Or Voy-Je Bien Qu'il Faut Vivre En Servage

Or voy-je bien qu'il faut vivre en servage,
A dieu ma liberté:
Dans les liens de l'amoureux cordage
Je demeure arresté.
J'ay conoissance
De la puissance
D'une maistresse,
Qu'Amour adresse.
Ô combien peut sur nous une beauté!

J'ay veu le temps que l'on me disoit: Garde
Amour te punira;
Tu ris de luy, tu ris, mais quoy qu'il tarde
De toy il se rira.
Je leur disoye:
Devant que soye
De la sagette
Qu'aux coeurs il jette
Atteint au coeur, le monde finira.

Mais qu'ay-je fait de ma fiere arrogance?
Où est ce brave coeur?
Je conoy tard ma fole outrecuidance,
Amour, en ta rigueur.
Je le confesse,
Une maistresse
Belle et bien-née
Tu m'as donnée:
Je suis vaincu, et tu es le vainqueur.

Et quel effort ay-je oublié de faire,
Pour rompre ta prison?
Et quel remede à mon grand mal contraire
Pour avoir guerison?
Mais toute peine
M'a esté vaine.
Il n'est plus heure
Qu'on me sequeure:
Trop a gagné dedans moy la poison.

J'ay bien voulu moy-mesme me contreindre
De Francine haïr.
(Pardon Francine: et mon mal n'en est moindre,
Et je veu t'obeïr)
Où que la visse,
De vertu vice
J'ay voulu faire
Pour m'en distraire;
Mais c'est en vain qu'amour je veu fuir.

Mesme cuidant (ô cuider execrable!)
Mon tourment alleger,
J'ay bien osé par un vers difamable
La vouloir outrager.
Mais mon martyre
M'a fait dedire.
' La vraye plainte
' Plus que la feinte
' Peut de l'amour la peine soulager.

Vous jeunes gens, qu'Amour des-ja menace,
Fuiez ce faus archer,
Fuiez son arc, courez de place en place,
Ne vous laissez toucher.
' Puis que la fleche
' A fait sa breche,
' C'est grand'sotise
' Si l'on s'avise
' Après le coup du tireur n'aprocher.

Heureux celuy que d'autruy le dommage
' A fait bien avisé:
Si j'eusse peu de bonne heure estre sage
Devant qu'il eust visé,
Plus sain je fusse,
De luy je n'usse
Paravanture
Ce que j'endure:
Je ne languisse ainsi martyrisé!

Bien que mon mal me cause un grand martyre
En cruelle rigueur,
Heureux vrayment de l'avoir me puis dire
Pour si grande valeur.
Je reçoy gloire
De sa victoire:
' L'honneur surmonte
' La foible honte
' S'on est vaincu par un brave vainqueur.

Puis que mon mal est si grand qu'il refuse
L'espoir de guerison,
Je feray bien, si doucement j'abuse
L'effét de sa poison.
' L'acoutumance
' Donne alegeance,
' Quand on suporte
' De vertu forte
' Ce qui ne peut s'amander par raison.

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Bien, je l'ay dit, je le confesse

Bien, je l'ay dit, je le confesse,
Que nul ne te pourroit aimer
Autant que je t'aime, Maistresse,
Sçachant mieux qu'autre t'estimer :
Car d'autant que je cognoy plus
Et tes beautez et tes vertus,
D'autant ma Francine je doy
Mettre plus grande amour en toy.

Un autre moins digne, peut estre,
Du premier coup s'éblouira,
Et ne te pouvant pas conoistre
Un fol amour en souffrira,
Pour un rayon de ta beauté
Perdant de raison la clarté,
Et par trop vaine passion
T'offrira son affection.

Mais dy : quel service agreable
D'un tel fol pourras tu tirer,
Qui te criant non pitoyable
Ne fera rien que souspirer,
Que t'ennuier de ses ennuis
Qu'il prendra les jours et les nuits,
Pour ton amour, comme il crira,
Mais par sottise il languira.

Non ainsi, non ainsi, Francine,
Je ne t'aime ainsi folement,
D'un ray de ta valeur divine
Souffrant un fol aveuglement.
Ce qui me fait ainsi t'aimer
C'est que je sçay bien t'estimer,
C'est que sage je cognoy bien
Tes graces qui me rendent tien :

Qui mourroyent, las, si de mes graces
Elles n'avoyent les belles fleurs,
Que mignardement tu embrasses
Pour orner tes dines valeurs
De leur chapelet fleurissant
Par l'age ne se fanissant,
Que je leur donray bien apris,
Puis que tu ne l'as en mépris.

