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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533889" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Ce qu'on entend sur la montagne</strong></div><div style="margin:10px 0">Ô altitudo !</div><div style="margin:10px 0">Avez-vous quelquefois, calme et silencieux, <br>Monté sur la montagne, en présence des cieux ? <br>Était-ce aux bords du Sund ? aux côtes de Bretagne ? <br>Aviez-vous l'océan au pied de la montagne ? <br>Et là, penché sur l'onde et sur l'immensité, <br>Calme et silencieux, avez-vous écouté ? <br>Voici ce qu'on entend : - du moins un jour qu'en rêve <br>Ma pensée abattit son vol sur une grève, <br>Et, du sommet d'un mont plongeant au gouffre amer, <br>Vit d'un côté la terre et de l'autre la mer, <br>J'écoutai, j'entendis et jamais voix pareille <br>Ne sortit d'une bouche et n'émut une oreille.</div><div style="margin:10px 0">Ce fut d'abord un bruit large, immense, confus, <br>Plus vague que le vent dans les arbres touffus, <br>Plein d'accords éclatants, de suaves murmures, <br>Doux comme un chant du soir, fort comme un choc d'armures<br>Quand la sourde mêlée étreint les escadrons <br>Et souffle, furieuse, aux bouches des clairons. <br>C'était une musique ineffable et profonde, <br>Qui, fluide, oscillait sans cesse autour du monde, <br>Et dans les vastes cieux, par ses flots rajeunis, <br>Roulait élargissant ses orbes infinis<br>Jusqu'au fond où son flux s'allait perdre dans l'ombre <br>Avec le temps, l'espace et la forme et le nombre. <br>Comme une autre atmosphère épars et débordé, <br>L'hymne éternel couvrait tout le globe inondé. <br>Le monde, enveloppé dans cette symphonie, <br>Comme il vogue dans l'air, voguait dans l'harmonie.</div><div style="margin:10px 0">Et pensif, j'écoutais ces harpes de l'éther, <br>Perdu dans cette voix comme dans une mer. <br>Bientôt je distinguai, confuses et voilées, <br>Deux voix, dans cette voix l'une à l'autre mêlées, <br>De la terre et des mers s'épanchant jusqu'au ciel, <br>Qui chantaient à la fois le chant universel ; <br>Et je les distinguai dans la rumeur profonde, <br>Comme on voit deux courants qui se croisent sous l'onde.</div><div style="margin:10px 0">L'une venait des mers ; chant de gloire ! hymne heureux ! <br>C'était la voix des flots qui se parlaient entre eux ; <br>L'autre, qui s'élevait de la terre où nous sommes, <br>Était triste ; c'était le murmure des hommes ; <br>Et dans ce grand concert, qui chantait jour et nuit, <br>Chaque onde avait sa voix et chaque homme son bruit.</div><div style="margin:10px 0">Or, comme je l'ai dit, l'océan magnifique <br>Épandait une voix joyeuse et pacifique, <br>Chantait comme la harpe aux temples de Sion, <br>Et louait la beauté de la création. <br>Sa clameur, qu'emportaient la brise et la rafale, <br>Incessamment vers Dieu montait plus triomphale, <br>Et chacun de ses flots que Dieu seul peut dompter, <br>Quand l'autre avait fini, se levait pour chanter.<br>Comme ce grand lion dont Daniel fut l'hôtel, <br>L'océan par moments abaissait sa voix haute ; <br>Et moi je croyais voir, vers le couchant en feu, <br>Sous sa crinière d'or passer la main de Dieu.</div><div style="margin:10px 0">Cependant, à côté de l'auguste fanfare, <br>L'autre voix, comme un cri de coursier qui s'effare, <br>Comme le gond rouillé d'une porte d'enfer, <br>Comme l'archet d'airain sur la lyre de fer, <br>Grinçait ; et pleurs, et cris, l'injure, l'anathème, <br>Refus du viatique et refus du baptême, <br>Et malédiction, et blasphème, et clameur ; <br>Dans le flot tournoyant de l'humaine rumeur <br>Passaient, comme le soir on voit dans les vallées <br>De noirs oiseaux de nuit qui s'en vont par volées. <br>Qu'était-ce que ce bruit dont mille échos vibraient ? <br>Hélas ! c'était la terre et l'homme qui pleuraient.</div><div style="margin:10px 0">Frère ! de ces deux voix étranges, inouïes, <br>Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies, <br>Qu'écoute l'Éternel durant l'éternité, <br>L'une disait : NATURE ! et l'autre : HUMANITÉ !</div><div style="margin:10px 0">Alors je méditai ; car mon esprit fidèle, <br>Hélas ! n'avait jamais déployé plus grande aile ; <br>Dans mon ombre jamais n'avait lui tant de jour ; <br>Et je rêvai longtemps, contemplant tour à tour, <br>Après l'abîme obscur que me cachait la lame, <br>L'autre abîme sans fond qui s'ouvrait dans mon âme. <br>Et je me demandai pourquoi l'on est ici, <br>Quel peut être après tout le but de tout ceci,<br>Que fait l'âme, lequel vaut mieux d'être ou de vivre, <br>Et pourquoi le Seigneur, qui seul lit à son livre, <br>Mêle éternellement dans un fatal hymen <br>Le chant de la nature au cri du genre humain ?</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Victor+Hugo">Victor Hugo</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533889" data-title="Ce qu'on entend sur la montagne de Victor Hugo" data-description="Ô altitudo ! Avez-vous quelquefois, calme et silencieux, Monté sur la montagne, en présence des cieux ? Était-ce aux bords du Sund ? aux côtes de Bretagne ? Aviez-vous l'océan au pied de la montagne ? Et là, penché sur l'onde et sur l..."></div> </div> </div>
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