
Les feux du bivouac
Les feux mouvants du bivouac
Éclairent des formes de rêve
Et le songe dans l'entrelacs
Des branches lentement s'élève
Voici les dédains du regret
Tout écorché comme une fraise
Le souvenir et le secret
Dont il ne reste que la braise
poem by Guillaume Apollinaire

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Related quotes
Pensée perdue
Elle est si douce, la pensée,
Qu'il faut, pour en sentir l'attrait,
D'une vision commencée
S'éveiller tout à coup distrait.
Le coeur dépouillé la réclame ;
Il ne la fait point revenir,
Et cependant elle est dans l'âme,
Et l'on mourrait pour la finir.
A quoi pensais-je tout à l'heure ?
A quel beau songe évanoui
Dois-je les larmes que je pleure ?
Il m'a laissé tout ébloui.
Et ce bonheur d'une seconde,
Nul effort ne me l'a rendu ;
Je n'ai goûté de joie au monde
Qu'en rêve, et mon rêve est perdu.
poem by Rene Francois Armand Prudhomme

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Au loin
Ancres abandonnées sous des hangars maussades,
Porches de suie et d'ombre où s'engouffrent des voix,
Pignons crasseux, greniers obscurs, mornes façades
Et gouttières régulières, au long des toits ;
Et blocs de fonte et crocs d'acier et cols de grues
Et puis, au bas des murs, dans les caves, l'écho
Du pas des chevaux las sur le pavé des rues
Et des rames en cadence battant les flots ;
Et le vaisseau plaintif, qui dort et se corrode
Dans les havres et souffre ; et les appels hagards
Des sirènes et le mystérieux exode
Des navires silencieux, vers les hasards
Des caps et de la mer affolée en tempêtes ;
Ô mon âme, quel s'en aller et quel souffrir !
Et quel vivre toujours, pour les rouges conquêtes
De l'or ; quel vivre et quel souffrir et quel mourir !
Pourtant regarde au loin s'illuminer les îles,
Fais ton rêve d'encens, de myrrhe et de corail,
Fais ton rêve de fleurs et de roses asiles,
Fais ton rêve éventé par le large éventail
De la brise océane, au clair des étendues ;
Et songe aux Orients et songe à Benarès,
Songe à Thèbes, songe aux Babylones perdues,
Songe aux siècles tombés des Sphinx et des Hermès ;
Songe à ces Dieux d'airain debout au seuil des porches,
A ces colosses bleus broyant des léopards
Entre leurs bras, à ces processions de torches
Et de prêtres, par les forêts et les remparts,
La nuit, sous l'oeil dardé des étoiles australes ;
Ô mon âme qu'hallucinent tous les lointains !
Songe aux golfes, songe aux déserts, songe aux lustrales
Caravanes, en galop blanc dans les matins ;
Songe qu'il est peut-être encor, par la Chaldée,
Quelques pâtres pleins de mystère et d'infini
Dont la bouche jamais n'a pu crier l'idée ;
Et va, par ces chemins de fleurs et de granit,
Et va si loin et si profond dans ta mémoire,
Que l'heure et le moment s'abolissent pour toi.
Impossible ! - Voici la boue et puis la noire
Fumée et les tunnels et le morne beffroi
Battant son glas dans la brume et qui ressasse
Toute ma peine tue et toute ma douleur,
Et je reste, les pieds collés à cette crasse,
Dont les odeurs montent et puent jusqu'à mon coeur.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
La Richesse Est Un Etat D'Ame
La richesse est un état d'âme
L'argent passe comme l'eau
On le dépense comme un corniaud
Pour faire plaisir aux femmes.
Le passé est resté un moment de richesse
Car l'expérience coûte très chère
Les souvenirs des saisons douces et amères
Nous plongent dans une folle ivresse.
La terre devient de plus en plus précieuse
Au marché tout se vend aux enchères
En dépit de tout, les nouveaux millionnaires
Se noient dans des affaires frauduleuses.
La richesse est un état d'âme
Les petits ouvriers sont satisfaits
Tandis que les patrons s'alarment
Et s'accablent comme des vieux perroquets.
La richesse est un état d'âme.
poem by Hebert Logerie

