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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=456108" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Satire III</strong></div><div style="margin:10px 0">Sans parler, je t'entends : il faut suivre l'orage ;<br>Aussi bien on ne peut où choisir avantage ; <br>Nous vivons à tâtons et, dans ce monde ici, <br>Souvent avec travail on poursuit du souci ; <br>Car les dieux courroucés contre la race humaine <br>Ont mis avec les biens les sueurs et la peine. <br>Le monde est un berlan où tout est confondu<br>Tel pense avoir gagné qui souvent a perdu, <br>Ainsi qu'en une blanque où par hasard on tire, <br>Et qui voudrait choisir souvent prendrait le pire. <br>Tout dépend du Destin, qui sans avoir égard <br>Les faveurs et les biens en ce monde départ.</div><div style="margin:10px 0">Mais puisqu'il est ainsi que le sort nous emporte,<br>Qui voudrait se bander contre une loi si forte ?<br>Suivons donc sa conduite en cet aveuglement. <br>Qui pèche avec le ciel pèche honorablement. <br>Car penser s'affranchir c'est une rêverie ; <br>La liberté par songe en la terre est chérie :<br>Rien n'est libre en ce monde et chaque homme dépend,<br>Comtes, princes, sultans, de quelque autre plus grand.<br>Tous les hommes vivants sont ici bas esclaves, <br>Mais, suivant ce qu'ils sont, ils diffèrent d'entraves,<br>Les uns les portent d'or et les autres de fer ; <br>Mais n'en déplaise aux vieux, ni leur philosopher, <br>Ni tant de beaux écrits qu'on lit en leurs écoles, <br>Pour s'affranchir l'esprit ne sont que des paroles. <br>Au joug nous sommes nés et n'a jamais été <br>Homme qu'on ait vu vivre en pleine liberté.</div><div style="margin:10px 0">En vain me retirant enclos en une étude <br>Penserai-je laisser le joug de servitude ; <br>Étant serf du désir d'apprendre et de savoir, <br>Je ne ferais sinon que changer de devoir. <br>C'est l'arrêt de Nature et personne en ce monde <br>Ne saurait contrôler sa sagesse profonde.</div><div style="margin:10px 0">Puis que peut-il servir aux mortels ici bas, <br>Marquis, d'être savant ou de ne l'être pas, <br>Si la science pauvre, affreuse et méprisée, <br>Sert au peuple de fable, aux plus grands de risée ; <br>Si les gens de latin des sots sont dénigrés <br>Et si l'on est docteur sans prendre ses degrés ? <br>Pourvu qu'on soit morguant, qu'on bride sa moustache, <br>Qu'on frise ses cheveux, qu'on porte un grand panache, <br>Qu'on parle baragouin et qu'on suive le vent, <br>En ce temps d'aujourd'hui l'on n'est que trop savant.</div><div style="margin:10px 0">Du siècle les mignons, fils de la poule blanche, <br>Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche, <br>En crédit élevés, ils disposent de tout, <br>Et n'entreprennent rien qu'ils n'en viennent à bout. <br>Mais quoi, me diras-tu, il t'en faut autant faire ; <br>Qui ose a peu souvent la fortune contraire ;<br>Importune le Louvre et, de jour et de nuit, <br>Perds pour t'assujettir et la table et le lit ; <br>Sois entrant, effronté, et sans cesse importune :<br>En ce temps l'impudence élève la fortune.</div><div style="margin:10px 0">Il est vrai, mais pourtant je ne suis point d'avis<br>De dégager mes jours pour les rendre asservis<br>Et sous un nouvel astre aller, nouveau pilote,<br>Conduire en autre mer mon navire qui flotte<br>Entre l'espoir du bien et la peur du danger<br>De froisser mon attente en ce bord étranger.</div><div style="margin:10px 0">Car pour dire le vrai c'est un pays étrange,<br>Où comme un vrai Protée à toute heure on se change,<br>Où les lois, par respect sages humainement,<br>Confondent le loyer avec le châtiment<br>Et pour un même fait, de même intelligence,<br>L'un est justicié, l'autre aura récompense.<br>Car selon l'intérêt, le crédit ou l'appui,<br>Le crime se condamne et s'absout aujourd'hui.<br>Je le dis sans confondre en ces aigres remarques<br>La clémence du Roi, le miroir des monarques,<br>Qui plus grand de vertu, de coeur et de renom,<br>S'est acquis de clément et la gloire et le nom.</div><div style="margin:10px 0">Or, quant à ton conseil qu'à la cour je m'engage,<br>Je n'en ai pas l'esprit, non plus que le courage.<br>Il faut trop de savoir et de civilité,<br>Et si j'ose en parler trop de subtilité ;<br>Ce n'est pas mon humeur, je suis mélancolique, <br>Je ne suis point entrant, ma façon est rustique, <br>Et le surnom de bon me va-t-on reprochant, <br>D'autant que je n'ai pas l'esprit d'être méchant. <br>Et puis je ne saurais me forcer ni me feindre ; <br>Trop libre en volonté je ne me puis contraindre ;<br>Je ne saurais flatter et ne sais point comment <br>Il faut se taire accort ou parler faussement.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Mathurin+Regnier">Mathurin Regnier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=456108" data-title="Satire III de Mathurin Regnier" data-description="Sans parler, je t'entends : il faut suivre l'orage ; Aussi bien on ne peut où choisir avantage ; Nous vivons à tâtons et, dans ce monde ici, Souvent avec travail on poursuit du souci ; Car les dieux courroucés contre la race humaine Ont mi..."></div> </div> </div>
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