Charles Baudelaire

Spleen (IV)

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

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Guillaume Apollinaire

Les Colchiques

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la
Violatres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

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Andre Breton

Tournesol

La voyageuse qui traverse les Halles à la tombée de l'été
Marchait sur la pointe des pieds
Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux
Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels
Que seule a respiré la marraine de Dieu
Les torpeurs se déployaient comme la buée
Au Chien qui fume
Ou venaient d'entrer le pour et le contre
La jeune femme ne pouvait être vue d'eux que mal et de biais
Avais-je affaire à l'ambassadrice du salpêtre
Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée
Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers
La dame sans ombre s'agenouilla sur le Pont-au-Change
Rue Git-le-Coeur les timbres n'étaient plus les mêmes
Les promesses de nuits étaient enfin tenues
Les pigeons voyageurs les baisers de secours
Se joignaient aux seins de la belle inconnue
Dardés sous le crêpe des significations parfaites
Une ferme prospérait en plein Paris
Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée
Mais personne ne l'habitait encore à cause des survenants
Des survenants qu'on sait plus devoués que les revenants
Les uns comme cette femme ont l'air de nager
Et dans l'amour il entre un peu de leur substance
Elle les interiorise
Je ne suis le jouet d'aucune puissance sensorielle
Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendres
Un soir près de la statue d'Etienne Marcel
M'a jeté un coup d'oeil d'intelligence
André Breton a-t-il dit passe

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Guillaume Apollinaire

Aquarelliste

Yvonne sérieuse au visage pâlot
A pris du papier blanc et des couleurs à l'eau
Puis rempli ses godets d'eau claire à la cuisine.
Yvonnette aujourd'hui veut peindre. Elle imagine
De quoi serait capable un peintre de sept ans.
Ferait-elle un portrait? Il faudrait trop de temps
Et puis la ressemblance est un point difficile
À saisir, il vaut mieux peindre de l'immobile
Et parmi l'immobile inclus dans sa raison
Yvonnette a fait choix d'une belle maison
Et la peint toute une heure en enfant douce et sage.
Derrière la maison s'étend un paysage
Paisible comme un front pensif d'enfant heureux,
Un paysage vert avec des monts ocreux.
Or plus haut que le toit d'un rouge de blessure
Monte un ciel de cinabre où nul jour ne s'azure.
Quand j'étais tout petit aux cheveux longs rêvant,
Quand je stellais le ciel de mes ballons d'enfant,
Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette,
Des paysages verts avec la maisonnette,
Mais au lieu d'un ciel triste et jamais azuré
J'ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.

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Victor Hugo

Elle est gaie et pensive; elle nous fait songer

Elle est gaie et pensive ; elle nous fait songer
À tout ce qui reluit malgré de sombres voiles,
Aux bois pleins de rayons, aux nuits pleines d'étoiles.
L'esprit en la voyant s'en va je ne sais où.
Elle a tout ce qui peut rendre un pauvre homme fou.
Tantôt c'est un enfant, tantôt c'est une reine.
Hélas ! quelle beauté radieuse et sereine !
Elle a de fiers dédains, de charmantes faveurs,
Un regard doux et bleu sous de longs cils rêveurs,
L'innocence, et l'amour qui sans tristesse encore
Flotte empreint sur son front comme une vague aurore,
Et puis je ne sais quoi de calme et de vainqueur !
Et le ciel dans ses yeux met l'enfer dans mon coeur !

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Les jours de fraîche et tranquillé santé

Les jours de fraîche et tranquillé santé,
Lorsque la vie est belle ainsi qu'une conquête,
Le bon travail prend place à mes côtés,
Comme un ami qu'on fête.

Il vient des pays doux et rayonnants,
Avec des mots plus clairs que les rosées,
Pour y sentir, en les illuminant,
Nos sentiments et nos pensées.

Il saisit l'être en un tourbillon fou ;
Il érige l'esprit, sur de géants pilastres ;
Il lui verse le feu qui fait vivre les astres ;
Il apporte le don d'être Dieu tout à coup.

Et les transports fiévreux et les affres profondes,
Tout sert à sa tragique volonté
De rajeunir le sang de la beauté,
Dans les veines du monde.

