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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533843" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>A Villequier</strong></div><div style="margin:10px 0">Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,<br>Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;<br>Maintenant que je suis sous les branches des arbres,<br>Et que je puis songer à la beauté des cieux ;</div><div style="margin:10px 0">Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure<br>Je sors, pâle et vainqueur,<br>Et que je sens la paix de la grande nature<br>Qui m'entre dans le cœur ;</div><div style="margin:10px 0">Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,<br>Emu par ce superbe et tranquille horizon,<br>Examiner en moi les vérités profondes<br>Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;</div><div style="margin:10px 0">Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre<br>De pouvoir désormais<br>Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre<br>Elle dort pour jamais ;</div><div style="margin:10px 0">Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles,<br>Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,<br>Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,<br>Je reprends ma raison devant l'immensité ;</div><div style="margin:10px 0">Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;<br>Je vous porte, apaisé,<br>Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire <br>Que vous avez brisé ;</div><div style="margin:10px 0">Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes<br>Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !<br>Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,<br>Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;</div><div style="margin:10px 0">Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme<br>Ouvre le firmament ;<br>Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme<br>Est le commencement ;</div><div style="margin:10px 0">Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,<br>Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;<br>Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste<br>Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu !</div><div style="margin:10px 0">Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive<br>Par votre volonté.<br>L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,<br>Roule à l'éternité.</div><div style="margin:10px 0">Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;<br>L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.<br>L'homme subit le joug sans connaître les causes.<br>Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.</div><div style="margin:10px 0">Vous faites revenir toujours la solitude<br>Autour de tous ses pas.<br>Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude<br>Ni la joie ici-bas !</div><div style="margin:10px 0">Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.<br>Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,<br>Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :<br>C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !</div><div style="margin:10px 0">Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;<br>Il vieillit sans soutiens.<br>Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient ;<br>J'en conviens, j'en conviens !</div><div style="margin:10px 0">Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie<br>Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;<br>L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie,<br>Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.</div><div style="margin:10px 0">Je sais que vous avez bien autre chose à faire<br>Que de nous plaindre tous,<br>Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,<br>Ne vous fait rien, à vous !</div><div style="margin:10px 0">Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,<br>Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;<br>Que la création est une grande roue<br>Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ;</div><div style="margin:10px 0">Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,<br>Passent sous le ciel bleu ;<br>Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent ;<br>Je le sais, ô mon Dieu !</div><div style="margin:10px 0">Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,<br>Au fond de cet azur immobile et dormant,<br>Peut-être faites-vous des choses inconnues<br>Où la douleur de l'homme entre comme élément.</div><div style="margin:10px 0">Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre<br>Que des êtres charmants<br>S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre<br>Des noirs événements.</div><div style="margin:10px 0">Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses<br>Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.<br>Vous ne pouvez avoir de subites clémences<br>Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !</div><div style="margin:10px 0">Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,<br>Et de considérer<br>Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,<br>Je viens vous adorer !</div><div style="margin:10px 0">Considérez encor que j'avais, dès l'aurore,<br>Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,<br>Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore,<br>Eclairant toute chose avec votre clarté ;</div><div style="margin:10px 0">Que j'avais, affrontant la haine et la colère,<br>Fait ma tâche ici-bas,<br>Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,<br>Que je ne pouvais pas</div><div style="margin:10px 0">Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie<br>Vous appesantiriez votre bras triomphant,<br>Et que, vous qui voyiez comme j'ai peu de joie,<br>Vous me reprendriez si vite mon enfant !</div><div style="margin:10px 0">Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,<br>Que j'ai pu blasphémer,<br>Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette<br>Une pierre à la mer !</div><div style="margin:10px 0">Considérez qu'on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,<br>Que l'œil qui pleure trop finit par s'aveugler,<br>Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,<br>Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,</div><div style="margin:10px 0">Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre<br>Dans les afflictions,<br>Ait présente à l'esprit la sérénité sombre<br>Des constellations !</div><div style="margin:10px 0">Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,<br>Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.<br>Je me sens éclairé dans ma douleur amère<br>Par un meilleur regard jeté sur l'univers.</div><div style="margin:10px 0">Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire<br>S'il ose murmurer ;<br>Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,<br>Mais laissez-moi pleurer !</div><div style="margin:10px 0">Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,<br>Puisque vous avez fait les hommes pour cela !<br>Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre<br>Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?</div><div style="margin:10px 0">Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,<br>Le soir, quand tout se tait,<br>Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,<br>Cet ange m'écoutait !</div><div style="margin:10px 0">Hélas ! vers le passé tournant un œil d'envie,<br>Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,<br>Je regarde toujours ce moment de ma vie<br>Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !</div><div style="margin:10px 0">Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,<br>L'instant, pleurs superflus !<br>Où je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,<br>Quoi donc ! je ne l'ai plus !</div><div style="margin:10px 0">Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,<br>Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !<br>L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,<br>Et mon cœur est soumis, mais n'est pas résigné.</div><div style="margin:10px 0">Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,<br>Mortels sujets aux pleurs,<br>Il nous est malaisé de retirer notre âme<br>De ces grandes douleurs.</div><div style="margin:10px 0">Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,<br>Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,<br>Au milieu des ennuis, des peines, des misères,<br>Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,</div><div style="margin:10px 0">Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,<br>Petit être joyeux,<br>Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée<br>Une porte des cieux ;</div><div style="margin:10px 0">Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même<br>Croître la grâce aimable et la douce raison,<br>Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime<br>Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,</div><div style="margin:10px 0">Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste<br>De tout ce qu'on rêva,<br>Considérez que c'est une chose bien triste<br>De le voir qui s'en va !</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Victor+Hugo">Victor Hugo</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533843" data-title="A Villequier de Victor Hugo" data-description="Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres, Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ; Maintenant que je suis sous les branches des arbres, Et que je puis songer à la beauté des cieux ; Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âm..."></div> </div> </div>
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