonction ;
Pas d'atome qui n'ait sa tâche ; tout s'agite ;
Le grain dans le sillon, la bête dans son gîte,
Ont un but ; la matière obéit à l'aimant ;
L'immense herbe infinie est un fourmillement ;
Partout le mouvement sans relâche et sans trêve,
Dans ce qui pousse, croît, monte, descend, se lève,
Dans le nid, dans le chien harcelant les troupeaux,
Dans l'astre ; et la surface est le vaste repos ;
En dessous tout s'efforce, en dessus tout sommeille ;
On dirait que l'obscure immensité vermeille
Qui balance la mer pour bercer l'alcyon,
Et que nous appelons Vie et Création,
Charmante, fait semblant de dormir, et caresse
L'universel travail avec de la paresse.
Quel éblouissement pour l'oeil contemplateur !
De partout, du vallon, du pré, de la hauteur,
Du bois qui s'épaissit et du ciel qui rougeoie,
Sort cette ombre, la paix, et ce rayon, la joie.
Et maintenant, tandis qu'à travers les ravins,
Une petite fille avec des yeux divins
Et de lestes pieds nus dignes de Praxitèle,
Chasse à coups de sarment sa chèvre devant elle,
Voici ce qui remue en l'âme du banni :
- Hélas ! tout n'est pas dit et tout n'est pas fini
Parce qu'on a creusé dans la rue une fosse,
Parce qu'un chef désigne un mur où l'on adosse
De pauvres gens devant les feux de pelotons,
Parce qu'on exécute au hasard, à tâtons,
Sans choix, sous la mitraille et sous la fusillade,
Pères, mères, le fou, le brigand, le malade,
Et qu'on fait consumer en hâte par la chaux
Des corps d'hommes sanglants et d'enfants encor chauds !
poem by Victor Hugo

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Hymne
Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau !
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
À ceux qu'enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts !
C'est pour ces morts, dont l'ombre est ici bienvenue,
Que le haut Panthéon élève dans la nue,
Au-dessus de Paris, la ville aux mille tours,
La reine de nos Tyrs et de nos Babylones,
Cette couronne de colonnes
Que le soleil levant redore tous les jours !
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
À ceux qu'enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts !
Ainsi, quand de tels morts sont couchés dans la tombe,
En vain l'oubli, nuit sombre où va tout ce qui tombe,
Passe sur leur sépulcre où nous nous inclinons ;
Chaque jour, pour eux seuls se levant plus fidèle,
La gloire, aube toujours nouvelle,
Fait luire leur mémoire et redore leurs noms !
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
A ceux qu'enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts !
poem by Victor Hugo

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La synagogue
Ottomar Scholem et Abraham Loeweren
Coiffés de feutres verts le matin du sabbat
Vont à la synagogue en longeant le Rhin
Et les coteaux où les vignes rougissent là-bas
Ils se disputent et crient des choses qu'on ose à peine traduire
Bâtard conçu pendant les règles ou Que le diable entre dans ton père
Le vieux Rhin soulève sa face ruisselante et se détourne pour sourire
Ottomar Scholem et Abraham Loeweren sont en colère
Parce que pendant le sabbat on ne doit pas fumer
Tandis que les chrétiens passent avec des cigares allumés
Et parce qu'Ottomar et Abraham aiment tous deux
Lia aux yeux de brebis et dont le ventre avance un peu
Pourtant tout à l'heure dans la synagogue l'un après l'autre
Ils baiseront la thora en soulevant leur beau chapeau
Parmi les feuillards de la fête des cabanes
Ottomar en chantant sourira à Abraham
Ils déchanteront sans mesure et les voix graves des hommes
Feront gémir un Léviathan au fond du Rhin comme une voix d'automne
Et dans la synagogue pleine de chapeaux on agitera les loulabim
Hanoten ne Kamoth bagoim tholahoth baleoumim
poem by Guillaume Apollinaire

