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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=456107" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Satire II</strong></div><div style="margin:10px 0">...Aussi, lors que l'on voit un homme par la rue <br>Dont le rabat est sale et la chausse rompue, <br>Ses grègues aux genoux, au coude son pourpoint, <br>Qui soit de pauvre mine et qui soit mal en point, <br>Sans demander son nom on le peut reconnaître ; <br>Car si ce n'est un poète au moins il le veut être. </div><div style="margin:10px 0">Or laissant tout ceci, retourne à nos moutons, <br>Muse, et sans varier dis-nous quelques sornettes <br>De tes enfants bâtards, ces tiercelets de poètes, <br>Qui par les carrefours vont leurs vers grimaçant, <br>Qui par leurs actions font rire les passants, <br>Et quand la faim les poind, se prenant sur le vôtre, <br>Comme les étourneaux ils s'affament l'un l'autre.</div><div style="margin:10px 0">Cependant sans souliers, ceinture ni cordon, <br>L'oeil farouche et troublé, l'esprit à l'abandon, <br>Vous viennent accoster comme personnes ivres, <br>Et disent pour bonjour : ' Monsieur, je fais des livres, <br>On les vend au Palais, et les doctes du temps, <br>A les lire amusés, n'ont autre passe-temps '. <br>De là, sans vous laisser, importuns, ils vous suivent, <br>Vous alourdent de vers, d'allégresse vous privent, <br>Vous parlent de fortune, et qu'il faut acquérir <br>Du crédit, de l'honneur, avant que de mourir ; <br>Mais que, pour leur respect, l'ingrat siècle où nous sommes <br>Au prix de la vertu n'estime point les hommes ; <br>Que Ronsard, du Bellay, vivants ont eu du bien, <br>Et que c'est honte au Roy de ne leur donner rien. <br>Puis, sans qu'on les convie, ainsi que vénérables, <br>S'assient en prélats les premiers à vos tables, <br>Où le caquet leur manque, et des dents discourant, <br>Semblent avoir des yeux regret au demeurant.</div><div style="margin:10px 0">Or la table levée, ils curent la mâchoire ; <br>Après grâces Dieu bu ils demandent à boire, <br>Vous font un sot discours, puis au partir de là, <br>Vous disent : ' Mais, Monsieur, me donnez-vous cela ' ? <br>C'est toujours le refrain qu'ils font à leur ballade. <br>Pour moi, je n'en vois point que je n'en sois malade ; <br>J'en perds le sentiment, du corps tout mutilé, <br>Et durant quelques jours j'en demeure opilé.</div><div style="margin:10px 0">Un autre, renfrogné, rêveur, mélancolique, <br>Grimaçant son discours, semble avoir la colique, <br>Suant, crachant, toussant, pensant venir au point, <br>Parle si finement que l'on ne l'entend point.</div><div style="margin:10px 0">Un autre, ambitieux, pour les vers qu'il compose, <br>Quelque bon bénéfice en l'esprit se propose, <br>Et dessus un cheval comme un singe attaché, <br>Méditant un sonnet, médite un évêché.</div><div style="margin:10px 0">Si quelqu'un, comme moi, leurs ouvrages n'estime, <br>Il est lourd, ignorant, il n'aime point la rime ; <br>Difficile, hargneux, de leur vertu jaloux, <br>Contraire en jugement au commun bruit de tous <br>Que leur gloire il dérobe avec ses artifices. <br>Les dames cependant se fondent en délices <br>Lisant leurs beaux écrits, et de jour et de nuit <br>Les ont au cabinet sous le chevet du lit ; <br>Que, portés à l'église, ils valent des matines, <br>Tant, selon leurs discours, leurs oeuvres sont divines.</div><div style="margin:10px 0">Encore, après cela, ils sont enfants des Cieux, <br>Ils font journellement carrousse avecq' les Dieux :<br>Compagnons de Minerve et confits en science, <br>Un chacun d'eux pense être une lumière en France.</div><div style="margin:10px 0">Ronsard, fais-m'en raison, et vous autres, esprits. <br>Que, pour être vivants, en mes vers je n'écris ; <br>Pouvez-vous endurer que ces rauques cigales <br>Égalent leurs chansons à vos oeuvres royales, <br>Ayant votre beau nom lâchement démenti ? <br>Ha ! c'est que votre siècle est en tout perverti. <br>Mais pourtant, quel esprit, entre tant d'insolence, <br>Sait trier le savoir d'avecque l'ignorance, <br>Le naturel de l'art, et d'un oeil avisé <br>Voit qui de Calliope est plus favorisé ?</div><div style="margin:10px 0"><br>Juste postérité, à témoin je t'appelle, <br>Toi qui sans passion maintiens l'oeuvre immortelle, <br>Et qui, selon l'esprit, la grâce et le savoir, <br>De race en race au peuple un ouvrage fais voir ; <br>Venge cette querelle, et justement sépare <br>Du cygne d'Apollon la corneille barbare, <br>Qui croassant par tout d'un orgueil effronté, <br>Ne couche de rien moins que l'immortalité.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Mathurin+Regnier">Mathurin Regnier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=456107" data-title="Satire II de Mathurin Regnier" data-description="...Aussi, lors que l'on voit un homme par la rue Dont le rabat est sale et la chausse rompue, Ses grègues aux genoux, au coude son pourpoint, Qui soit de pauvre mine et qui soit mal en point, Sans demander son nom on le peut reconnaître ; C..."></div> </div> </div>
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