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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533805" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>A des oiseaux envolés</strong></div><div style="margin:10px 0">Enfants ! - Oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent,<br>Je vous ai de ma chambre exilés en grondant, <br>Rauque et tout hérissé de paroles moroses. <br>Et qu'aviez-vous donc fait, bandits aux lèvres roses ?<br>Quel crime ? quel exploit ? quel forfait insensé ? <br>Quel vase du Japon en mille éclats brisé ? <br>Quel vieux portrait crevé ? Quel beau missel gothique <br>Enrichi par vos mains d'un dessin fantastique ? <br>Non, rien de tout cela. Vous aviez seulement, <br>Ce matin, restés seuls dans ma chambre un moment,<br>Pris, parmi ces papiers que mon esprit colore, <br>Quelques vers, groupe informe, embryons près d'éclore, <br>Puis vous les aviez mis, prompts à vous accorder, <br>Dans le feu, pour jouer, pour voir, pour regarder <br>Dans une cendre noire errer des étincelles, <br>Comme brillent sur l'eau de nocturnes nacelles, <br>Ou comme, de fenêtre en fenêtre, on peut voir <br>Des lumières courir dans les maisons le soir.</div><div style="margin:10px 0">Voilà tout. Vous jouiez et vous croyiez bien faire. </div><div style="margin:10px 0">Belle perte, en effet ! beau sujet de colère ! <br>Une strophe, mal née au doux bruit de vos jeux, <br>Qui remuait les mots d'un vol trop orageux !<br>Une ode qui chargeait d'une rime gonflée <br>Sa stance paresseuse en marchant essoufflée ! <br>De lourds alexandrins l'un sur l'autre enjambant <br>Comme des écoliers qui sortent de leur banc ! <br>Un autre eût dit : - Merci ! Vous ôtez une proie <br>Au feuilleton méchant qui bondissait de joie <br>Et d'avance poussait des rires infernaux <br>Dans l'antre qu'il se creuse au bas des grands journaux. -<br>Moi, je vous ai grondés. Tort grave et ridicule !</div><div style="margin:10px 0">Nains charmants que n'eût pas voulu fâcher Hercule, <br>Moi, je vous ai fait peur. J'ai, rêveur triste et dur, <br>Reculé brusquement ma chaise jusqu'au mur, <br>Et, vous jetant ces noms dont l'envieux vous nomme, <br>J'ai dit : - Allez-vous-en ! laissez-moi seul ! - Pauvre homme ! <br>Seul ! le beau résultat ! le beau triomphe ! seul ! <br>Comme on oublie un mort roulé dans son linceul, <br>Vous m'avez laissé là, l'oeil fixé sur ma porte, <br>Hautain, grave et puni. - Mais vous, que vous importe ! <br>Vous avez retrouvé dehors la liberté, <br>Le grand air, le beau parc, le gazon souhaité, <br>L'eau courante où l'on jette une herbe à l'aventure, <br>Le ciel bleu, le printemps, la sereine nature, <br>Ce livre des oiseaux et des bohémiens, <br>Ce poème de Dieu qui vaut mieux que les miens, <br>Où l'enfant peut cueillir la fleur, strophe vivante, <br>Sans qu'une grosse voix tout à coup l'épouvante ! <br>Moi, je suis resté seul, toute joie ayant fui, <br>Seul avec ce pédant qu'on appelle l'ennui. <br>Car, depuis le matin assis dans l'antichambre, <br>Ce docteur, né dans Londre, un dimanche, en décembre, <br>Qui ne vous aime pas, ô mes pauvres petits, <br>Attendait pour entrer que vous fussiez sortis. <br>Dans l'angle où vous jouiez il est là qui soupire, <br>Et je le vois bâiller, moi qui vous voyais rire !