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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533876" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Aux proscrits</strong></div><div style="margin:10px 0">EN PLANTANT LE CHÊNE DES ÉTATS-UNIS D'EUROPE</div><div style="margin:10px 0">DANS LE JARDIN DE HAUTEVILLE HOUSE</div><div style="margin:10px 0">LE 14 JUILLET 1870</div><div style="margin:10px 0"><br>I</div><div style="margin:10px 0">Semons ce qui demeure, ô passants que nous sommes !<br>Le sort est un abîme, et ses flots sont amers,<br>Au bord du noir destin, frères, semons des hommes,<br>Et des chênes au bord des mers !</div><div style="margin:10px 0">Nous sommes envoyés, bannis, sur ce calvaire,<br>Pour être vus de loin, d'en bas, par nos vainqueurs,<br>Et pour faire germer par l'exemple sévère<br>Des coeurs semblables à nos coeurs.</div><div style="margin:10px 0">Et nous avons aussi le devoir, ô nature,<br>D'allumer des clartés sous ton fauve sourcil,<br>Et de mettre à ces rocs la grande signature <br>De l'avenir et de l'exil.</div><div style="margin:10px 0">Sachez que nous pouvons faire sortir de terre <br>Le chêne triomphal que l'univers attend, <br>Et faire frissonner dans son feuillage austère <br>L'idée au sourire éclatant.</div><div style="margin:10px 0">La matière aime et veut que notre appel l'émeuve ; <br>Le globe est sous l'esprit, et le grand verbe humain <br>Enseigne l'être, et l'onde, et la sève, et le fleuve, <br>Qui lui demandent leur chemin.</div><div style="margin:10px 0">L'homme, quand il commande aux flots de le connaître, <br>Aux mers de l'écouter dans le bruit qu'elles font, <br>A la terre d'ouvrir son flanc, aux temps de naître, <br>Est un mage immense et profond.</div><div style="margin:10px 0">Ayons foi dans ce germe ! Amis, il nous ressemble. <br>Il sera grand et fort, puisqu'il est faible et nu. <br>Nous sommes ses pareils, bannis, nous en qui tremble <br>Tout un vaste monde inconnu !</div><div style="margin:10px 0">Nous fûmes secoués d'un arbre formidable, <br>Un soir d'hiver, à l'heure où le monde est puni, <br>Nous fûmes secoués, frères, dans l'insondable, <br>Dans l'ouragan, dans l'infini.</div><div style="margin:10px 0">Chacun de nous contient le chêne République ; <br>Chacun de nous contient le chêne Vérité ;<br>L'oreille qui, pieuse, à nos malheurs s'applique, <br>T'entend sourdre en nous, Liberté !</div><div style="margin:10px 0">Tu nous jettes au vent, Dieu qui par nous commences !<br>C'est bien. Nous disperser, ô Dieu, c'est nous bénir !<br>Nous sommes la poignée obscure des semences <br>Du sombre champ de l'avenir.</div><div style="margin:10px 0">Et nous y germerons, n'en doutez pas, mes frères, <br>Comme en ce sable, au bord des flots prompts à s'enfler, <br>Croîtra, parmi les flux et les reflux contraires, <br>Ce gland, sur qui Dieu va souffler !</div><div style="margin:10px 0">II</div><div style="margin:10px 0">O nature, il s'agit de faire un arbre énorme, <br>Mouvant comme aujourd'hui, puissant comme demain, <br>Figurant par sa feuille et sa taille et sa forme <br>La croissance du genre humain !</div><div style="margin:10px 0">Il s'agit de construire un chêne aux bras sans nombre,<br>Un grand chêne qui puise avec son tronc noueux<br>De la nuit dans la terre et qui force cette ombre<br>A s'épanouir dans les cieux !</div><div style="margin:10px 0">Il s'agit de bâtir cette oeuvre collective <br>D'un chêne altier, auguste, et par tous conspiré, <br>L'homme y mettant son souffle et l'océan sa rive, <br>Et l'astre son rayon sacré !