Douce et belle bouchelette
Ainsi, ma douce guerrière
Mon coeur, mon tout, ma lumière,
Vivons ensemble, vivons
Et suivons
Les doux sentiers de la jeunesse :
Aussi bien une vieillesse
Nous menace sur le port,
Qui, toute courbe et tremblante,
Nous entraîne chancelante
La maladie et la mort.
poem by Remy Belleau

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Quoique nous le voyions fleurir
Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux
Ce jardin clair où nous passons silencieux,
C'est plus encor en nous que se féconde
Le plus candide et doux jardin du monde.
Car nous vivons toutes les fleurs,
Toutes les herbes, toutes les palmes
En nos rires et en nos pleurs
De bonheur pur et calme.
Car nous vivons toute la joie
Dardée en cris de fête et de printemps,
En nos aveux où se côtoient
Les mots fervents et exaltants.
Oh! dis, c'est bien en nous que se féconde
Le plus joyeux et doux jardin du monde.
poem by Emile Verhaeren

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Asseyons-nous tous deux près du chemin
Asseyons-nous tous deux près du chemin,
Sur le vieux banc rongé de moisissures,
Et que je laisse, entre tes deux mains sûres,
Longtemps s'abandonner ma main.
Avec ma main qui longtemps s'abandonne
A la douceur de se sentir sur tes genoux,
Mon coeur aussi, mon coeur fervent et doux
Semble se reposer, entre tes deux mains bonnes.
Et c'est la joie intense et c'est l'amour profond
Que nous goûtons à nous sentir si bien ensemble,
Sans qu'un seul mot trop fort sur nos lèvres ne tremble,
Ni même qu'un baiser n'aille brûler ton front.
Et nous prolongerions l'ardeur de ce silence
Et l'immobilité de nos muets désirs,
N'était que tout à coup à les sentir frémir
Je n'étreigne, sans le vouloir, tes mains qui pensent ;
Tes mains, où mon bonheur entier reste celé
Et qui jamais, pour rien au monde,
N'attenteraient à ces choses profondes
Dont nous vivons, sans en devoir parler.
poem by Emile Verhaeren

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La Cygalle
O que nous t'estimons heureuse,
Gentille Cygale amoureuse,
Car aussi tost que tu as beu
Dessus les arbrisseaux un peu
De la rosée, aussi contente
Qu'est une princesse puissante,
Tu fais de ta doucette vois
Tressaillir les monz et les bois.
Tout ce qu'aporte la campagne,
Tout ce qu'aporte la montagne,
Est de ton propre. Au laboureur
Tu plais sur-tout, car son labeur
N'offences ni portes dommage
N'à luy, ni à son labourage.
Tout homme estime ta bonté,
Douce prophette de l'été.
La Muse t'aime, et t'aime aussi
Apollon, qui t'a fait ainsi
Doucement chanter. La vieillesse
Comme nous jamais ne te blesse,
O sage, o fille terre-née,
Aime-chansons, passionnée
Qui ne fus onc d'affection,
Franche de toute passion,
Sans estre de sang ni de chair,
Presque semblable à Jupiter.
poem by Remy Belleau

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Tout ce qui vit autour de nous
Tout ce qui vit autour de nous,
Sous la douce et fragile lumière,
Herbes frêles, rameaux tendres, roses trémières,
Et l'ombre qui les frôle et le vent qui les noue,
Et les chantants et sautillants oiseaux
Qui follement s'essaiment,
Comme des grappes de joyaux
Dans le soleil,
Tout ce qui vit au beau jardin vermeil,
Ingénument, nous aime ;
Et nous,
Nous aimons tout.
Nous adorons le lys que nous voyons grandir
Et les hauts tournesols plus clairs que le Nadir
- Cercles environnés de pétales de flammes -
Brûlent, à travers leur ardeur, nos âmes.
Les fleurs les plus simples, les phlox et les lilas,
Au long des murs, parmi les pariétaires,
Croissent, pour être proches de nos pas ;
Et les herbes involontaires,
Dans le gazon où nous avons passé,
Ouvrent les yeux mouillés de leur rosée.
Et nous vivons ainsi avec les fleurs et l'herbe,
Simples et purs, ardents et exaltés,
Perdus dans notre amour, comme dans l'or, les gerbes.
Et fièrement, laissant l'impérieux été
Trouer et traverser de ses pleines clartés
Nos chairs, nos coeurs, et nos deux volontés.
poem by Emile Verhaeren