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Les caresses
Les caresses ne sont que d'inquiets transports,
Infructueux essais du pauvre amour qui tente
L'impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente !
O femme, vainement tu serres dans tes bras
Tes enfants, vrais lambeaux de ta plus pure essence :
Ils ne sont plus toi-même, ils sont eux, les ingrats !
Et jamais, plus jamais, tu ne les reprendras,
Tu leur as dit adieu le jour de leur naissance.
Et tu pleures ta mère, ô fils, en l'embrassant ;
Regrettant que ta vie aujourd'hui t'appartienne,
Tu fais pour la lui rendre un effort impuissant :
Va ! Ta chair ne peut plus redevenir son sang,
Sa force ta santé, ni sa vertu la tienne.
Amis, pour vous aussi l'embrassement est vain,
Vains les regards profonds, vaines les mains pressées :
Jusqu'à l'âme on ne peut s'ouvrir un droit chemin ;
On ne peut mettre, hélas ! Tout le coeur dans la main,
Ni dans le fond des yeux l'infini des pensées.
Et vous, plus malheureux en vos tendres langueurs
Par de plus grands désirs et des formes plus belles,
Amants que le baiser force à crier : 'Je meurs !'
Vos bras sont las avant d'avoir mêlé vos coeurs,
Et vos lèvres n'ont pu que se brûler entre elles.
Les caresses ne sont que d'inquiets transports,
Infructueux essais d'un pauvre amour qui tente
L'impossible union des âmes par les corps.
Vous êtes séparés et seuls comme les morts,
Misérables vivants que le baiser tourmente.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Les meules
Comme des tentes pour les blés
Les grandes meules fraternelles
Se rassemblent l'hiver sur les champs isolés
Et l'autan noir rôde autour d'elles
Les solides faucheurs du bourg
Les ont, sous la rude pesée
De leurs fermes genoux et de leurs coudes lourds,
Dûment, sur le sol dur, tassées.
Les grains sont tournés au-dedans,
Mais au-dehors pointent les pailles
Avec leur lame aiguë, avec leur bout mordant,
Comme des lances en bataille.
Chaque meule est dard et couteau
Contre ce qui tord, use ou case,
Contre les dents du gel et les griffes de l'eau
Et les grands vents trouant l'espace.
Ainsi, pendant les mois de rage ou de torpeur,
Se recueille, sans défaillir, leur force close.
Le grain, qui doucement au fond d'elles repose,
Y vit d'une vie ample et sourde comme un coeur.
Loin du bourg où retentissent les attelages
Et qui tille le chanvre et qui bat le méteil,
Avec leurs chaumes d'or sous un pâle soleil,
Elles forment là-bas, comme un autre village
Le silence circule autour d'elles, et, lent,
S'en vient dormir, le soir, auprès du blé qui rêve.
La lune monte et luit et le gel brusque enlève
Tout nuage au ciel torpide et somnolent ;
Et les meules alors, sous les astres sans nombre,
Semblent se redresser plus haut que les maisons
Et tout à coup atteindre et barrer l'horizon
Si loin sur les champs nus se prolongent leurs ombres.
Mais dès que cessent les temps froids
Et qu'une écume de verdure
Mousse à la cime innombrable des bois,
Toutes les meules à la fois
S'illuminent sur la plaine moins dure.
L'aile du vent bat du Midi,
Tout chant d'oiseau semble un présage.
L'alouette bondit et rebondit
En un vol saccadé vers les plus hauts nuages.
Les vieilles gens quittent leur seuil.
Oh ! cette heure où les meules
Lasses enfin d'être seules
Font bel accueil
A ceux que l'hiver grisâtre
A fiancés au coin de l'âtre
Et leur prêtent pour qu'ils s'aiment dans le mystère
L'ombre immense qu'elles étendent sur la terre.
Ils s'en viennent, chacun par un chemin à soi
Longeant les clos jusqu'à la plaine,
Et leurs pas sont pressés dès qu'ils quittent leur toit
Et courte et brusque est leur haleine.
Ils sont déjà l'un à l'autre, bien que leurs pas
Soient encor loin des grandes meules ;
Ils se tendent leurs coeurs ; ils se tendraient leurs bras
S'ils étaient seuls sur les éteules.
Et quand ils se sont joints, ils s'étreignent si fort
Qu'on dirait deux gerbes de paille
Qu'un large poing serre entre elles, et noue et tord
Autour des cornes des aumailles.
Le baiser ferme et cru court soudain sur leur peau,
Leurs corps l'un de l'autre s'enivrent,
Leur désir retenu, ainsi qu'un chien sous l'eau,
Mord, s'affole, et se délivre.
Mais jusqu'au moindre râle et jusqu'au moindre cri
De leurs spasmes réunis
Tout s'étouffe dans l'ombre et le vent qui circule
De meule en meule, au crépuscule.
Et maintenant que s'en viennent des bourgs lointains
Ceux qui transportent les graines et les pailles
Vers la grange de chaume où les fléaux travaillent,
Les meules ont vécu leur gloire et leur destin.
Elles croulent l'une après l'autre au soir penchant
Dans le vide tragique et ténébreux des champs.
Le sol redevient vert où se tassait leur masse.
Et seuls les amants clairs qui forgent l'avenir
Gardent encor dans leur coeur fou le souvenir
Des meules projetant leur ombre dans l'espace.
poem by Emile Verhaeren