Et ce qui me donne courage,
C'est que tu cheris mes chansons,
Les aimant d'un jugement sage,
Bien que j'agence leurs façons,
N'étant d'amour au coeur ateint,
En l'honneur d'un nom que j'ay feint.
Combien donc les cheriras tu
Quand je chanteray ta vertu ?

Tu les entans, tu les caresses,
Et puis que tu les aimes tant
De leurs mignardes gentillesses
Ton desir je feray contant.
Francine, si tu prens à gré
Mon chant tout à toy consacré,
Si je te voy te plaire aux sons
De mes amoureuses chansons,

Je feray que nulle ancienne
Ne s'élevera dessur toy :
Je feray que la gloire tienne,
Pour t'avoir obligé ma foy,
Bien peu d'envie portera
A la plus brave qu'on lira
De nostre temps avoir eu l'heur
De gagner d'un Poëte le coeur.

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Ha, que tu m'es cruelle

Ha, que tu m'es cruelle,
Que tu reconois mal
Pour t'estre trop fidelle
Tout ce que j'ay de mal !
O rebelle endurcie,
Quand devôt je te prie
Me donner un baiser
Pour rafraichir la flâme
Qui brusle dans mon ame,
Tu la viens rembraizer.

Tu trouves mille ruses
Pour ne venir au point :
Tu trouves mille excuses
Pour ne me baiser point :
Ou quelcun nous aguigne,
Ou ta soeur te fait signe,
Ou tu ois quelque bruit,
Ou tu me contreins dire
Mon amoureux martire,
Tandis le temps s'enfuit.

Tandis s'envole l'heure
Emportant le plaisir,
Mais l'ennuy me demeure
En mon bruslant desir.
Tandis que tu delayes,
De mille et mille playes
Amour navre mon coeur.
Ha tandis ha, Francine,
Dans ma chaude poitrine
S'empire ma langueur.

Francine, tu t'abuses,
Si croissant le desir,
Tu cuides par tes ruses
Croistre aussi le plaisir.
' Plus une soif est gloute
' Moins le breuvage on goute,
' Tant soit-il doucereux :
Fust-ce une malvoisie
Fust-ce, en si grande envie,
Un nectar savoureux.

Mais bien plus je m'abuse
De me douter en rien,
Que cette fine ruse
Tu faces pour mon bien.
Tu reçois trop de joye
De me voir pris en proye
Par l'oyseau Cupidon :
Tu te plais trop à rire
De me voir en martire
Te requerir pardon.

Mais puis qu'ainsi ta joye
Est en mon deplaisir,
Tout mon coeur je t'otroye,
Genne-le de desir :
Bien plustost que je n'aye
Ce confort de la playe
Qu'amour fait en mon coeur,
J'acheteray, farrouche,
Un baiser de ta bouche,
Pour la mesme langueur.

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Une amoureuse ardeur

Une amoureuse ardeur,
S'elle n'est feinte,
Ne chasse point du coeur
Soupçon et creinte.

Tel est l'état d'Amour
' Qui les liesses
' Echange tour à tour
' Et les tristesses.

Plus je suis amoureux,
Plus je soupçonne
Que ton coeur langoureux
Ailleurs s'adonne.

J'ay de toy bien souvent
Belles paroles,
Mais j'écri dans le vent
Telles frivoles.

Si pareille à ma foy
Estoit la tienne,
Tu essayrois dans toy
La peine mienne.

Comme en tant que je puis,
L'amour fidelle,
Dont obligé me suis,
Je te decele,

Ainsi de ton pouvoir
Ton amour grande
Or tu me ferois voir
A ma demande.

Si ton coeur ne dement
Ta voix certaine,
Prouve moy donc comment
Elle n'est vaine.

Si nos coeurs mesmes sont,
Je m'emerveille
Que tous deux ils ne vont
A fin pareille.

Le vouloir et l'amour
Sont chose mesme,
Quand d'un mesme retour
L'un et l'autre aime.

Où mesme est le vouloir
Et la puissance,
Qui garde de valoir
La jouissance ?