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Un soir
Un aigle descendit de ce ciel blanc d'archanges
Et vous soutenez-moi
Laisserez-vous trembler longtemps toutes ces lampes
Priez priez pour moi
La ville est métallique et c'est la seule étoile
Noyée dans tes yeux bleus
Quand les tramways roulaient jaillissaient des feux pâles
Sur des oiseaux galeux
Et tout ce qui tremblait dans tes yeux de mes songes
Qu'un seul homme buvait
Sous les feux de gaz roux comme la fausse oronge
Ô vêtue ton bras se lovait
Vois l'histrion tire la langue aux attentives
Un fantôme s'est suicidé
L'apôtre au figuier pend et lentement salive
Jouons donc cet amour aux dés
Des cloches aux sons clairs annonçaient ta naissance
Vois
Les chemins son fleuris et les palmes s'avancent
Vers toi
poem by Guillaume Apollinaire

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Les meules qui brûlent
La plaine, au fond des soirs, s'est allumée,
Et les tocsins cassent leurs bonds de sons,
Aux quatre murs de l'horizon.
- Une meule qui brûle ! -
Par les sillages des chemins, la foule,
Par les sillages des villages, la foule houle
Et dans les cours, les chiens de garde ululent.
- Une meule qui brûle ! -
La flamme ronfle et casse et broie,
S'arrache des haillons qu'elle déploie,
Ou sinueuse et virgulante
S'enroule en chevelure ardente ou lente
Puis s'apaise soudain et se détache
Et ruse et se dérobe - ou rebondit encor :
Et voici, clairs, de la boue et de l'or,
Dans le ciel noir qui s'empanache.
- Quand brusquement une autre meule au loin s'allume ! -
Elle est immense - et comme un trousseau rouge
Qu'on agite de sulfureux serpents,
Les feux - ils sont passants sur les arpents
Et les fermes et les hameaux, où bouge,
De vitre à vitre, un caillot rouge.
- Une meule qui brûle ! -
Les champs ? ils s'illimitent en frayeurs ;
Des frondaisons de bois se lèvent en lueurs,
Sur les marais et les labours ;
Des étalons cabrés, vers la terreur hennissent ;
D'énormes vols d'oiseaux s'appesantissent
Et choient, dans les brasiers - et des cris sourds
Sortent du sol ; et c'est la mort,
Toute la mort brandie
Et ressurgie, aux poings en l'air de l'incendie.
Et le silence après la peur - quand, tout à coup, là-bas,
Formidable, dans le soir las,
Un feu nouveau remplit les fonds du crépuscule ?
- Une meule qui brûle ! -
Aux carrefours, des gens hagards
Font des gestes hallucinés,
Les enfants crient et les vieillards
Lèvent leurs bras déracinés
Vers les flammes en étendards.
Tandis qu'au loin, obstinément silencieux,
Des fous, avec de la stupeur aux yeux - regardent.
- Une meule qui brûle ! -
L'air est rouge, le firmament,
On le dirait défunt, sinistrement,
Sous les yeux clos de ses étoiles.
Le vent chasse des cailloux d'or,
Dans un déchirement de voiles.
Le feu devient clameur hurlée en flamme
Vers les échos, vers les là-bas,
Sur l'autre bord, où brusquement les au-delà
Du fleuve s'éclairent comme un songe :
Toute la plaine ? elle est de braise, de mensonge,
De sang et d'or - et la tourmente
Emporte avec un tel élan,
La mort passagère du firmament,
Que vers les fins de l'épouvante,
Le ciel entier semble partir.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

À la Santé
Avant d'entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu'es-tu devenu
Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d'en sortir comme il fit
Adieu adieu chantante ronde
Ô mes années ô jeunes filles
III
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons tournons tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Dans la cellule d'à côté
On y fait couler la fontaine
Avec les clefs qu'il fait tinter
Que le geôlier aille et revienne
Dans la cellule d'à côté
On y fait couler la fontaine
V
Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement
Tu pleureras l'heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures
VI
J'écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu'un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison
Le jour s'en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison
poem by Guillaume Apollinaire