</div><div style="margin:10px 0">Nature, que je sens saigner par nos fêlures, <br>Dont l'âme est le foyer où nous nous réchauffons, <br>Et dont on voit la nuit les vagues chevelures<br>Flotter dans les souffles profonds,</div><div style="margin:10px 0">Nous confions cet arbre à tes entrailles, mère ! <br>Fais-le si grand, qu'égal aux vieux cèdres d'Hébron, <br>Il ne distingue pas l'aigle de l'éphémère<br>Et la foudre du moucheron ;</div><div style="margin:10px 0">Et qu'un jour le passant, quand luira l'aube calme <br>De l'affranchissement des peuples sous les cieux, <br>Croie, en le voyant, voir la gigantesque palme<br>De cet effort prodigieux !</div><div style="margin:10px 0">Nous te le confions, plage aux voix étouffées. <br>O sinistre océan, nous te le confions ; <br>Nous confions le chêne adoré des Orphées<br>Aux flots qu'aimaient les Amphions !</div><div style="margin:10px 0">Nuages, firmaments, pléiades protectrices, <br>Écumes, durs granits, sables craints des sondeurs, <br>Nous vous le confions ; et soyez ses nourrices,<br>Ténèbres, clartés, profondeurs !</div><div style="margin:10px 0">III</div><div style="margin:10px 0">Vents, vous travaillerez à ce travail sublime ;<br>O vents sourds, qui jamais ne dites : c'est assez !<br>Vous mêlerez la pluie amère de l'abîme <br>A ses noirs cheveux hérissés.</div><div style="margin:10px 0">Vous le fortifierez de vos rudes haleines ; <br>Vous l'accoutumerez aux luttes des géants ; <br>Vous l'effaroucherez avec vos bouches pleines <br>De la clameur des océans.</div><div style="margin:10px 0">Et vous lui porterez, vents, du fond des campagnes, <br>Vents, vous lui porterez du fond des vastes eaux, <br>Le frisson des sapins de toutes les montagnes <br>Et des mâts de tous les vaisseaux.</div><div style="margin:10px 0">Afin qu'il soit robuste, invincible, suprême, <br>Et qu'il n'ait peur de rien au bord de l'infini! <br>Afin qu'étant bâti par les destructeurs même, <br>Des maudits même il soit béni !</div><div style="margin:10px 0">Afin qu'il soit sacré pour la mer sa voisine,<br>Que sa rumeur s'effeuille en ineffables mots,<br>Et qu'il grandisse, ayant la nuit dans sa racine,<br>Et l'aurore dans ses rameaux !</div><div style="margin:10px 0">IV</div><div style="margin:10px 0">Oh ! qu'il croisse ! qu'il monte aux cieux où sont les flammes ! <br>Qu'il ait toujours moins d'ombre et toujours plus d'azur, <br>Cet arbre, en qui, pieux, penchés, vidant nos âmes, <br>Nous mettons tout l'homme futur !</div><div style="margin:10px 0">Qu'il ait la majesté des étoiles profondes <br>Au-dessus de sa tête, et sous ses pieds les flots ! <br>Et qu'il soit moins ému du murmure des mondes <br>Que des chansons des matelots !</div><div style="margin:10px 0">Qu'il soit haut comme un phare et beau comme une gerbe ! <br>Qu'il soit mobile et fixe, et jeune, même vieux ! <br>Qu'il montre aux rocs jaloux son ondoiement superbe, <br>Sa racine aux flots envieux !</div><div style="margin:10px 0">Qu'il soit l'arbre univers, l'arbre cité, l'arbre homme ! <br>Et que le penseur croie un jour, sous ses abris, <br>Entendre en ses rameaux le grand soupir de Rome <br>Et le grand hymne de Paris !</div><div style="margin:10px 0">Que, l'hiver, lutteur nu, tronc fier, vivant squelette, <br>Montrant ses poings de bronze aux souffles furieux, <br>Tordant ses coudes noirs, il soit le sombre athlète <br>D'un pugilat mystérieux !