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Victor Hugo

Et Jeanne à Mariette a dit

Et Jeanne à Mariette a dit : - Je savais bien
Qu'en répondant : c'est moi, papa ne dirait rien.
Je n'ai pas peur de lui puisqu'il est mon grand-père.
Vois-tu, papa n'a pas le temps d'être en colère,
Il n'est jamais beaucoup fâché, parce qu'il faut
Qu'il regarde les fleurs, et quand il fait bien chaud
Il nous dit : N'allez pas au grand soleil nu-tête,
Et ne vous laissez pas piquer par une bête,
Courez, ne tirez pas le chien par son collier,
Prenez garde aux faux pas dans le grand escalier,
Et ne vous cognez pas contre les coins des marbres.
Jouez. Et puis après il s'en va dans les arbres.

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Helas, si tu me vois constant en inconstance

Helas, si tu me vois constant en inconstance
Et changer de propos et muer de visage,
Comme le flot d'amour me reculle ou m'avance ;

Helas, si tu me vois varier d'heure en heure,
De moment en moment entre raison et rage,
Sans qu'un rien en un point un mesme je demeure :

Tu dis que je te mets en doutte, ma Francine,
Par ce qui te devroit donner plus d'asseurance
Du feu chaud de l'amour, qui boust dans ma poitrine.

Las, tu vois bien assez ce qui me fait volage :
Et qui a vu la nef en certaine constance
Çà là ne chanceler au milieu d'un orage ?

Et du cruel amour tant de tempestes troublent
Mon esprit forcené, que la raison peu caute
Son timon abandonne aux flots, qui se redoublent.

Ainsi Francine, ainsi tout par tout variable
Sinon en ton amour à faire quelque faute,
Je me montre en ma foy fermement immuable.

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Le Désir

Celuy n'est pas heureux qui n'a ce qu'il desire,
Mais bien-heureux celuy qui ne desire pas
Ce qu'il n'a point : l'un sert de gracieux appas
Pour le contentement et l'autre est un martyre.

Desirer est tourment qui bruslant nous altere
Et met en passion ; donc ne desirer rien
Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien
Ores qu'il fust petit, c'est fortune prospere.

Le Desir d'en avoir pousse la nef en proye
Du corsaire, des flots, des roches et des vents
Le Desir importun aux petits d'estre grands,
Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.

L'un poussé de l'honneur par flateuse industrie
Desire ambitieux sa fortune avancer;
L'autre se voyant pauvre à fin d'en amasser
Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.

L'un pippé du Desir, seulement pour l'envie
Qu'il a de se gorger de quelque faux plaisir,
Enfin ne gaigne rien qu'un fascheux desplaisir,
Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.

L'un pour se faire grand et redorer l'image
A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
Souspire apres un vent qui le plonge en erreur,
Car le Desir n'est rien qu'un perilleux orage.

L'autre esclave d'Amour, desirant l'avantage
Qu'on espere en tirer, n'embrassant que le vent,
Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
D'un refus, d'un dédain et d'un mauvais visage.

L'un plein d'ambition, desireux de parestre
Favori de son Roy, recherchant son bon-heur,
Avançant sa fortune, avance son malheur,
Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.

Desirer est un mal, qui vain nous ensorcelle;
C'est heur que de jouir, et non pas d'esperer :
Embrasser l'incertain, et tousjours desirer
Est une passion qui nous met en cervelle.

Bref le Desir n'est rien qu'ombre et que pur mensonge,
Qui travaille nos sens d'un charme ambitieux,
Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
Va trompant tout ainsi que l'image d'un songe.

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Tu me desplais, quoy que belle tu soys

Tu me desplais, quoy que belle tu soys,
Tu me desplais, croy moy, je le confesse,
Et, bien qu'a moy tu desplaises, sans cesse
Je suy contreint ton amour toutesfoys.

Ton doulx regard, ta plus qu'humaine voix,
Ton port divin, tes graces, ma Deesse,
Me font t'aimer, mais ceste amour me laisse
Par la fierté, dont meurdrir tu me doys.

Ainsi le dieu, qui mon ame martire,
En ton amour, or me chasse, or m'attire,
Monstrant rigueur, et parfaite beaulté :

L'une m'enflame, et l'autre me rend glace,
Ainsi à toy m'atrait la bonne grace,
Tost m'en deboute une grand' cruaulté.

