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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=407998" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>La Course</strong></div><div style="margin:10px 0">Vous m’avez dit :<br>Laisse-les vivre<br>Là-bas...<br>Que t’importent leurs bonds ou leurs pas<br>Sur l’herbe de l’aurore ou l’herbe de midi,<br>M’avez-vous dit ?</div><div style="margin:10px 0">C’est vrai. Ma maison est haute et belle sur la place.<br>C’est vrai que ma maison est haute et belle et vaste,<br>Faite de marbre avec un toit de tuiles d’or ;<br>J’y vis ; j’y dors ;</div><div style="margin:10px 0">Mon pas y traîne sur les dalles<br>Le cuir taillé de mes sandales,<br>Et mon manteau sur le pavé<br>Frôle son bruit de laine souple.<br>J’ai des amis, le poing levé,<br>Qui heurtent, en chantant, leurs coupes<br>A la beauté !<br>On entre ; on sort.<br>Ma maison est vaste sous son toit de tuiles d’or,<br>Chacun dit : Notre hôte est heureux.<br>Et moi aussi je dis comme eux,<br>Tout bas :<br>A quoi bon vivre,<br>Là-bas,<br>A quoi bon vivre ailleurs qu’ici...</div><div style="margin:10px 0">Puis le soir vient et je suis seul alors dans l’ombre<br>Et je ferme les yeux...</div><div style="margin:10px 0">Alors :<br>Il me semble que l’ombre informe, peu à peu,<br>Tressaille, tremble, vibre et s’anime et se meut<br>Et sourdement s’agite en son silence obscur ;<br>J’entends craquer la poutre et se fendre le mur</div><div style="margin:10px 0">Et voici, par sa fente invisible et soudaine,<br>Que, sournoise d’abord et perceptible à peine,<br>Une odeur de forêt, d’eau vive et d’herbe chaude,<br>Pénètre, se répand, rampe, circule et rôde<br>Et, plus forte, plus ample et plus universelle,<br>S’accroît, se multiplie et m’apporte avec elle<br>Les diverses senteurs que la terre sacrée,<br>Forestière, rustique, aride ou labourée,<br>Mêle au vent de la nuit, du soir ou de l’aurore ;<br>Et bientôt, peu à peu, toute l’ombre est sonore.<br>Elle bourdonne ainsi qu’une ruche éveillée<br>Qui murmure au soleil à travers la feuillée,<br>Après la pluie oblique et l’averse pesante ;<br>Voici que maintenant toute l’ombre est vivante<br>Et que la nuit bourgeonne et la ténèbre pousse.<br>Le siège où je m’appuie est tout velu de mousse.<br>Je me penche : de l’herbe a verdi sur le marbre ;<br>La colonne soudain végète, et c’est un arbre<br>Qui jusqu’à moi étend sa branche. Je me sens<br>Environné partout de souffles frémissants<br>Qui me chauffent la nuque et me brûlent la joue.<br>L’ombre hennit ; l’ombre danse ; l’ombre s’ébroue,<br>Palpite, naît, fleurit, germe, frémit, éclôt.<br>Je n’ai pas peur. Le vent chante dans les roseaux ;</div><div style="margin:10px 0">Je sens sourdre à mes pieds des sources ; je respire<br>La résine, le fruit, la vendange, la cire<br>Et je devine au fond de l’ombre et parmi elle<br>Comme un cercle incertain de faces fraternelles.<br>La Vie autour de moi murmure, vibre, bat ;<br>Je la sens dans cette ombre où je ne la vois pas ;<br>Sa rumeur est lointaine ou proche, brusque ou douce ;<br>Un invisible rire erre de bouche en bouche,<br>D’arbre en arbre, de feuille en feuille. Tout frissonne.<br>Et je sais qu’ils sont là, si je ne vois personne.<br>C’est en vain qu’on se tait ; j’entends, j’entends, j’entends !</div><div style="margin:10px 0">Puisque l’arbre, la source et la feuille et le vent<br>Sont venus jusqu’à moi et m’apportent en eux<br>Leurs obscures odeurs et leurs bruits ténébreux,<br>Êtes-vous là, fils de la glèbe et du sillon,<br>Hôtes de la forêt, de la plaine et du mont,<br>O formes à demi terrestres et divines ?<br>Toi, Faune, qui cueillais les grappes à ma vigne,<br>Et toi, Satyre, qui dansais sur mon chemin,<br>Et toi, qu’on entrevoit entre les troncs, Sylvain ?