Je suis à sa merci, comme une ardente proie.

Aussi, quand je reviens, bien que lassé et lourd,
Vers le repos de ton amour,
Avec les feux de mon idée ample et suprême,
Me semble-t-il - oh ! qu'un instant -
Que je t'apporte, en mon coeur haletant,
Le battement de coeur de l'univers lui-même.

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Victor Hugo

Après l'hiver

Tout revit, ma bien aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le coeur de l'homme est meilleur.

En haut, d'où l'amour ruiselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l'astre et la fleur.

L'hiver fuit, saison d'alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l'âpre sève des larmes
Coule, et du coeur monte aux yeux.

O douce désuétude
De souffrir et de pleurer !
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer ?

La branche au soleil se dore
Et penche, pour l'abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l'oiseau qui va chanter.

L'aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux ;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.

On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit les astres bruire,
Et les abeilles le jour.

Et partout nos regards lisent,
Et, dans l'herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent :
'Les aimants sont les bénis !'

L'air enivre ; tu reposes
A mon cou tes bras vainqueurs.
Sur les rosiers que de roses !
Que de soupirs dans nos coeurs !

Comme l'aube, tu me charmes ;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.

La nature, soeur jumelle
D'Eve et d'Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.

Il Suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t'adorant,
Te contemple ; et, nos caresses,
Toute l'ombre nous les rend !

Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos coeurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.

Et, sans qu'un souci t'oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J'ai l'étoile pour maîtresse ;
Le soleil est ton amant ;

Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.

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Guillaume Apollinaire

La tzigane

La Tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Esperance
L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Avé

On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu'a prédit la tzigane

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Victor Hugo

A un poète aveugle

Merci, poète! -- au seuil de mes lares pieux,
Comme un hôte divin, tu viens et te dévoiles ;
Et l'auréole d'or de tes vers radieux
Brille autour de mon nom comme un cercle d'étoiles.

Chante ! Milton chantait ; chante ! Homère a chanté.
Le poète des sens perce la triste brume ;
L'aveugle voit dans l'ombre un monde de clarté.
Quand l'oeil du corps s'éteint,l'oeil de l'esprit s'allume.

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L'orgueil

Non plus parce qu'il vit d'angoisse et de souffrance,
Mais parce qu'à chaque heure il crée une espérance,
L'âpre univers est plein de foi.
Il n'importe que sous les toits,
Dans les demeures,
Quand le jour naît ou qu'il décroît,
Les prières au Christ en croix
Se meurent.

Efforts multipliés en tous les lieux du monde,
C'est vous qui recélez les croyances profondes :
Qui risque et qui travaille, croit ;
Qui cherche et qui invente, croit encore ;
Les lumières de chaque aurore
Ressuscitent, fatalement, au fond des coeurs
La confiance en leur ardeur.

Désormais c'est l'orgueil qui s'attaque au mystère
Que toujours nous propose et nous cause la terre,
Orgueil jeune et joyeux qui se mue en ferveur
Pour ne jamais se rebuter devant l'obstacle
Et soi-même créer le quotidien miracle
Dont a besoin l'esprit humain.

Ô croyance en mon front, en mes yeux, en mes mains,
Croyance en mon cerveau que la recherche enivre,
Croyance en tout mon être ardent, vibrant, dardé,
Comme vous me faites plus sûr et décidé
Dans le danger et la gloire que j'ai
De vivre !

Depuis que je me sens
N'être qu'un merveilleux fragment
Du monde en proie aux géantes métamorphoses,
Le bois, le mont, le sol, le vent, l'air et le ciel
Me deviennent plus fraternels
Et je m'aime moi-même en la splendeur des choses.

Je m'aime et je m'admire en tel geste vermeil
Que fait un homme à moi pareil
En son passage sur la terre.
Tout comme lui je suis doté
De génie et de volonté
Et ce qu'il fait, je le puis faire.

Avec mes deux poumons, je respire l'exploit
Que m'apporte le vent de tous les points du monde.
Est mien, tout penser clair, utile, allègre et droit
Dont j'ai senti l'audace en mon âme profonde.