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Habanera (Big Room Mix)

L'amour est un oiseau rebelle quenul ne peut apprivoiser,
Et c'est bien en vain qu'on l'appelle, s'il lui convient de refuser!
Rien n'y fait, menase ou priere il'un parle bien, l'autre se tait
Et c'est l'autre que je prefere, il n'a rien dit, mais il me plat

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L'Amour qui me tourmente

L'Amour qui me tourmente
Je trouve si plaisant
Que tant plus il s'augmente
Moins j'en veux estre exemt :
Bien que jamais le somme
Ne me ferme les yeux,
Plus amour me consomme
Moins il m'est ennuyeux.

Toute la nuit je veille
Sans cligner au sommeil,
Remembrant la merveille
Qui me tient en éveil,
Me representant celle
Que je voy tout le jour,
De qui l'image belle
Travaille mon sejour.

Toute nuit son image
Se montre devant moy :
Le trait de son visage
Tout tel qu'il est je voy :
Je voy sa belle bouche,
Et je voy son beau sein,
Ses beaux tetins je touche,
Et je baise sa main.

Le jour si ma Maistresse
Favorable m'a ris,
Il faut que j'en repesse
Toute nuit mes espris.
Si d'une oeillade gaye
Elle m'a fait faveur,
La nuit sa douce playe
Me chatouille le coeur.

S'elle égaye la place
De son bal gracieux,
Toute la nuit sa grace
Recourt devant mes yeux :
Si en douce merveille
J'ay ouy sa chanson,
Toute nuit en l'oreille
J'en regoute le son.

O heureuse ma vie
De jouïr d'un tel heur !
Non, non, je n'ay envie
D'avoir d'un dieu l'honneur,
Puis qu'à souhet je passe
Et la nuit et le jour,
Recueillant tant de grace
Du tourment de l'amour.

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Je T’Indique Le Fruit

Je t'indique le fruit qui m'a rendu malade;
Je te crie en quel lieu, sous la route, est caché
Un abîme, où déjà mes pas ont trébuché.
D'un mutuel amour combien doux est l'empire!
Heureux, et plus heureux que je ne saurais dire,
Deux coeurs qui ne font qu'un, dont la vie et l'amour
N'auront, dans un long temps, qu'un même dernier jour!
Mais bien peu, qu'ont séduits de si douces chimères,
Out fui le repentir et les larmes amères.
O poètes amants! conseillers dangereux,
Qui vantez la douceur des tourments amoureux,
Votre miel déguisait de funestes breuvages;
Sur les rochers d'Eubée, entourés de naufrages,
Allumant dans la nuit d'infidèles flambeaux,
Vous avez égaré mes crédules vaisseaux.
Mais que dis-je? vos vers sont tout trempés de larmes.

poem by Andre Marie de ChenierReport problemRelated quotes
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A vingt ans

À vingt ans on a l'oeil difficile et très fier :
On ne regarde pas la première venue,
Mais la plus belle ! Et, plein d'une extase ingénue,
On prend pour de l'amour le désir né d'hier.

Plus tard, quand on a fait l'apprentissage amer,
Le prestige insolent des grands yeux diminue,
Et d'autres, d'une grâce autrefois méconnue,
Révèlent un trésor plus intime et plus cher.

Mais on ne fait jamais que changer d'infortune :
À l'âge où l'on croyait n'en pouvoir aimer qu'une,
C'est par elle déjà qu'on apprit à souffrir ;

Puis, quand on reconnaît que plus d'une est charmante,
On sent qu'il est trop tard pour choisir une amante
Et que le coeur n'a plus la force de s'ouvrir.

poem by Rene Francois Armand PrudhommeReport problemRelated quotes
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D'Amour d'Amour je fu je fu blessé

D'Amour d'Amour je fu je fu blessé,
Et de mon sang la liqueur goute a goute
En chaudes pleurs hors ma playe degoute,
Qui de couler puis le temps n'a cessé.

Je suis d'Amour si bien interessé.
Que peu a peu s'enfuit ma force toute,
Et quelque onguent qu'a ma playe je boute
Sans l'etancher, mon mal ne m'a laissé.

En tel estat ma blessure decline,
Que Machaon de nul just de racine,
N'en pourroyt pas amortir la poyson.

Mais pour guarir, Telephe je devienne,
Toy faite Achil, douce meurtriere mienne,
Qui me navras, donne moy guarison.

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Victor Hugo

A la belle impérieuse

L'amour, panique
De la raison,
Se communique
Par le frisson.

Laissez-moi dire,
N'accordez rien.
Si je soupire,
Chantez, c'est bien.