</div><div style="margin:10px 0">Car l'orage est semblable au sort qui se déchaîne, <br>La vie est un guerrier, les vents sont des bourreaux, <br>Et traitent sous les cieux le héros comme un chêne, <br>Et le chêne comme un héros.</div><div style="margin:10px 0">Qu'il abrite la fleur rampante sur le sable ! <br>Qu'il couvre le brin d'herbe et le myosotis ! <br>Qu'il apparaisse aux vents déchaînés, formidable <br>De sa bonté pour les petits !</div><div style="margin:10px 0">Que rien ne le renverse et que rien ne le ploie !<br>Qu'il soit, sur ce rivage âpre et des vents battu, <br>La touffe frémissante et forte de la joie, <br>De l'audace et de la vertu !</div><div style="margin:10px 0">Qu'il réjouisse, auguste, aux rayons pénétrable,<br>De son fourmillement de feuilles le ciel bleu !<br>Qu'il vive ! Qu'il soit un et qu'il soit innombrable<br>Comme le peuple et comme Dieu !</div><div style="margin:10px 0">V</div><div style="margin:10px 0">En attendant, écume, autan, bruits, noires bouches, <br>Ménagez l'arbre enfant, éléments irrités ! <br>Tant qu'il sera petit, murmurez, voix farouches, <br>Et quand il sera grand, chantez !</div><div style="margin:10px 0">Les tyrans, entassant les fléaux, blocs funèbres,<br>Brisant l'homme idéal, broyant l'homme animal, <br>Sont en train de bâtir un fronton de ténèbres <br>Au vieil édifice du mal.</div><div style="margin:10px 0">Avec l'ombre qui sort des guerres et des pestes, <br>Avec les tourbillons des grands embrasements, <br>Et les miasmes lourds et les souffles funestes <br>Des fosses pleines d'ossements,</div><div style="margin:10px 0">Avec les toits brûlants, les villes enflammées, <br>Le noir temple du deuil par les rois est construit ;<br>On voit d'ici monter ces énormes fumées,<br>Colonnes torses de la nuit !</div><div style="margin:10px 0">Nous, vaincus, construisons le bonheur ! Je convie <br>Les siècles à ton ombre, ô gland d'adversité ! <br>Croîs, arbre ; règne, idée ; et que l'arbre ait la vie,<br>L'idée ayant l'éternité !</div><div style="margin:10px 0">Pierre et César sont là, pleins du passé féroce ! <br>C'est l'instant de lutter, nous qu'on osa bannir, <br>Contre le mal géant, contre l'erreur colosse,<br>Avec ton atome, avenir !</div><div style="margin:10px 0">Semons ! - Semons le gland, et qu'il soit chêne immense ! <br>Semons le droit ; qu'il soit bonheur, gloire et clarté ! <br>Semons l'homme et qu'il soit peuple ! semons la France,<br>Et qu'elle soit Humanité !</div><div style="margin:10px 0">C'est le champ de l'exil ; semons-y l'espérance. <br>Semons la nuit lugubre, et qu'elle soit le jour ! <br>Germe en Dieu, grain obscur ! semons notre souffrance,<br>Proscrits, et qu'elle soit l'amour !</div><div style="margin:10px 0">Oh ! que le genre humain monte sur la montagne ! <br>Terre, souris enfin à l'homme audacieux, <br>Et sois l'éden, après avoir été le bagne,<br>O globe emporté dans les cieux !</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Victor+Hugo">Victor Hugo</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533876" data-title="Aux proscrits de Victor Hugo" data-description="EN PLANTANT LE CHÊNE DES ÉTATS-UNIS D'EUROPE DANS LE JARDIN DE HAUTEVILLE HOUSE LE 14 JUILLET 1870 I Semons ce qui demeure, ô passants que nous sommes ! Le sort est un abîme, et ses flots sont amers, Au bord du noir destin, frères, semon..."></div> </div> </div>
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