Ainsi
Je communie
Avec toute la vie
Et des choses et des êtres.
Je me prodigue en tout, comme tout me pénètre,
Vice, vertu, mérite ou faute.
Tout mon orgueil s'exerce à bellement souffrir
Et quand il le faudra à fièrement mourir,
Pour n'abaisser jamais ma force intense et haute.

poem by Emile VerhaerenReport problemRelated quotes
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L'Ange de mes Nuits

Je t'attends ce soir,
Comme à l'accoutumée,
Après avoir prié,
Où mes paupières closes, dans le noir,
Sont collées; parce que tu es venue encore
.
Belle et charmante, les tresses de tes cheveux
Lèchent la surface entière de mes pores.
Je ne me réveille pas même pour arroser la commode.
Tendre et délicieuse, tu portes les dernières modes
Dont je n'ose ni décrire, ni dessiner.

Tu es la voisine que je ne reverrai point.
Tu es parfaite et tu prends grand soin
A me peindre toute la soirée,
Jusqu'au moment où le ciel n'est plus étoilé;
Puis je revois le jour. Triste sort, j'étais heureux.

Maintenant, la ville est inondée et il pleut,
Jusqu'au fond de mon âme.
Tu es l'amante, la douce femme
Que mes mains n'effleuront
Un matin, sous la mélodie d'une étrange chanson.
Mille bisous pour ton aide avec les ennuis;
Tu es mon sommeil, tu es l'ange de mes nuits.

poem by Hebert LogerieReport problemRelated quotes
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Guillaume Apollinaire

Marizibill

Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C'était un juif il sentait l'ail
Et l'avait venant de Formose
Tirée d'un bordel de Changaï

Je connais des gens de toutes sortes
Ils n'égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs coeurs bougent comme leurs portes

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Une Bouffée de Nuages

L’homme est comme une bouffée de nuages
Qui passe dans les couloirs du firmament
L’homme qui trépasse sur les plages
A la maison et à l’enterrement
Est illico presto dévalorisé et chosifié.

Le tout-puissant scélérat après être frappé
A la tempe et au thorax est ipso facto éliminé
Tout est éphémère, le pouvoir est passager
Les mauvais mullahs et les despotes sont des insensés
Qui un jour seront réveillés par l’inévitable réalité.

L’homme passe comme une bouffée de nuages
Nous sommes tous des damnés de la cage
Nos pas et mouvements sont minutieusement contrôlés
Par une force invisible laquelle est destinée
A nous conduire jusqu’au fond des nuées.

Occasionnellement, on dit que l’homme n’est rien
Et que nous vivons dans une jungle décorée
Parmi les lions, les tigres et les requins
Le diablotin jeté au fonds de l’océan
Ne flotte plus, il fait partie du néant.

L’impuissant fantôme est à présent évaporé
Dans l’ombre de l’aurore et dans la buée de la nuit
Tout est éphémère: les châtiments et les ennuis
Tout passe et disparaisse à travers les pores en otages
L’homme est comme une bouffée de nuages.

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Je T'aime Plus Que Tout

I love it when we do when we do what we do
I love it when we do when we do what we do
Aahaaa...
Aahaaa...
Aahaaa...Yeah
When you're around
The sun is always shining
And since we met
I haven't once stopped smiling,yeah
The love I feel for you
Is almost blinding, yeah
Qui menvoie jour aprs jour
Vers le meilleur de lamour
Pour un aller sans retour
Je nesprais que tes bras
Je nattendais plus que toi, toi
CHORUS 1:
I love it when we do what we do
'cause we do what we do 'til it's done
I love the way we do what we do
'cause we do what we do and it's fun
You're the one
Tu es ma chance
Ma prfrence, la douceur
Un don du ciel
Que je retiens dans mon cur
Dis-moi que rien
Ne nous perdras
Dis le moi, ah
When I look into your eyes
I don't have to fantasize
You're a dream that's realised
I'm dancing on the moon inside
If life is cruel then someone lied, yeah
CHORUS 2
Je taime plus que tout
Je lavoue entre nous
Jattends tout, tout de nous
Je taime plus que tout
Je lavoue entre nous
Je veux tout, tout de nous
Et cest tout
CHORUS 3
Je taimerai encore
Bien plus fort
Et mme si le temps court
Je taimerai toujours
Aahaaa...
When you and me
turn into us
It makes me cry
It makes me trust
I love it when we do, I want do, I want,
do I want do, I want do,I want do, I want
CHORUS 2
You and me
Taste so sweet
It makes me cry
You're the one
You and me
Taste so sweet
It makes me cry
You're the one

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Victor Hugo

Aux Feuillantines

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: jouez, mais je défends
Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.

Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d'une armoire un livre inaccessible.

Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fimes pour l'avoir,
Mais je me souviens bien que c'était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!

Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.

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Croquis de cloître (III)

En automne, dans la douceur des mois pâlis,
Quand les heures d'après-midi tissent leurs mailles,
Au vestiaire, où les moines, en blancs surplis,
Rentrent se dévêtir pour aller aux semailles,

Les coules restent pendre à l'abandon. Leur plis
Solennellement droits descendent des murailles,
Comme des tuyaux d'orgue et des faisceaux de lys,
Et les derniers soleils les tachent de médailles.

Elles luisent ainsi sous la splendeur du jour,
Le drap pénétré d'or, d'encens et d'orgueil lourd,
Mais quand s'éteint au loin la diurne lumière,

Mystiquement, dans les obscurités des nuits,
Elles tombent, le long des patères de buis,
Comme un affaissement d'ardeur et de prière.

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La Lune Jaune

Ce long jour a fini par une lune jaune
Qui monte mollement entre les peupliers,
Tandis que se répand parmi l’air qu’elle embaume
L’odeur de l’eau qui dort entre les joncs mouillés.

Savions-nous, quand, tous deux, sous le soleil torride
Foulions la terre rouge et le chaume blessant,
Savions-nous, quand nos pieds sur les sables arides
Laissaient leurs pas empreints comme des pas de sang,

Savions-nous, quand l’amour brûlait sa haute flamme
En nos cœurs déchirés d’un tourment sans espoir,
Savions-nous, quand mourait le feu dont nous brûlâmes
Que sa cendre serait si douce à notre soir,

Et que cet âpre jour qui s’achève et qu’embaume
Une odeur d’eau qui songe entre les joncs mouillés
Finirait mollement par cette lune jaune
Qui monte et s’arrondit entre les peupliers ?

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Victor Hugo

Fulgur

L'océan me disait : Ô poëte, homme juste,
J'ai parfois comme toi cette surprise auguste
Qu'il me descend des cieux une immense rougeur ;
Et je suis traversé tout à coup, ô songeur,
Par la foudre sublime, irritée et haïe
Comme toi par l'esprit sinistre d'Isaïe ;
Les éclairs sont mes cris, les foudres sont ma voix ;
Je gronde sur l'écueil comme toi sur les rois ;
Je suis l'avertisseur brusque, horrible et céleste.
L'énorme bras de feu m'associe à son geste
Quand il menace l'ombre et le bagne infernal.
On est beau par Virgile et grand par Juvénal,
Et mon gouffre le sait aussi bien que ton âme ;
J'ai, comme toi, l'azur, une douceur de femme,
Une gaîté d'enfant, des vagues pleines d'yeux,
Des aurores où rit le ciel prodigieux,
Des écumes parfois blanches comme les cygnes ;
Les astres par-dessus mes flots se font des signes,
Et se disent : Viens donc te mirer dans la mer.
Je suis le niveau pur, le précipice clair ;
J'offre mes gouttes d'eau nuit et jour aux brins d'herbe.
Mais je fais peu de cas de tout ce bleu superbe,
De ce vaste sourire épanoui sur tout,
De cette grâce où l'ombre en clarté se dissout,
De ces flots de cristal, de ces ondes de moire ;
Et le passage affreux du tonnerre est ma gloire.

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C'était en juin, dans le jardin

C'était en juin, dans le jardin,
C'était notre heure et notre jour ;
Et nos yeux regardaient, avec un tel amour,
Les choses,
Qu'il nous semblait que doucement s'ouvraient
Et nous voyaient et nous aimaient
Les roses.

Le ciel était plus pur qu'il ne le fut jamais :
Les insectes et les oiseaux
Volaient dans l'or et dans la joie
D'un air frêle comme la soie ;
Et nos baisers étalent si beaux
Qu'ils exaltaient et la lumière et les oiseaux.