Si je demeure,
Triste, à vos pieds,
Et si je pleure,
C'est bien, riez.

Un homme semble
Souvent trompeur.
Mais si je tremble,
Belle, ayez peur.

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Satire III

Sans parler, je t'entends : il faut suivre l'orage ;
Aussi bien on ne peut où choisir avantage ;
Nous vivons à tâtons et, dans ce monde ici,
Souvent avec travail on poursuit du souci ;
Car les dieux courroucés contre la race humaine
Ont mis avec les biens les sueurs et la peine.
Le monde est un berlan où tout est confondu
Tel pense avoir gagné qui souvent a perdu,
Ainsi qu'en une blanque où par hasard on tire,
Et qui voudrait choisir souvent prendrait le pire.
Tout dépend du Destin, qui sans avoir égard
Les faveurs et les biens en ce monde départ.

Mais puisqu'il est ainsi que le sort nous emporte,
Qui voudrait se bander contre une loi si forte ?
Suivons donc sa conduite en cet aveuglement.
Qui pèche avec le ciel pèche honorablement.
Car penser s'affranchir c'est une rêverie ;
La liberté par songe en la terre est chérie :
Rien n'est libre en ce monde et chaque homme dépend,
Comtes, princes, sultans, de quelque autre plus grand.
Tous les hommes vivants sont ici bas esclaves,
Mais, suivant ce qu'ils sont, ils diffèrent d'entraves,
Les uns les portent d'or et les autres de fer ;
Mais n'en déplaise aux vieux, ni leur philosopher,
Ni tant de beaux écrits qu'on lit en leurs écoles,
Pour s'affranchir l'esprit ne sont que des paroles.
Au joug nous sommes nés et n'a jamais été
Homme qu'on ait vu vivre en pleine liberté.

En vain me retirant enclos en une étude
Penserai-je laisser le joug de servitude ;
Étant serf du désir d'apprendre et de savoir,
Je ne ferais sinon que changer de devoir.
C'est l'arrêt de Nature et personne en ce monde
Ne saurait contrôler sa sagesse profonde.

Puis que peut-il servir aux mortels ici bas,
Marquis, d'être savant ou de ne l'être pas,
Si la science pauvre, affreuse et méprisée,
Sert au peuple de fable, aux plus grands de risée ;
Si les gens de latin des sots sont dénigrés
Et si l'on est docteur sans prendre ses degrés ?
Pourvu qu'on soit morguant, qu'on bride sa moustache,
Qu'on frise ses cheveux, qu'on porte un grand panache,
Qu'on parle baragouin et qu'on suive le vent,
En ce temps d'aujourd'hui l'on n'est que trop savant.

Du siècle les mignons, fils de la poule blanche,
Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche,
En crédit élevés, ils disposent de tout,
Et n'entreprennent rien qu'ils n'en viennent à bout.
Mais quoi, me diras-tu, il t'en faut autant faire ;
Qui ose a peu souvent la fortune contraire ;
Importune le Louvre et, de jour et de nuit,
Perds pour t'assujettir et la table et le lit ;
Sois entrant, effronté, et sans cesse importune :
En ce temps l'impudence élève la fortune.

Il est vrai, mais pourtant je ne suis point d'avis
De dégager mes jours pour les rendre asservis
Et sous un nouvel astre aller, nouveau pilote,
Conduire en autre mer mon navire qui flotte
Entre l'espoir du bien et la peur du danger
De froisser mon attente en ce bord étranger.

Car pour dire le vrai c'est un pays étrange,
Où comme un vrai Protée à toute heure on se change,
Où les lois, par respect sages humainement,
Confondent le loyer avec le châtiment
Et pour un même fait, de même intelligence,
L'un est justicié, l'autre aura récompense.
Car selon l'intérêt, le crédit ou l'appui,
Le crime se condamne et s'absout aujourd'hui.
Je le dis sans confondre en ces aigres remarques
La clémence du Roi, le miroir des monarques,
Qui plus grand de vertu, de coeur et de renom,
S'est acquis de clément et la gloire et le nom.

Or, quant à ton conseil qu'à la cour je m'engage,
Je n'en ai pas l'esprit, non plus que le courage.
Il faut trop de savoir et de civilité,
Et si j'ose en parler trop de subtilité ;
Ce n'est pas mon humeur, je suis mélancolique,
Je ne suis point entrant, ma façon est rustique,
Et le surnom de bon me va-t-on reprochant,
D'autant que je n'ai pas l'esprit d'être méchant.
Et puis je ne saurais me forcer ni me feindre ;
Trop libre en volonté je ne me puis contraindre ;
Je ne saurais flatter et ne sais point comment
Il faut se taire accort ou parler faussement.