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Lecture
Le moine de Santabarem
Vêtu de noir et ses mains pâles étendues
Clama ' Lilith '
Et dans la nuit blême
Ululait une orfraie et le moine dit :
' Je vois Lilith qui vole poursuivie
Par trois anges... '
- Ici s'arrête le grimoire rongé des vers
Et je songe à la nuit, la lune
À son premier quartier.
Et je songe aux Empereurs byzantins.
J'aperçois quelque autel dans un nuage
D'encens
Je fleure des roses de Jéricho,
Et je vois briller des yeux adamantins de crapauds
Et je songe au grimoire,
Au parchemin rongé,
À quelque chambre noire
Où vit retiré un alchimiste.
Et je rêve et le jour prend teinte d'améthyste
Et je ne sais pourquoi
Je songe de femme à barbe et de colosse triste
Et je frissonne d'entendre en ma chambre derrière moi
Comme un bruissement de soie.
poem by Guillaume Apollinaire

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Pieusement
La nuit d'hiver élève au ciel son pur calice.
Et je lève mon coeur aussi, mon coeur nocturne,
Seigneur, mon cœur ! vers ton pâle infini vide,
Et néanmoins je sais que tout est taciturne
Et qu'il n'existe rien dont ce coeur meurt, avide ;
Et je te sais mensonge et mes lèvres te prient
Et mes genoux ; je sais et tes grandes mains closes
Et tes grands yeux fermés aux désespoirs qui crient,
Et que c'est moi, qui seul, me rêve dans les choses ;
Sois de pitié, Seigneur, pour ma toute démence.
J'ai besoin de pleurer mon mal vers ton silence !...
La nuit d'hiver élève au ciel son pur calice !
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
C'est la bonne heure où la lampe s'allume
C'est la bonne heure où la lampe s'allume :
Tout est si calme et consolant, ce soir,
Et le silence est tel, que l'on entendrait choir
Des plumes.
C'est la bonne heure où, doucement,
S'en vient la bien-aimée,
Comme la brise ou la fumée,
Tout doucement, tout lentement.
Elle ne dit rien d'abord - et je l'écoute ;
Et son âme, que j'entends toute,
Je la surprends luire et jaillir
Et je la baise sur ses yeux.
C'est la bonne heure où la lampe s'allume,
Où les aveux
De s'être aimés le jour durant,
Du fond du coeur profond mais transparent,
S'exhument.
Et l'on se dit les simples choses :
Le fruit qu'on a cueilli dans le jardin ;
La fleur qui s'est ouverte,
D'entre les mousses vertes ;
Et la pensée éclose en des émois soudains,
Au souvenir d'un mot de tendresse fanée
Surpris au fond d'un vieux tiroir,
Sur un billet de l'autre année.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
What's Left Behind Of All Our Love
Translation of the song 'Que Reste-t-il De Nos Amours? '
by Charles Trenet
(I was introduced to this song by Walter Hyatt when we were writing together in Nashville. He performed it once on AUSTIN CITY LIMITS and dedicated it to his high school French teacher. I thought that was so cool! On a trip to Paris I worked on a translation so I could sing it first in French, then English. By the end of the first phrase I'm back at a sidewalk cafe in Paris, sipping espresso and soaking in ambience. I dedicate my translation to my college French professors, Waring McCrady, Jacqueline Schaefer and Scott Bates.)
What's left behind of all our love,
Of those good times, what stays with us,
A photograph, faded but true,
The days of our youth.
What's left behind of April days,
Of tender notes and secret ways,
A never ending memory
Which follows me.
Good times together,
Free as a breeze,
Stolen kisses, sweet reveries.
What's left behind of all of these
Tell me please.
A sleepy town, a church bell rings,
The simple joy that each day brings,
And in a cloud passing so fast...
The days of my past.
Paris 2001
(French lyrics)
Que reste-t-il de nos amours,
Que reste-t-il de ces beaux jours,
Une photo, vieille photo de ma jeunesse.
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d'Avril, des rendez-vous,
Un souvenir qui me poursuit sans cesse.
Bonheur fané, cheveux au vent
Baisers volés, rêves mouvants
Que reste-t-il de tout cela, dites-le moi?
Un petit village, un vieux clocher
Un paysage si bien caché
Et dans un nuage, le cher visage de mon passé...
poem by Carol Elliott