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Vivons, dans notre amour et notre ardeur
Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
Vivons si hardiment nos plus belles pensées
Qu'elles s'entrelacent harmonisées
A l'extase suprême et l'entière ferveur,
Parce qu'en nos âmes pareilles,
Quelque chose de plus sacré que nous
Et de plus pur, et de plus grand s'éveille,
Joignons les mains pour l'adorer à travers nous.
Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes
Pour humblement le définir
Et que si rare et si puissant en soit le charme,
Qu'à le goûter nos coeurs soient près de défaillir.
Restons quand même, et pour toujours, les fous
De cet amour implacable
Et les fervents, à deux genoux,
Du Dieu soudain qui règne en nous,
Si violent et si ardemment doux
Qu'il nous fait mal et nous accable.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
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Dans la maison où notre amour a voulu naître
Dans la maison où notre amour a voulu naître,
Avec les meubles chers peuplant l'ombre et les coins,
Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins
Les roses qui nous regardent par les fenêtres.
Il est des jours choisis, d'un si doux réconfort,
Et des heures d'été, si belles de silence,
Que j'arrête parfois le temps qui se balance,
Dans l'horloge de chêne, avec son disque d'or.
Alors l'heure, le jour, la nuit est si bien nôtre
Que le bonheur qui nous frôle n'entend plus rien,
Sinon les battements de ton coeur et du mien
Qu'une étreinte soudaine approche l'un de l'autre.
poem by Emile Verhaeren

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Nous Vivons Ensemble
Weve got to stay together
Weve got to find each other now
That is how we can learn all about the other mans song
On the plains of abraham
When they sent the lamb to die
You and I were asleep in the rock of ages
Remember the unborn children still to come
If you need me and I need you
Theres nothin else needs sayin
Understand it
Im not too deaf to hear the song youre playin
Nous vivons ensemble
Nous nous connaissons maintenant
Voici comment nous pouvons decouvrir une autre humanite
Sur les plaines dabraham
Lors du dernier sacrifice
Toi et moi nous dormions tres loin dans le temp
Souviens toi des enfants qui attendent encore
Si tu me veux je serai la cest tout ce que jai a dire
Car comprend moi
Je ne suis pas sourd a la musique que tu joues
song performed by by Gordon Lightfoot

Submitted by Lucian Velea
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Garde à jamais dans ta mémoire
Garde à jamais dans ta mémoire,
Garde toujours
Le beau roman, la belle histoire
De nos amours !
Moi, je vois tout dans ma pensée,
Tout à la fois !
La trace par ton pied laissée
Au fond des bois,
Les champs, les pelouses qui cachent
Nos verts sentiers,
Et ta robe blanche où s'attachent
Les églantiers,
Comme si ces fleurs amoureuses
Disaient tout bas :
- Te voilà ! nous sommes heureuses !
Ne t'en va pas !
Je vois la profonde ramée
Du bois charmant
Où nous rêvions, toi, bien aimée,
Moi, bien aimant ;
Où du refus tendre et farouche
J'étais vainqueur,
Où ma bouche cherchait ta bouche,
Ton coeur mon coeur !
Viens ! la saison n'est pas finie,
L'été renaît,
Cherchons la grotte rajeunie
Qui nous connaît ;
Là, le soir, à l'heure où tout penche,
Où Dieu bénit,
Où la feuille baise la branche,
L'aile le nid,
Tous ces objets saints qui nous virent
Dans nos beaux jours
Et qui, tout palpitants, soupirent
De nos amours,
Tous les chers hôtes du bois sombre
Pensifs et doux,
Avant de s'endormir, dans l'ombre,
Parlent de nous.
Là, le rouge-gorge et la grive
Dans leurs chansons,
Le liseron et, dans l'eau vive,
Les verts cressons,
La mouche aux ailes d'or qui passe,
L'onde et le vent,
Chuchotent sans cesse à voix basse
Ton nom charmant.
Jour et nuit, au soir, à l'aurore,
A tous moments,
Entre eux ils redisent encore
Nos doux serments.
Viens, dans l'antre où nous les jurâmes,
Nous reposer !
Viens ! nous échangerons nos âmes
Dans un baiser !
poem by Victor Hugo

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Oh! laisse frapper à la porte
Oh ! laisse frapper à la porte
La main qui passe avec ses doigts futiles ;
Notre heure est si unique, et le reste qu'importe ;
Le reste avec ses doigt futiles.
Laisse passer, par le chemin,
La triste et fatigante joie,
Avec ses crécelles en main.
Laisse monter, laisse bruire
Et s'en aller le rire ;
Laisse passer la foule et ses milliers de voix.
L'instant est si beau de lumière,
Dans le jardin, autour de nous ;
L'instant est si rare de lumière première,
Dans notre coeur, au fond de nous ;
Tout nous prêche de n'attendre plus rien
De ce qui vient ou passe,
Avec des chansons lasses
Et des bras las par les chemins,
Et de rester les doux qui bénissons le jour,
Même devant la nuit d'ombre barricadée,
Aimant en nous, par-dessus tout, l'idée
Que, bellement, nous nous faisons de notre amour.
poem by Emile Verhaeren