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Depuis Qu'amour Ma Poitrine Recuit

Depuis qu'Amour ma poitrine recuit,
Bouillante au feu de sa plus chaude braise
De mille ennuis en immortel malaise,
Dont maint souci dans moy l'un l'autre suit:

J'oubli tout bien pour un bien qui me fuit,
Par un plaisir dont la douceur m'embraise,
Si bien qu'il faut que nul autre me plaise,
Et qu'en luy seul je preigne mon deduit.

Mais, las, faut-il pour un bien seulement,
Tout autre bien oublier, tellement
Que l'on ne puisse en autre prendre joye?

Ô dur plaisir, si plaisir il y a,
Par qui mon cueur de sorte s'oublia
Qu'onques depuis il ne tint saine voye

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Victor Hugo

A mademoiselle Louise B. (II)

I

L'année en s'enfuyant par l'année est suivie.
Encore une qui meurt ! encore un pas du temps ;
Encore une limite atteinte dans la vie !
Encore un sombre hiver jeté sur nos printemps !

Le temps ! les ans ! les jours ! mots que la foule ignore !
Mots profonds qu'elle croit à d'autres mots pareils !
Quand l'heure tout à coup lève sa voix sonore,
Combien peu de mortels écoutent ses conseils !

L'homme les use, hélas ! ces fugitives heures,
En folle passion, en folle volupté,
Et croit que Dieu n'a pas fait de choses meilleures
Que les chants, les banquets, le rire et la beauté !

Son temps dans les plaisirs s'en va sans qu'il y pense.
Imprudent ! est-il sûr de demain ? d'aujourd'hui ?
En dépensant ses jours sait-il ce qu'il dépense ?
Le nombre en est compté par un autre que lui.

A peine lui vient-il une grave pensée
Quand, au sein du festin qui satisfait ses voeux,
Ivre, il voit tout à coup de sa tête affaissée
Tomber en même temps les fleurs et les cheveux ;

Quand ses projets hâtifs l'un sur l'autre s'écroulent ;
Quand ses illusions meurent à son côté ;
Quand il sent le niveau de ses jours qui s'écoulent
Baisser rapidement comme un torrent d'été.

Alors en chancelant il s'écrie, il réclame,
Il dit : Ai-je donc bu toute cette liqueur ?
Plus de vin pour ma soif ! plus d'amour pour mon âme !
Qui donc vide à la fois et ma coupe et mon coeur ?

Mais rien ne lui répond. - Et triste, et le front blême,
De ses débiles mains, de son souffle glacé,
Vainement il remue, en s'y cherchant lui-même,
Ce tas de cendre éteint qu'on nomme le passé !

II

Ainsi nous allons tous. - Mais vous dont l'âme est forte,
Vous dont le coeur est grand, vous dites : - Que m'importe
Si le temps fuit toujours,
Et si toujours un souffle emporte quand il passe,
Pêle-mêle à travers la durée et l'espace,
Les hommes et les jours ! -

Car vous avez le goût de ce qui seul peut vivre ;
Sur Dante ou sur Mozart, sur la note ou le livre,
Votre front est courbé.
Car vous avez l'amour des choses immortelles ;
Rien de ce que le temps emporte sur ses ailes
Des vôtres n'est tombé !

Quelquefois, quand l'esprit vous presse et vous réclame,
Une musique en feu s'échappe de votre âme,
Musique aux chants vainqueurs,
Au souffle pur, plus doux que l'aile des zéphires,
Qui palpite, et qui fait vibrer comme des lyres
Les fibres de nos coeurs !

Dans ce siècle où l'éclair reluit sur chaque tête,
Où le monde, jeté de tempête en tempête,
S'écrie avec frayeur,
Vous avez su vous faire, en la nuit qui redouble,
Une sérénité qui traverse sans trouble
L'orage extérieur !

Soyez toujours ainsi ! l'amour d'une famille,
Le centre autour duquel tout gravite et tout brille ;
La soeur qui nous défend ;
Prodigue d'indulgence et de blâme économe ;
Femme au coeur grave et doux ; sérieuse avec l'homme,
Folâtre avec l'enfant !