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Les promeneuses
Au long de promenoirs qui s'ouvrent sur la nuit
- Balcons de fleurs, rampes de flammes -
Des femmes en deuil de leur âme
Entrecroisent leurs pas sans bruit.
Le travail de la ville et s'épuise et s'endort :
Une atmosphère éclatante et chimique
Etend au loin ses effluves sur l'or
Myriadaire d'un grand décor panoramique.
Comme des clous, le gaz fixe ses diamants
Autour de coupoles illuminées ;
Des colonnes passionnées
Tordent de la douleur au firmament.
Sur les places, des buissons de flambeaux
Versent du soufre ou du mercure ;
Tel coin de monument qui se mire dans l'eau
Semble un torse qui bouge en une armure.
La ville est colossale et luit comme une mer
De phares merveilleux et d'ondes électriques,
Et ses mille chemins de bars et de boutiques
Aboutissent, soudain, aux promenoirs de fer,
Où ces femmes - opale et nacre,
Satin nocturne et cheveux roux -
Avec en main des fleurs de macre,
A longs pas clairs, foulent des tapis mous.
Ce sont de très lentes marcheuses solennelles
Qui se croisent, sous les minuits inquiétants,
Et se savent, - depuis quels temps ? -
Douloureuses et mutuelles.
En pleurs encor d'un trop grand deuil,
Tels yeux obstinés et hagards
Dans un nouveau destin ont rivé leurs regards,
Comme des clous dans un cercueil.
Telle bouche vers telle autre s'en est allée,
Comme deux fleurs se rencontrent sur l'eau.
Tel front semble un bandeau
Sur une pensée aveuglée.
Telle attitude est pareille toujours
Dans tel cerveau rien ne tressaille.
Quoique le coeur, où le vice travaille,
Batte âprement ses tocsins sourds.
J'en sais dont les robes funèbres
Voilent de pâles souliers d'or
Et dont un serpent d'argent mord
Les longues tresses de ténèbres.
Des houx rouges de leur tourment
D'autres ont fait leurs diadèmes ;
J'en vois : des veuves d'elles-mêmes
Qui se pleurent, comme un amant.
Quand leurs rêves, la nuit, s'esseulent
Et qu'elles tiennent dans la main
Le sort banal d'un être humain,
Elles savent ce qu'elles veulent.
Si leur peine devait finir un jour,
Elles en seraient plus tristes peut-être,
Qu'elles ne sont inconsolables d'être
Celles du taciturne amour.
Au long de promenoirs qui dominent la nuit,
De lentes femmes,
En deuil immense de leur âme,
Entrecroisent leurs pas sans bruit.
poem by Emile Verhaeren