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Et qu'importent et les pourquoi et les raisons
Et qu'importent et les pourquoi et les raisons
Et qui nous fûmes et qui nous sommes :
Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons
Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes.
Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir
Et rien ne troublera ce qui n'est que mystère
Et qu'élans doux et que ferveur involontaire
Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir.
Je te sens claire, avant de te comprendre telle ;
Et c'est ma joie, infiniment,
De m'éprouver si doucement aimant
Sans demander pourquoi ta voix m'appelle.
Soyons simples et bons - et que le jour
Nous soit tendresse et lumière servies,
Et laissons dire que la vie
N'est point faite pour un pareil amour.
poem by Emile Verhaeren

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Vien ça, vien friandelette
Vien ça, vien friandelette,
Vien qu'en esbas amoureux
Ce beau printemps vigoureux,
Ma belle Francinelette,
Nous passions libres de soin,
' Loin des peines importunes,
' Qui volontiers ne sont loin
' Des plus hautaines fortunes.
Il n'est rien, qui ne convie
A suyvre la gayeté,
A toute joliveté,
A toute joieuse vie.
Il n'est rien qui à l'amour
Par exemple ne nous somme :
Il ne faut perdre un seul jour,
Qu'en amour on ne consomme.
Voy, le ciel rit à la terre
Serenant l'air d'un beau jour :
Voy, la terre fait l'amour
Au ciel, et de soy desserre
De son tresor le plus beau,
Pour doire de son nossage
Etalant le renouveau
De son odoureux fleurage.
Les fruitiers de fleurs blanchissent,
Les prés se peignent de fleurs,
Et de flairantes odeurs
Tout l'air embamé remplissent.
Oy les bruyans ruisselets,
Qui clair-coulans trepignotent,
Oy les chantres oyselets,
Qui doucetement gringotent.
Voy, les oyseaux s'aparient,
Et du nectar amoureux
Enyvrez (les bien heureux)
Leurs amours dans les bois bruyent.
Voy sur cet arbre à desir
Ces tourtourelles mignardes
Sous un frissoneux plaisir
S'entrebaisoter tremblardes.
Voy (tant leur amour est forte)
Comme se voulans mesler
El' se tachent engouler,
Tachans se faire en la sorte
De deux une seulement.
Voy comme d'un doux murmure
El' se flatent doucement
Parmy si douce engoulure.
Voy, Francine, voy, mignarde,
Ces vignes qui les ormeaux
Lassent de pampreux rameaux.
Voy m'amie, voy, regarde
Le lierre surrampant
Qui de sa tortisse chaisne
Embrasse alentour grimpant
Le tige aymé de ce chesne.
Quoy ? mignonne, toute chose
D'amour les dons sentira,
Toute chose en jouïra,
Et nostre amour se repose ?
Quoy ? folle, devant nos yeux
Verrons-nous que tout s'ébate,
Sans que leur jeu gracieux
A mesme plaisir nous flate ?
Qu'à plaisir tout se delie
Devant nos yeux, et que nous
Voyant leur plaisir tant doux
Crevions de jalouse envie,
Sans qu'employer nous osions
Le temps que la mort nous lesse,
Oysifs, sans que nous usions
Des dons de nostre jeunesse ?
poem by Jean Antoine de Baif

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Annie
Sur la côte du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose
Une femme se promène souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordée de tilleuls
Nous nous regardons
Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n'ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons le même rite.
poem by Guillaume Apollinaire

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Aux Feuillantines
Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: jouez, mais je défends
Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.
Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.
Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d'une armoire un livre inaccessible.
Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fimes pour l'avoir,
Mais je me souviens bien que c'était une Bible.
Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!
Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.
Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.
Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.
poem by Victor Hugo

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Sitôt que nos bouches se touchent
Sitôt que nos bouches se touchent,
Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes
Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment
Et qui s'unissent en nous-mêmes ;
Nous nous sentons le coeur si divinement frais
Et si renouvelé par leur lumière
Première
Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît.
La joie est à nos yeux le seul ferment du monde
Qui se mûrit et se féconde,
Innombrable, sur nos routes d'en bas ;
Comme là-haut, par tas,
Parmi des lacs de soie où voyagent des voiles
Naissent les fleurs myriadaires des étoiles.
L'ordre nous éblouit, comme les feux la cendre,
Tout nous éclaire et nous paraît flambeau
Nos simples mots ont un sens si beau
Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.
Nous sommes les victorieux sublimes
Qui conquérons l'éternité
Sans nul orgueil, et sans songer au temps minime,
Et notre amour nous semble avoir toujours été.
poem by Emile Verhaeren