On eût dit un bonheur qui tout à coup s'azure
Et veut le ciel entier pour resplendir ;
Toute la vie entrait, par de douces brisures,
Dans notre être, pour le grandir.

Et ce n'étaient que cris invocatoires,
Et fous élans et prières et voeux,
Et le besoin, soudain, de recréer des dieux,
Afin de croire.

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Un soir (I)

Sur des marais de gangrène et de fiel
Des coeurs d'astres troués saignent du fond du ciel.

Horizon noir et grand bois noir
Et nuages de désespoir
Qui circulent en longs voyages
Du Nord au Sud de ces parages.

Pays de toits baissés et de chaumes marins
Où sont allés mes yeux en pèlerins,
Mes yeux vaincus, mes yeux sans glaives,
Comme escortes, devant leurs rêves.

Pays de plomb - et longs égouts
Et lavasses d'arrière-goûts
Et chante-pleure de nausées,
Sur des cadavres de pensées.

Pays de mémoire chue en de la vase,
Où de la haine se transvase,
Pays de la carie et de la lèpre,
Où c'est la mort qui sonne à vêpre;

Où c'est la mort qui sonne à mort,
Obscurément, du fond d'un port,
Au bas d'un clocher qui s'exhume
Comme un grand mort parmi la brume;

Où c'est mon coeur qui saigne aussi,
Mon coeur morne, mon coeur transi,
Mon coeur de gangrène et de fiel,
Astre cassé, au fond du ciel.

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Victor Hugo

Dans le jardin

Jeanne et Georges sont là. Le noir ciel orageux
Devient rose, et répand l'aurore sur leurs jeux ;
Ô beaux jours ! Le printemps auprès de moi s'empresse ;
Tout verdit ; la forêt est une enchanteresse ;
L'horizon change, ainsi qu'un décor d'opéra ;
Appelez ce doux mois du nom qu'il vous plaira,
C'est mai, c'est floréal ; c'est l'hyménée auguste
De la chose tremblante et de la chose juste,
Du nid et de l'azur, du brin d'herbe et du ciel ;
C'est l'heure où tout se sent vaguement éternel ;
C'est l'éblouissement, c'est l'espoir, c'est l'ivresse ;
La plante est une femme, et mon vers la caresse ;
C'est, grâce aux frais glaïeuls, grâce aux purs liserons,
La vengeance que nous poètes nous tirons
De cet affreux janvier, si laid ; c'est la revanche
Qu'avril contre l'hiver prend avec la pervenche ;
Courage, avril ! Courage, ô mois de mai ! Ciel bleu,
Réchauffe, resplendis, sois beau ! Bravo, bon Dieu !
Ah ! jamais la saison ne nous fait banqueroute.
L'aube passe en semant des roses sur sa route.
Flamme ! ombre ! tout est plein de ténèbres et d'yeux ;
Tout est mystérieux et tout est radieux ;
Qu'est-ce que l'alcyon cherche dans les tempêtes ?
L'amour ; l'antre et le nid ayant les mêmes fêtes,
Je ne vois pas pourquoi l'homme serait honteux
De ce que les lions pensifs ont devant eux,
De l'amour, de l'hymen sacré, de toi, nature !
Tout cachot aboutit à la même ouverture,
La vie ; et toute chaîne, à travers nos douleurs,
Commence par l'airain et finit par les fleurs.
C'est pourquoi nous avons d'abord la haine infâme,
La guerre, les tourments, les fléaux, puis la femme,
La nuit n'ayant pour but que d'amener le jour.
Dieu n'a fait l'univers que pour faire l'amour.
Toujours, comme un poète aime, comme les sages
N'ont pas deux vérités et n'ont pas deux visages,
J'ai laissé la beauté, fier et suprême attrait,
Vaincre, et faire de moi tout ce qu'elle voudrait ;
Je n'ai pas plus caché devant la femme nue
Mes transports, que devant l'étoile sous la nue
Et devant la blancheur du cygne sur les eaux.
Car dans l'azur sans fond les plus profonds oiseaux
Chantent le même chant, et ce chant, c'est la vie.
Sois puissant, je te plains ; sois aimé, je t'envie.

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