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La révolte
Vers une ville au loin d'émeute et de tocsin,
Où luit le couteau nu des guillotines,
En tout-à-coup de fou désir, s'en va mon coeur.
Les sourds tambours de tant de jours
De rage tue et de tempête,
Battent la charge dans les têtes.
Le cadran vieux d'un beffroi noir
Darde son disque au fond du soir,
Contre un ciel d'étoiles rouges.
Des glas de pas sont entendus
Et de grands feux de toits tordus
Echevèlent les capitales.
Ceux qui ne peuvent plus avoir
D'espoir que dans leur désespoir
Sont descendus de leur silence.
Dites, quoi donc s'entend venir
Sur les chemins de l'avenir,
De si tranquillement terrible ?
La haine du monde est dans l'air
Et des poings pour saisir l'éclair
Sont tendus vers les nuées.
C'est l'heure où les hallucinés
Les gueux et les déracinés
Dressent leur orgueil dans la vie.
C'est l'heure - et c'est là-bas que sonne le tocsin ;
Des crosses de fusils battent ma porte ;
Tuer, être tué! - Qu'importe!
C'est l'heure.
poem by Emile Verhaeren

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Corps et âmes
Heureuses les lèvres de chair !
Leurs baisers se peuvent répondre ;
Et les poitrines pleines d'air !
Leurs soupirs se peuvent confondre.
Heureux les coeurs, les coeurs de sang !
Leurs battements peuvent s'entendre ;
Et les bras ! Ils peuvent se tendre,
Se posséder en s'enlaçant.
Heureux aussi les doigts ! Ils touchent ;
Les yeux ! Ils voient. Heureux les corps !
Ils ont la paix quand ils se couchent,
Et le néant quand ils sont morts.
Mais, oh ! Bien à plaindre les âmes !
Elles ne se touchent jamais :
Elles ressemblent à des flammes
Ardentes sous un verre épais.
De leurs prisons mal transparentes
Ces flammes ont beau s'appeler,
Elles se sentent bien parentes,
Mais ne peuvent pas se mêler.
On dit qu'elles sont immortelles ;
Ah ! Mieux leur vaudrait vivre un jour,
Mais s'unir enfin ! ... dussent-elles
S'éteindre en épuisant l'amour !
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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L'orgueil
Non plus parce qu'il vit d'angoisse et de souffrance,
Mais parce qu'à chaque heure il crée une espérance,
L'âpre univers est plein de foi.
Il n'importe que sous les toits,
Dans les demeures,
Quand le jour naît ou qu'il décroît,
Les prières au Christ en croix
Se meurent.
Efforts multipliés en tous les lieux du monde,
C'est vous qui recélez les croyances profondes :
Qui risque et qui travaille, croit ;
Qui cherche et qui invente, croit encore ;
Les lumières de chaque aurore
Ressuscitent, fatalement, au fond des coeurs
La confiance en leur ardeur.
Désormais c'est l'orgueil qui s'attaque au mystère
Que toujours nous propose et nous cause la terre,
Orgueil jeune et joyeux qui se mue en ferveur
Pour ne jamais se rebuter devant l'obstacle
Et soi-même créer le quotidien miracle
Dont a besoin l'esprit humain.
Ô croyance en mon front, en mes yeux, en mes mains,
Croyance en mon cerveau que la recherche enivre,
Croyance en tout mon être ardent, vibrant, dardé,
Comme vous me faites plus sûr et décidé
Dans le danger et la gloire que j'ai
De vivre !
Depuis que je me sens
N'être qu'un merveilleux fragment
Du monde en proie aux géantes métamorphoses,
Le bois, le mont, le sol, le vent, l'air et le ciel
Me deviennent plus fraternels
Et je m'aime moi-même en la splendeur des choses.
Je m'aime et je m'admire en tel geste vermeil
Que fait un homme à moi pareil
En son passage sur la terre.
Tout comme lui je suis doté
De génie et de volonté
Et ce qu'il fait, je le puis faire.
Avec mes deux poumons, je respire l'exploit
Que m'apporte le vent de tous les points du monde.
Est mien, tout penser clair, utile, allègre et droit
Dont j'ai senti l'audace en mon âme profonde.
Ainsi
Je communie
Avec toute la vie
Et des choses et des êtres.
Je me prodigue en tout, comme tout me pénètre,
Vice, vertu, mérite ou faute.
Tout mon orgueil s'exerce à bellement souffrir
Et quand il le faudra à fièrement mourir,
Pour n'abaisser jamais ma force intense et haute.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
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Ecrit après la visite d'un bagne
Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
Quatrevingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.
Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.
L'école est sanctuaire autant que la chapelle.
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur
S'éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.
La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.
Faute d'enseignement, on jette dans l'état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c'est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L'intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.
Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme :
Et la société leur a volé leur âme.
poem by Victor Hugo