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Viens, mort, à mon secours viens
Viens, mort, à mon secours viens ;
Ô mort, secours, je t'en prie.
- Je t'oy, je viens, que veux-tu ?
- Ô mort, je suis tout en feu ;
J'attends de toi guérison.
- Et qui t'a mis tout en feu ?
- L'enfant qui porte brandon.
- Que puis-je faire pour toi ?
- Fais-moi mourir je t'en prie.
- Mourir te fais tous les jours.
- Non, fais que j'aie senti.
- Amant, demande à ton coeur.
- Mon coeur, serais-tu bien mort
- Mort aussitôt, soudain vif.
- Ô pauvre coeur, que dis-tu ?
L'humain qui meurt renaît-il?
- Moi seul je nais étant mort,
Ainsi que fait le phénix
Dedans le feu renaissant.
poem by Jean Antoine de Baif

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Ce qui dure
Le présent se fait vide et triste,
Ô mon amie, autour de nous ;
Combien peu de passé subsiste !
Et ceux qui restent changent tous.
Nous ne voyons plus sans envie
Les yeux de vingt ans resplendir,
Et combien sont déjà sans vie
Des yeux qui nous ont vus grandir !
Que de jeunesse emporte l'heure,
Qui n'en rapporte jamais rien !
Pourtant quelque chose demeure :
Je t'aime avec mon coeur ancien,
Mon vrai coeur, celui qui s'attache
Et souffre depuis qu'il est né,
Mon coeur d'enfant, le coeur sans tache
Que ma mère m'avait donné ;
Ce coeur où plus rien ne pénètre,
D'où plus rien désormais ne sort ;
Je t'aime avec ce que mon être
A de plus fort contre la mort ;
Et, s'il peut braver la mort même,
Si le meilleur de l'homme est tel
Que rien n'en périsse, je t'aime
Avec ce que j'ai d'immortel.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

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Sois-nous propice et consolante encor
Sois-nous propice et consolante encor, lumière,
Pâle clarté d'hiver qui baignera nos fronts,
Quand, tous les deux, l'après-midi, nous nous rendrons
Respirer au jardin une tiédeur dernière.
Nous t'aimâmes, jadis, avec un tel orgueil,
Avec un tel amour bondissant de notre âme
Qu'une suprême et douce et bienveillante flamme
Nous est due à cette heure où nous attend le deuil.
Tu es celle que nul homme jamais oublie
Du jour que tu frappas ses bras victorieux
Et que le soir venu tu dormis en ses yeux
Avec ta splendeur morte et ta force abolie.
Et tu nous fus toujours la visible ferveur
Qui partout répandue et partout rayonnante
En des fièvres d'ardeur profonde et lancinante
Semblait vers l'infini partir de notre coeur.
poem by Emile Verhaeren

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Ô la splendeur de notre joie
Ô la splendeur de notre joie
Tissée en or dans l'air de soie!
Voici la maison douce et son pignon léger,
Et le jardin et le verger.
Voici le banc, sous les pommiers
D'où s'effeuille le printemps blanc,
A pétales frôlants et lents.
Voici des vols de lumineux ramiers
Planant, ainsi que des présages,
Dans le ciel clair du paysage
Voici, pareils à des baisers tombés sur terre
De la bouche du frêle azur,
Deux bleus étangs simples et purs,
Bordés naïvement de fleurs involontaires.
Ô la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,
En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes.
poem by Emile Verhaeren

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Combien elle est facilement ravie
Combien elle est facilement ravie
Avec ses yeux d'extase ignée ;
Elle, la douce et résignée
Si simplement devant la vie.
Ce soir, comme un regard la surprenait fervente
Et comme un mot la transportait
Au pur jardin de joie, où elle était
Tout à la fois reine et servante.
Humble d'elle mais ardente de nous,
C'était à qui ploierait les deux genoux,
Pour recueillir le merveilleux bonheur
Qui, mutuel, nous débordait du coeur.
Nous écoutions se taire, en nous, la violence
De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras
Et le vivant silence
Dire des mots que nous ne savions pas.
poem by Emile Verhaeren

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Ô doux plaisir plein de doux pensement
Ô doux plaisir plein de doux pensement,
Quand la douceur de la douce meslée,
Etreint et joint, l'ame en l'ame mellée,
Le corps au corps accouplé doucement.
Ô douce mort ! ô doux trepassement !
Mon ame alors de grand'joye troublée,
De moy dans toy s'ecoulant a l'emblée,
Puis haut, puis bas, quiert son ravissement.
Quand nous ardentz, Meline, d'amour forte,
Moy d'estre en toy, toy d'en toy tout me prendre,
Par celle part, qui dans toy entre plus,
Tu la reçoys, moy restant masse morte :
Puis vient ta bouche en ma bouche la rendre,
Me ranimant tous mes membres perclus.
poem by Jean Antoine de Baif

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