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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=408048" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Pan</strong></div><div style="margin:10px 0">C’était au temps<br>Où les grands Dieux de marbre et d’or<br>Ne vivaient plus qu’en leurs statues ;<br>On les voyait encor,<br>Debout et nues,<br>Au seuil des temples clairs<br>A tuiles d’or,<br>Avec la mer<br>Derrière eux, éclatante, innombrable et sereine,<br>A l’horizon...</div><div style="margin:10px 0">C’est ainsi que je les ai vus, étant petit,<br>Figures vaines<br>Dont on m’apprit,<br>Sans doute en riant d’eux, les formes et les noms ;<br>Et je riais, enfant, à les voir et de voir<br>Celui-là, le plus grand, dont l’ombre, vers le soir,<br>S’allongeait à ses pieds, lourde et grave,<br>Parce que sa statue était faite d’airain :<br>C’était le Maître Souverain,<br>Que nul ne brave,<br>Zeus !</div><div style="margin:10px 0">Et comme, ainsi que je l’ai dit,<br>Son ombre était énorme et moi petit,<br>Je m’asseyais dans sa fraîcheur déjà nocturne<br>Et je jouais avec des pierres, une à une,<br>Mais l’aigle courroucé qui veillait près de lui<br>Me regardait et j’avais peur, étant petit.</div><div style="margin:10px 0">Et c’est ainsi que j’ai connu lui et les autres.<br>Apollon<br>Avec sa lyre ; Hermès, les ailes aux talons<br>Et deux ailes de même encore à son pétase ;<br>Mars qui brandit le glaive ; et, nu, la barbe rase,<br>Le torse blanc, la chair heureuse et dans sa main<br>Portant le thyrse double et la pomme de pin,<br>Bacchus qui, couronné de pampre et toujours beau,<br>A sa tempe sans ride assure son bandeau,<br>Et Neptune barbu d’algues et dont l’oreille<br>Compare dans le vent qui l’apporte pareille<br>La rumeur de la mer à celle des forêts ;<br>Et les Déesses et Cypris au rire frais<br>Dont fleurissent les seins et dont mûrit la bouche,<br>Et la grande Junon, sérieuse et farouche,<br>Et Diane hautaine et farouche comme elle,<br>Et Minerve casquée et l’antique Cybèle,<br>Tous ceux que l’univers honora d’âge en âge...<br>Mais tous n’étaient plus rien que de vaines images,<br>Et, qu’ils fussent sculptés dans le marbre ou dans l’or,<br>La figure des Dieux survivait aux Dieux morts.</div><div style="margin:10px 0">Cependant l’étendue agreste de la terre<br>N’était point tout à fait encore solitaire.<br>Des êtres fabuleux et à demi divins<br>Se cachaient dans les bois et hantaient les ravins,<br>Fuyant l’homme et craignant sa ruse et son danger.<br>Dans un monde nouveau maintenant étrangers,<br>Ils épiaient les voix, les bruits, les pas : Centaures,<br>Dans la gorge des monts hennissant à l’aurore<br>Et qui, le soir, boiteux et lointains, du galop<br>De leur fuite inégale inquiétaient l’écho ;<br>Faunes roux habitant les grottes et Satyres<br>Rôdant d’un pied furtif près des ruches à cire,<br>Tritons de qui la conque offusquait l’air marin,<br>Fausse et rauque parfois à leur souffle incertain ;<br>Des Dryades souffraient sous l’écorce des chênes ;<br>Des Nymphes étaient l’onde encore des fontaines,<br>Et, parfois, l’on voyait, dit-on, au crépuscule<br>A cette heure indistincte où la vue est crédule,<br>Errer un grand Cheval, au pas effarouché,<br>Qui, de loin et d’un bond, sans qu’on pût l’approcher,<br>S’envolait en ouvrant ses deux ailes de flamme !</div><div style="margin:10px 0">On racontait cela, il m’en souvient,<br>A la veillée,<br>Auprès du feu ;<br>Les femmes<br>Riaient quand on parlait du Satyre et du Faune,<br>Et j’écoutais de mes oreilles émerveillées.<br>C’était l’automne,<br>Et l’on se ressemblait, déjà, autour du feu<br>Où nous jetions<br>Des feuilles sèches et des pommes<br>De pin<br>Dans les tisons<br>A pleines mains...