</div><div style="margin:10px 0">Que faire ? lire un livre ? oh non ! - dicter des vers ? <br>A quoi bon ? - Emaux bleus ou blancs, céladons verts, <br>Sphère qui fait tourner tout le ciel sur son axe, <br>Les beaux insectes peints sur mes tasses de Saxe, <br>Tout m'ennuie, et je pense à vous. En vérité, <br>Vous partis, j'ai perdu le soleil, la gaîté, <br>Le bruit joyeux qui fait qu'on rêve, le délire <br>De voir le tout petit s'aider du doigt pour lire, <br>Les fronts pleins de candeur qui disent toujours oui, <br>L'éclat de rire franc, sincère, épanoui, <br>Qui met subitement des perles sur les lèvres, <br>Les beaux grands yeux naïfs admirant mon vieux Sèvres, <br>La curiosité qui cherche à tout savoir, <br>Et les coudes qu'on pousse en disant : Viens donc voir !</div><div style="margin:10px 0">Oh ! certes, les esprits, les sylphes et les fées <br>Que le vent dans ma chambre apporte par bouffées, <br>Les gnomes accroupis là-haut, près du plafond, <br>Dans les angles obscurs que mes vieux livres font, <br>Les lutins familiers, nains à la longue échine, <br>Qui parlent dans les coins à mes vases de Chine. <br>Tout l'invisible essaim de ces démons joyeux <br>A dû rire aux éclats, quand là, devant leurs yeux, <br>Ils vous ont vus saisir dans la boîte aux ébauches <br>Ces hexamètres nus, boiteux, difformes, gauches, <br>Les traîner au grand jour, pauvres hiboux fâchés, <br>Et puis, battant des mains, autour du feu penchés, <br>De tous ces corps hideux soudain tirant une âme, <br>Avec ces vers si laids faire une belle flamme !</div><div style="margin:10px 0">Espiègles radieux que j'ai fait envoler, <br>Oh ! revenez ici chanter, danser, parler, <br>Tantôt, groupe folâtre, ouvrir un gros volume, <br>Tantôt courir, pousser mon bras qui tient ma plume,<br>Et faire dans le vers que je viens retoucher <br>Saillir soudain un angle aigu comme un clocher <br>Qui perce tout à coup un horizon de plaines. <br>Mon âme se réchauffe à vos douces haleines. <br>Revenez près de moi, souriant de plaisir, <br>Bruire et gazouiller, et sans peur obscurcir <br>Le vieux livre où je lis de vos ombres penchées, <br>Folles têtes d'enfants ! gaîtés effarouchées !</div><div style="margin:10px 0">J'en conviens, j'avais tort, et vous aviez raison.<br>Mais qui n'a quelquefois grondé hors de saison ?<br>Il faut être indulgent. Nous avons nos misères.<br>Les petits pour les grands ont tort d'être sévères.<br>Enfants ! chaque matin, votre âme avec amour<br>S'ouvre à la joie ainsi que la fenêtre au jour.<br>Beau miracle, vraiment, que l'enfant, gai sans cesse,<br>Ayant tout le bonheur, ait toute la sagesse !<br>Le destin vous caresse en vos commencements.<br>Vous n'avez qu'à jouer et vous êtes charmants.<br>Mais nous, nous qui pensons, nous qui vivons, nous sommes<br>Hargneux, tristes, mauvais, ô mes chers petits hommes !<br>On a ses jours d'humeur, de déraison, d'ennui. <br>Il pleuvait ce matin. Il fait froid aujourd'hui. <br>Un nuage mal fait dans le ciel tout à l'heure <br>A passé. Que nous veut cette cloche qui pleure ? <br>Puis on a dans le coeur quelque remords. Voilà <br>Ce qui nous rend méchants. Vous saurez tout cela, <br>Quand l'âge à votre tour ternira vos visages, <br>Quand vous serez plus grands, c'est-à-dire moins sages.