Car pour garder toujours la beauté de son âme,
Pour se remplir le coeur, riche ou pauvre, homme ou femme,
De pensers bienveillants,
Vous avez ce qu'on peut, après Dieu, sur la terre,
Contempler de plus saint et de plus salutaire,
Un père en cheveux blancs

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Amour Jamais

Amour
Jamais
Si cel nest pas pour de vrai
Toujour
Oui mais
Cest trop facile lheure quil est
Jte connais peine
Et dj tu me fais de la peine
Cest un peu trop tôt
Mieux revenir zro
Amour
Qui sait
Combien cet amour va durer
Un jour
Ou des
Eternits cest cque jvoudrais
Quand moi je taime
Peut tre un peu plus que moi-mme
Tu te crois le plus beau
Cest l o tu as tout faux
Amour amour amour jamais
Une seule condition que ce soit jamais
Amour amour amour toujours
Que ça dure jusquau dernier jour
Amour
O.k.
Sans le corps et sans âme cest
Lamour
One way
Ce ne sont que des sens insenss
Quand moi je taime
Peut tre un peu plus que moi-mme
Tu te crois le plus beau
Cest l o tu as tout faux
Amour amour amour jamais
Une seule condition que ce soit jamais
Amour amour amour toujours
Que ça dure jusquau dernier jour

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Victor Hugo

Aimons toujours! Aimons encore!...

Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
L'amour, c'est le cri de l'aurore,
L'amour c'est l'hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l'astre dit aux nuages,
C'est le mot ineffable : Aimons !

L'amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c'est le bonheur !

Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l'âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu'on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l'image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu'un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n'est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l'onde
Tout ce qui n'est que vanité,

Je préfère aux biens dont s'enivre
L'orgueil du soldat ou du roi,
L'ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l'on se dit : ' Qu'en reste-t-il ? '

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l'on se dit : ' C'est donc fini ! '

L'amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l'amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s'éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !

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Victor Hugo

Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles

Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles,
Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles !
Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !
Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées !
Tant elle répandait d'amoureuses rosées
Sur les fleurs et sur nous !

Moi, j'étais devant toi, plein de joie et de flamme,
Car tu me regardais avec toute ton âme !
J'admirais la beauté dont ton front se revêt.
Et sans même qu'un mot révélât ta pensée,
La tendre rêverie en ton coeur commencée
Dans mon coeur s'achevait !

Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie
Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie,
Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux,
Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures,
Si pleines de rayons, de parfums, de murmures,
Si douces toutes deux !

Oh oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde !
C'est lui qui fit ton âme et qui créa le monde !
Lui qui charme mon coeur ! lui qui ravit mes yeux !
C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère !
C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre
Comme l'étoile aux cieux !

C'est Dieu qui mit l'amour au bout de toute chose,
L'amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose !
C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour.
C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine,
A versé la beauté, comme une coupe pleine,
Et dans mon coeur l'amour !

Laisse-toi donc aimer ! - Oh ! l'amour, c'est la vie.
C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie
Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner.
Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne.
La beauté c'est le front, l'amour c'est la couronne :
Laisse-toi couronner !

Ce qui remplit une âme, hélas ! tu peux m'en croire,
Ce n'est pas un peu d'or, ni même un peu de gloire,
Poussière que l'orgueil rapporte des combats,
Ni l'ambition folle, occupée aux chimères,
Qui ronge tristement les écorces amères
Des choses d'ici-bas ;

Non, il lui faut, vois-tu, l'hymen de deux pensées,
Les soupirs étouffés, les mains longtemps pressées,
Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur,
Et tout ce qu'un regard dans un regard peut lire,
Et toutes les chansons de cette douce lyre
Qu'on appelle le coeur !

Il n'est rien sous le ciel qui n'ait sa loi secrète,
Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite,
Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour ;
Le pêcheur a la barque où l'espoir l'accompagne,
Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,
Les âmes ont l'amour !

21 mai 1833

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Satyre XV

Ouy, j'escry rarement, et me plais de le faire ;
Non pas que la paresse en moy soit ordinaire,
Mais si tost que je prens la plume à ce dessein,
Je croy prendre en galere une rame en la main ;
Je sens, au second vers que la Muse me dicte,
Que contre sa fureur ma raison se despite.