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Latone
Le quinconce, le buis, les ifs et les cyprès,
La rocaille coquette et la vasque pensive
D’où s’épanche ou jaillit l’onde dolente ou vive
Qui fait l’allée en pleurs ou le carrefour frais ;
La fontaine qui jase et le bassin auprès
Qui stagne et que tarit la fissure furtive,
La statue et l’hermès que la mousse enjolive
Et le parc qui finit en lointains de forêts ;
Le Silence qui songe et l’Écho qui recule
Bercent la douceur d’être en ce beau crépuscule
Où, dans le souvenir, tout reste ce qu’il fut,
Et, parmi l’eau verdie où s’effeuille l’automne,
Toujours s’obstine, en or accroupi, le salut
De l’obèse grenouille à la svelte Latone.
poem by Henri de Regnier

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Si je mourais là-bas...
Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie
poem by Guillaume Apollinaire

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

Elle est gaie et pensive; elle nous fait songer
Elle est gaie et pensive ; elle nous fait songer
À tout ce qui reluit malgré de sombres voiles,
Aux bois pleins de rayons, aux nuits pleines d'étoiles.
L'esprit en la voyant s'en va je ne sais où.
Elle a tout ce qui peut rendre un pauvre homme fou.
Tantôt c'est un enfant, tantôt c'est une reine.
Hélas ! quelle beauté radieuse et sereine !
Elle a de fiers dédains, de charmantes faveurs,
Un regard doux et bleu sous de longs cils rêveurs,
L'innocence, et l'amour qui sans tristesse encore
Flotte empreint sur son front comme une vague aurore,
Et puis je ne sais quoi de calme et de vainqueur !
Et le ciel dans ses yeux met l'enfer dans mon coeur !
poem by Victor Hugo

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

France! à l'heure où tu te prosternes
France ! à l'heure où tu te prosternes,
Le pied d'un tyran sur ton front,
La voix sortira des cavernes
Les enchaînés tressailleront.
Le banni, debout sur la grève,
Contemplant l'étoile et le flot,
Comme ceux qu'on entend en rêve,
Parlera dans l'ombre tout haut ;
Et ses paroles qui menacent,
Ses paroles dont l'éclair luit,
Seront comme des mains qui passent
Tenant des glaives dans la nuit.
Elles feront frémir les marbres
Et les monts que brunit le soir,
Et les chevelures des arbres
Frissonneront sous le ciel noir ;
Elles seront l'airain qui sonne,
Le cri qui chasse les corbeaux,
Le souffle inconnu dont frissonne
Le brin d'herbe sur les tombeaux ;
Elles crieront : Honte aux infâmes,
Aux oppresseurs, aux meurtriers !
Elles appelleront les âmes
Comme on appelle des guerriers !
Sur les races qui se transforment,
Sombre orage, elles planeront ;
Et si ceux qui vivent s'endorment,
Ceux qui sont morts s'éveilleront.
poem by Victor Hugo

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

A Vianden
Il songe. Il s'est assis rêveur sous un érable.
Entend-il murmurer la forêt vénérable ?
Regarde-t-il les fleurs ? regarde-t-il les cieux ?
Il songe. La nature au front mystérieux
Fait tout ce qu'elle peut pour apaiser les hommes ;
Du coteau plein de vigne au verger plein de pommes
Les mouches viennent, vont, reviennent ; les oiseaux
Jettent leur petite ombre errante sur les eaux ;
Le moulin prend la source et l'arrête au passage ;
L'étang est un miroir où le frais paysage
Se renverse et se change en vague vision ;
Tout dans la profondeur fait une fonction ;
Pas d'atome qui n'ait sa tâche ; tout s'agite ;
Le grain dans le sillon, la bête dans son gîte,
Ont un but ; la matière obéit à l'aimant ;
L'immense herbe infinie est un fourmillement ;
Partout le mouvement sans relâche et sans trêve,
Dans ce qui pousse, croît, monte, descend, se lève,
Dans le nid, dans le chien harcelant les troupeaux,
Dans l'astre ; et la surface est le vaste repos ;
En dessous tout s'efforce, en dessus tout sommeille ;
On dirait que l'obscure immensité vermeille
Qui balance la mer pour bercer l'alcyon,
Et que nous appelons Vie et Création,
Charmante, fait semblant de dormir, et caresse
L'universel travail avec de la paresse.
Quel éblouissement pour l'oeil contemplateur !
De partout, du vallon, du pré, de la hauteur,
Du bois qui s'épaissit et du ciel qui rougeoie,
Sort cette ombre, la paix, et ce rayon, la joie.
Et maintenant, tandis qu'à travers les ravins,
Une petite fille avec des yeux divins
Et de lestes pieds nus dignes de Praxitèle,
Chasse à coups de sarment sa chèvre devant elle,
Voici ce qui remue en l'âme du banni :
- Hélas ! tout n'est pas dit et tout n'est pas fini
Parce qu'on a creusé dans la rue une fosse,
Parce qu'un chef désigne un mur où l'on adosse
De pauvres gens devant les feux de pelotons,
Parce qu'on exécute au hasard, à tâtons,
Sans choix, sous la mitraille et sous la fusillade,
Pères, mères, le fou, le brigand, le malade,
Et qu'on fait consumer en hâte par la chaux
Des corps d'hommes sanglants et d'enfants encor chauds !
poem by Victor Hugo