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France! à l'heure où tu te prosternes
France ! à l'heure où tu te prosternes,
Le pied d'un tyran sur ton front,
La voix sortira des cavernes
Les enchaînés tressailleront.
Le banni, debout sur la grève,
Contemplant l'étoile et le flot,
Comme ceux qu'on entend en rêve,
Parlera dans l'ombre tout haut ;
Et ses paroles qui menacent,
Ses paroles dont l'éclair luit,
Seront comme des mains qui passent
Tenant des glaives dans la nuit.
Elles feront frémir les marbres
Et les monts que brunit le soir,
Et les chevelures des arbres
Frissonneront sous le ciel noir ;
Elles seront l'airain qui sonne,
Le cri qui chasse les corbeaux,
Le souffle inconnu dont frissonne
Le brin d'herbe sur les tombeaux ;
Elles crieront : Honte aux infâmes,
Aux oppresseurs, aux meurtriers !
Elles appelleront les âmes
Comme on appelle des guerriers !
Sur les races qui se transforment,
Sombre orage, elles planeront ;
Et si ceux qui vivent s'endorment,
Ceux qui sont morts s'éveilleront.
poem by Victor Hugo

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Les barques d'or du bel été
Les barques d'or du bel été
Qui partirent, folles d'espace,
S'en reviennent mornes et lasses
Des horizons ensanglantés.
A coups de rames monotones,
Elles s'avancent sur les eaux ;
On les prendrait pour des berceaux
Où dormiraient des fleurs d'automne.
Tiges de lys au beau front d'or,
Toutes vous gisez abattues ;
Seules, les roses s'évertuent
A vivre, au delà de la mort.
Qu'importe à leur beauté plénière
Qu'Octobre luise ou bien Avril :
Leur désir simple et puéril
Boit, jusqu'au sang, toute lumière.
Même aux jours noirs, quand meurt le ciel,
Sous la nuée âpre et hagarde,
Sitôt qu'une clarté se darde
Elles s'exaltent vers Noël.
Vous, nos âmes, faites comme elles ;
Elles n'ont pas l'orgueil des lys,
Mais détiennent, entre leurs plis,
L'ardeur sacrée et immortelle.
poem by Emile Verhaeren

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Le Sommeil
Penses-tu que ces fleurs, ces feuilles et ces fruits,
Et cet âpre laurier plus amer que la cendre,
Penses-tu que mes mains pour eux les aient cueillis ?
Si j’ai mêlé tout bas à l’onde des fontaines
Les larmes que leur eau pleure encore aujourd’hui,
Crois-tu que j’ignorais combien elles sont vaines ?
Si, debout, j’ai marché sur le sable changeant,
Était-ce pour marquer mon pas sur son arène,
Puisqu’il n’en reste rien quand a passé le vent ?
Et pourtant j’ai voulu être un homme et me vivre
Et faire tour à tour ce que font les vivants ;
J’ai noué la sandale à mon pied pour les suivre.
Amour, haine, colère, ivresse, j’ai voulu,
Par la flûte de buis comme au clairon de cuivre,
Entendre dans l’écho ce que je n’étais plus.
Si j’ai drapé mon corps de pourpres et de bures,
N’en savais-je pas moins que mon corps était nu
Et que ma chair n’était que sa cendre future ?
Non, ce laurier sans joie et ces fruits sans désir,
Et la vaine rumeur dont toute vie est faite,
Non, tout cela, c’était pour pouvoir mieux dormir
L’ombre définitive et la nuit satisfaite !
poem by Henri de Regnier

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