Or si par fois j'escry suivant mon ascendant,
Je vous jure, encor est-ce à mon corps deffendant.
L'astre qui de naissance à la Muse me lie
Me fait rompre la teste après ceste folie,
Que je recongnois bien ; mais pourtant, malgré moy,
Il faut que mon humeur fasse joug à sa loy ;
Que je demande en moy ce que je me desnie,
De mon âme et du Ciel estrange tyrannie !
Et qui pis est, ce mal, qui m'afflige au mourir,
S'obstine aux recipez et ne se veut guarir ;
Plus on drogue ce mal et tant plus il s'empire ;
Il n'est point d'elebore assez en Anticire ;
Revesche, à mes raisons, il se rend plus mutin,
Et ma philosophie y perd tout son latin.
Or pour estre incurable, il n'est pas necessaire,
Patient en mon mal, que je m'y doive plaire ;
Au contraire, il m'en fasche et m'en desplais si fort,
Que durant mon accez je voudrois estre mort :
Car lors qu'on me regarde et qu'on me juge un poëte,
Et qui par consequent a la teste mal-faite,
Confus en mon esprit, je suis plus désolé,
Que si j'estois maraut, ou ladre ou verollé.

Encor si le transport dont mon ame est saisie
Avoit quelque respect durant ma frenaisie ;
Qu'il se reglast selon les lieux moins importans,
Ou qu'il fist choix des jours, des hommes ou du temps,
Et que lors que l'hyver me renferme en la chambre,
Aux jours les plus glacez de l'engourdy novembre,
Apollon m'obsedast, j'aurois en mon malheur
Quelque contentement à flater ma douleur.

Mais aux jours les plus beaux de la saison nouvelle,
Que Zephire en ses rets surprend Flore la belle,
Que dans l'air les oyseaux, les poissons en la mer,
Se pleignent doucement du mal qui vient d'aymer ;
Ou bien lors que Cerès de fourment se couronne,
Ou que Bacchus souspire, amoureux de Pomone ;
Ou lors que le saffran, la derniere des fleurs,
Dore le scorpion de ses belles couleurs,
C'est alors que la verve insolemment m'outrage,
Que la raison forcée obeyt à la rage,
Et que, sans nul respect des hommes ou du lieu,
Il faut que j'obeisse aux fureurs de ce Dieu ;
Comme en ces derniers jours, les plus beaux de l'année,
Que Cibelle est par-tout de fruicts environnée,
Que le paysant recueille, emplissant à milliers
Greniers, granges, chartis, et caves et celiers,
Et que Junon, riant d'une douce influence,
Rend son oeil favorable aux champs qu'on ensemence ;
Que je me resoudois, loing du bruit de Paris
Et du soing de la Cour ou de ses favoris,
M'esgayer au repos que la campagne donne,
Et sans parler curé, doyen, chantre ou Sorbonne,
D'un bon mot faire rire, en si belle saison,
Vous, vos chiens et vos chats et toute la maison,
Et là, dedans ces champs que la riviere d'Oyse
Sur des arenes d'or en ses bors se degoyse,
(Sejour jadis si doux à ce Roy qui deux fois
Donna Sydon en proye à ses peuples françois)
Faire meint soubre-saut, libre de corps et d'ame,
Et, froid aux appetis d'une amoureuse flame,
Estre vuide d'amour comme d'ambition,
Des gallands de ce temps, horrible passion.

Mais à d'autres revers ma fortune est tournée.
Dès le jour que Phoebus nous monstre la journée,
Comme un hiboux qui luit la lumiere et le jour,
Je me lève, et m'en vay dans le plus creux sejour
Que Royaumont recelle en ses forets secrettes,
Des renards et des loups les ombreuses retraittes.
Et là, malgré mes dents rongeant et ravassant,
Polissant les nouveaux, les vieux rapetassant,
Dedans la Cour, peut-estre, on leur fera la moue ;
Ou s'ils sont, à leur gré, bien faits et bien polis,
J'auray pour recompense : ' Ils sont vrayment jolis. '
Mais moy, qui ne me reigle aux jugemens des hommes
Qui dedans et dehors cognoy ce que nous sommes ;
Comme, le plus souvent, ceux qui sçavent le moings
Sont temerairement et juges et tesmoings,
Pour blasme ou pour louange ou pour froide parole
Je ne fay de leger banqueroute à l'escolle
Du bon homme Empedocle, où son discours m'apprend
Qu'en ce monde il n'est rien d'admirable et de grand
Que l'esprit desdaignant une chose bien grande,
Et qui, Roy de soy-mesme, à soy-mesme commande...

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