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

A quoi songeaient les deux cavaliers ...
La nuit était fort noire et la forêt très-sombre.
Hermann à mes côtés me paraissait une ombre.
Nos chevaux galopaient. A la garde de Dieu !
Les nuages du ciel ressemblaient à des marbres.
Les étoiles volaient dans les branches des arbres
Comme un essaim d'oiseaux de feu.
Je suis plein de regrets. Brisé par la souffrance,
L'esprit profond d'Hermann est vide d'espérance.
Je suis plein de regrets. O mes amours, dormez !
Or, tout en traversant ces solitudes vertes,
Hermann me dit : «Je songe aux tombes entr'ouvertes ;»
Et je lui dis : «Je pense aux tombeaux refermés.»
Lui regarde en avant : je regarde en arrière,
Nos chevaux galopaient à travers la clairière ;
Le vent nous apportait de lointains angelus; dit :
«Je songe à ceux que l'existence afflige,
A ceux qui sont, à ceux qui vivent. -- Moi, lui dis-je,
Je pense à ceux qui ne sont plus !»
Les fontaines chantaient. Que disaient les fontaines ?
Les chênes murmuraient. Que murmuraient les chênes ?
Les buissons chuchotaient comme d'anciens amis.
Hermann me dit : «Jamais les vivants ne sommeillent.
En ce moment, des yeux pleurent, d'autres yeux veillent.»
Et je lui dis : «Hélas! d'autres sont endormis !»
Hermann reprit alors : «Le malheur, c'est la vie.
Les morts ne souffrent plus. Ils sont heureux ! j'envie
Leur fosse où l'herbe pousse, où s'effeuillent les bois.
Car la nuit les caresse avec ses douces flammes ;
Car le ciel rayonnant calme toutes les âmes
Dans tous les tombeaux à la fois !»
Et je lui dis : «Tais-toi ! respect au noir mystère !
Les morts gisent couchés sous nos pieds dans la terre.
Les morts, ce sont les coeurs qui t'aimaient autrefois
C'est ton ange expiré ! c'est ton père et ta mère !
Ne les attristons point par l'ironie amère.
Comme à travers un rêve ils entendent nos voix.»
poem by Victor Hugo

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Lied
Dors lentement avec des rêves
Légers de l’air pur respiré
Le long des rives fraternelles
Où nos pas doubles ont erré.
Dors doucement avec des songes
Parfumés des fleurs du chemin
Qui ce soir encore dans l’ombre
Sont odorantes de tes mains.
Dors seule en rêve avec toi-même.
Sois ton propre songe ; il n’est pas
D’autre couronne pour ta tête
Que le cercle nu de tes bras.
poem by Henri de Regnier