</div><div style="margin:10px 0">J'ai donc eu tort. C'est dit. Mais c'est assez punir, <br>Mais il faut pardonner, mais il faut revenir. <br>Voyons, faisons la paix, je vous prie à mains jointes. <br>Tenez, crayons, papiers, mon vieux compas sans pointes, <br>Mes laques et mes grès, qu'une vitre défend, <br>Tous ces hochets de l'homme enviés par l'enfant, <br>Mes gros chinois ventrus faits comme des concombres, <br>Mon vieux tableau trouvé sous d'antiques décombres, <br>Je vous livrerai tout, vous toucherez à tout ! <br>Vous pourrez sur ma table être assis ou debout, <br>Et chanter, et traîner, sans que je me récrie, <br>Mon grand fauteuil de chêne et de tapisserie, <br>Et sur mon banc sculpté jeter tous à la fois <br>Vos jouets anguleux qui déchirent le bois ! <br>Je vous laisserai même, et gaîment, et sans crainte, <br>Ô prodige ! en vos mains tenir ma bible peinte, <br>Que vous n'avez touchée encor qu'avec terreur, <br>Où l'on voit Dieu le père en habit d'empereur !</div><div style="margin:10px 0">Et puis, brûlez les vers dont ma table est semée, <br>Si vous tenez à voir ce qu'ils font de fumée ! <br>Brûlez ou déchirez ! - Je serais moins clément <br>Si c'était chez Méry, le poète charmant, <br>Que Marseille la grecque, heureuse et noble ville, <br>Blonde fille d'Homère, a fait fils de Virgile.<br>Je vous dirais : - ' Enfants, ne touchez que des yeux <br>A ces vers qui demain s'envoleront aux cieux. <br>Ces papiers, c'est le nid, retraite caressée, <br>Où du poète ailé rampe encor la pensée. <br>Oh ! n'en approchez pas ! car les vers nouveau-nés, <br>Au manuscrit natal encore emprisonnés,<br>Souffrent entre vos mains innocemment cruelles. <br>Vous leur blessez le pied, vous leur froissez les ailes ; <br>Et, sans vous en douter, vous leur faites ces maux <br>Que les petits enfants font aux petits oiseaux. ' -</div><div style="margin:10px 0">Mais qu'importe les miens ! - Toute ma poésie, <br>C'est vous, et mon esprit suit votre fantaisie. <br>Vous êtes les reflets et les rayonnements <br>Dont j'éclaire mon vers si sombre par moments. <br>Enfants, vous dont la vie est faite d'espérance, <br>Enfants, vous dont la joie est faite d'ignorance, <br>Vous n'avez pas souffert et vous ne savez pas, <br>Quand la pensée en nous a marché pas à pas, <br>Sur le poète morne et fatigué d'écrire <br>Quelle douce chaleur répand votre sourire ! <br>Combien il a besoin, quand sa tête se rompt, <br>De la sérénité qui luit sur votre front ; <br>Et quel enchantement l'enivre et le fascine, <br>Quand le charmant hasard de quelque cour voisine, <br>Où vous vous ébattez sous un arbre penchant, <br>Mêle vos joyeux cris à son douloureux chant !</div><div style="margin:10px 0">Revenez donc, hélas ! revenez dans mon ombre, <br>Si vous ne voulez pas que je sois triste et sombre, <br>Pareil, dans l'abandon où vous m'avez laissé, <br>Au pêcheur d'Etretat, d'un long hiver lassé, <br>Qui médite appuyé sur son coude, et s'ennuie <br>De voir à sa fenêtre un ciel rayé de pluie.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Victor+Hugo">Victor Hugo</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=533805" data-title="A des oiseaux envolés de Victor Hugo" data-description="Enfants ! - Oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent, Je vous ai de ma chambre exilés en grondant, Rauque et tout hérissé de paroles moroses. Et qu'aviez-vous donc fait, bandits aux lèvres roses ? Quel crime ? quel exploit ? quel forfait in..."></div> </div> </div>
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