</div><div style="margin:10px 0">Il y avait aussi quelqu’un d’autre<br>Dont on parlait souvent :<br>C’était avant<br>Qu’une voix, le long de la côte,<br>Eût couru sur la mer en criant<br>Qu’il était mort.<br>C’était au temps<br>Où le Dieu Pan<br>Vivait encor...</div><div style="margin:10px 0">Il était invisible et présent dans les choses,<br>Mystérieux, informe, innombrable et sacré,<br>Et le printemps naissait avec toutes ses roses<br>De l’air fécond soudain qu’il avait respiré ;</div><div style="margin:10px 0">C’est lui qui, de la terre, en épis ou en paille,<br>Faisait pousser le blé et grandir la moisson,<br>Et qui, roi des troupeaux que l’étable embercaille,<br>Leur fait croître la corne et friser la toison ;</div><div style="margin:10px 0">C’est lui qui surveillait la vendange et la cueille,<br>Conduisait la charrue et guidait le labour,<br>Et qui, dans les vergers, abrite sous la feuille<br>Le fruit qui, mûr enfin, sera graine à son tour ;</div><div style="margin:10px 0">Les eaux, où sourdement s’abreuvent les semences,<br>Ainsi que le soleil, la nuée et le vent<br>Et l’ombre qui finit et la nuit qui commence<br>Et l’aurore et le soir, sont à lui qui est Pan.</div><div style="margin:10px 0">Et, tandis que les dieux ont quitté leurs statues,<br>Lui seul est demeuré quand les autres sont morts,<br>Et sa forme multiple, éparse et jamais vue<br>Subsiste universelle et vit partout encor.</div><div style="margin:10px 0">Mon père,<br>Homme pieux,<br>Savait ces choses,<br>Les ayant apprises du sien,<br>Vieillard<br>Versé dans la science des Dieux<br>Et blanchi à l’ombre des sanctuaires ;<br>Ce fut mon père<br>Qui m’enseigna ce qui peut plaire<br>Au survivant,<br>A Pan,<br>Le dernier Dieu,<br>Disant :</div><div style="margin:10px 0">« N’allume pas pour lui le bûcher ni la torche ;<br>Le grand Pan ne veut pas les brebis qu’on écorche,<br>Ni le jeune taureau,<br>Ni la blanche génisse et la plaintive agnelle<br>Dont la gorge entr’ouverte au sang qui en ruisselle<br>Râle sous le couteau.</div><div style="margin:10px 0">Ne choisis pas non plus pour charger ta corbeille<br>Le fruit de l’espalier ni le fruit de la treille,<br>Epargne à ta moisson<br>D’en prélever pour lui sa gerbe la plus ronde ;<br>Pas plus que le miel roux ou que la cire blonde<br>Pan n’aime la toison</div><div style="margin:10px 0">Des bêtes que poursuit le vol clair de la flèche<br>Ou que prend en ses lacs, caché sous l’herbe fraîche,<br>Le piège secret,<br>Ni l’écaille diverse, incertaine et changeante<br>De celles que ramène aux mailles qu’elle argente<br>La nasse ou le filet.</div><div style="margin:10px 0">Non, mais va simplement au bord de cette source<br>Au milieu du bois frais et, sans suivre sa course<br>Qui la change en ruisseau<br>Dont le murmure nu s’étire sous les feuilles,<br>Penche-toi sur son onde, ô mon fils et y cueille<br>La tige d’un roseau.</div><div style="margin:10px 0">Car Pan, le dernier Dieu de la terre vieillie,<br>Car Pan qui va mourir et qui déjà oublie<br>Qu’il est encor vivant,<br>Aime entendre monter au fond du crépuscule<br>Le chant mystérieux que disperse et module<br>La flûte dans le vent.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Henri+de+Regnier">Henri de Regnier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=408048" data-title="Pan de Henri de Regnier" data-description="C’était au temps Où les grands Dieux de marbre et d’or Ne vivaient plus qu’en leurs statues ; On les voyait encor, Debout et nues, Au seuil des temples clairs A tuiles d’or, Avec la mer Derrière eux, éclatante, innombrable et sereine, ..."></div> </div> </div>
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