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Je noie en tes deux yeux mon âme tout entière
Je noie en tes deux yeux mon âme tout entière
Et l'élan fou de cette âme éperdue,
Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,
Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.
S'unir pour épurer son être
Comme deux vitraux d'or en une même abside
Croisent leurs feux différemment lucides
Et se pénètrent !
Je suis parfois si lourd, si las,
D'être celui qui ne sait pas
Etre parfait, comme il le veut !
Mon coeur se bat contre ses voeux,
Mon coeur dont les plantes mauvaises,
Entre des rocs d'entêtements,
Dressent, sournoisement,
Leurs fleurs d'encre ou de braise ;
Mon coeur si faux, si vrai, selon les jours,
Mon coeur contradictoire,
Mon coeur exagéré toujours
De joie immense ou de crainte attentatoire.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!
Vers le cloître
Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l'on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l'âme, enfin, toute la chair.
Sauvage horreur de soi si mornement sentie !
Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit,
Jettent sur nos vouloirs leur cagoule d'ennui,
Ou brusquement nous arrachent à l'inertie.
Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir !
Dites, ces plombs de maladie en tous les membres,
Et la lourde torpeur des morbides novembres,
Et le dégoût de se toucher et de se voir ?
Dites, ces mains qui regrettent l'ancien vice
Et qui cherchent encor aux rondeurs des coussins
Et des toisons de ventre et des grappes de seins
Et de moites chaleurs pour le songe complice ?
Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l'on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l'âme, enfin, toute la chair.
Et s'imposer le gel des sens quand le corps brûle ;
Et se tyranniser et se tordre le coeur,
- Hélas ! ce qui en reste - et tordre, avec rancoeur,
Jusqu'au regret d'un autrefois doux et crédule.
Se cravacher dans sa pensée et dans son sang,
Dans son effort, dans son espoir, dans son blasphème ;
Et s'exalter de ce mépris, pauvre lui-même,
Mais qui rachète un peu l'orgueil d'où l'on descend.
Et se mesquiniser en pratiques futiles
Et se faire petit et n'avoir qu'âpreté
Pour tout ce qui n'est point d'une âcre nullité
Dans le jardin fané des floraisons hostiles.
Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l'on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l'âme, enfin, toute la chair.
Oh ! la constante rage à s'écraser, la hargne
A se tant torturer, à se tant amoindrir,
Que tout l'être n'est plus vivant que pour souffrir
Et se fait de son mal sa joie et son épargne.
N'entendre plus ses cris, ne sentir plus ses pleurs,
Mater son instinct noir, tuer sa raison traître,
Oh ! le pouvoir et le savoir ! Etre son maître !
Et les casser enfin, les crocs de ses douleurs !
Et peut-être qu'alors, par un soir salutaire,
Une paix de néant s'installerait en moi,
Et que sans m'émouvoir j'écouterais l'aboi,
L'aboi tumultueux de la mort volontaire.
Je rêve une existence en un cloître de fer.
poem by Emile Verhaeren

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!

En écoutant chanter la princesse
Dans ta haute demeure
Dont l'air est étouffant,
De l'accent dont on pleure
Tu chantes, douce enfant.
Tu chantes, jeune fille.
Ton père, c'est le roi.
Autour de toi tout brille,
Mais tout soupire en toi.
Pense, mais sans rien dire ;
Aimer t'est défendu ;
Doux être, ton sourire
En naissant s'est perdu.
Tu te sens épousée
Par une main qui sort
Inconnue et glacée
De cette ombre, le sort.
Ton coeur, triste et sans ailes,
Est dans ce gouffre noir
A des profondeurs telles
Que tu ne peux l'avoir.
Tu n'es qu'altesse encore,
Tu seras majesté,
Bien qu'un reflet d'aurore
Sur ton front soit resté,
Enfant chère aux armées,
Déjà nous te voyons
Dans toutes les fumées
Et dans tous les rayons.
Ton parrain est le pape ;
Vierge, il t'a dit : Ave !
Quand tu passes, on frappe
Des piques le pavé.
Comme Dieu l'on t'encense ;
Toi-même as le frisson
De la toute-puissance
Mêlée à ta chanson.
De vieux légionnaires
Te gardent, fiers, soumis ;
Et l'on voit des tonnerres
A ta porte endormis.
Autour de toi se creuse
L'éclatant sort des rois.
Tu serais plus heureuse
Fauvette dans les bois.
poem by Victor Hugo

Submitted by Poetry Lover
Vote! | Copy!