<br>O vous tous, avec qui, dans l’antre et le hallier,<br>J’ai vécu, de chacun longuement familier,<br>N’êtes-vous pas venus avec le vent et l’arbre<br>Me chercher sous le toit de ma maison de marbre<br>Pour me prendre la main et courir à l’aurore ?</div><div style="margin:10px 0">Ce sera toi. Salut, Maître ! Salut, Centaure !<br>Salut, de qui le pas foule l’herbe et le sable,<br>Libérateur, ô Bienvenu, ô Vénérable,<br>Dont la barbe est d’argent et le sabot d’airain !<br>La croupe de cheval qui prolonge tes reins<br>Te fait homme à la fois et bête, ô Dieu. Ton torse<br>Ajoute à ton poitrail le surcroît de sa force.<br>Te voilà donc. Je t’attendais. Oh viens plus près !<br>Et maintenant prends-moi, Centaure, je suis prêt.<br>Je vais sentir ton poing me saisir à plein corps<br>Et, d’un geste puissant et d’un facile effort,<br>Me soulever de terre et m’asseoir sur ton dos !</div><div style="margin:10px 0">Il m’a pris. J’ai senti son souffle sur ma peau.<br>Je serre son flanc rude et je m’accroche à lui ;<br>Ma tête lourde a son épaule pour appui ;<br>De mes deux bras j’étreins sa poitrine. La Ville<br>Qu’il traverse est silencieuse et dort tranquille.<br>Son pas égal résonne aux dalles de la rue.<br>Voici le mur, la porte et la campagne nue.<br>Il part ; son ongle dur maintenant bat la terre,<br>Et toute la nuit vaste, immense et solitaire<br>Et l’ombre aventureuse et l’espace incertain<br>S’ouvrent au cabrement de son galop divin.</div><div style="margin:10px 0">O vertige ! L’élan du nocturne Coureur<br>M’emporte. La ténèbre est sourde et sans lueur.<br>Le sol tantôt s’éboule et tantôt s’affermit ;<br>L’air rapide m’enivre et m’étouffe à demi ;<br>Le Centaure tantôt se cabre et tantôt fonce ;<br>C’est en vain qu’en passant, la haie avec sa ronce<br>Le retient au poitrail ou le griffe à la croupe,<br>Sa course furieuse et brusque s’entrecoupe<br>Du fossé qu’il enjambe ou du ravin qu’il saute.<br>Ici, le sable mou cède ; là, l’herbe haute<br>L’entrave ; le caillou roule et ronfle avec bruit<br>Derrière ce passant qui défonce la nuit ;<br>Le terrain sous son pied s’ébranle, gronde ou sonne ;<br>Une montée en vain l’essouffle et l’époumone<br>Que sa pente le rue et redouble l’élan<br>Du Centaure qui va, passe, monte, descend<br>Et, d’une fougue égale et d’un même jarret,<br>Sort ruisselant du fleuve et boueux du marais,<br>Et, franchissant taillis, plaines, bois et vallons,<br>Parcourt éperdument l’ombre sans horizon,<br>Tandis que moi, uni à sa force mouvante,<br>Ivre d’air qui m’étouffe et de vent qui m’évente,<br>Je respire en sa triple et formidable odeur<br>Le Dieu terrestre, l’homme et la bête en sueur.</div><div style="margin:10px 0">Encor, longtemps, toujours et d’échos en échos<br>L’espace retentit sous les quatre sabots.<br>Voici l’aube pourtant, bien qu’il soit nuit encore.<br>La ténèbre blêmit et l’ombre se colore.<br>La montagne dressée abrupte, d’un seul bloc,<br>Entasse ses cailloux, ses pierres et ses rocs.<br>Le Centaure hennit vers la cime lointaine ;<br>Il s’épuise ; son flanc palpite à son haleine ;<br>Il glisse, butte, tombe et sa force est à bout.<br>Il boite. Le sang rompt les veines de son cou.<br>Mais il monte toujours et sous moi je le sens<br>D’un effort monstrueux arquer son rein puissant ;<br>J’entends râler sa gorge et craquer ses jointures.<br>Le pic vertigineux qui l’attire s’azure ;<br>Nous allons vers le jour et la nuit reste en bas.<br>Le Centaure s’acharne et monte ; chaque pas<br>Le hasarde à la chute et le risque à l’abîme,<br>Mais tout à coup, d’un bond furieux, à la cime,<br>Sur le rocher étroit du suprême plateau,<br>D’aplomb, il a posé son quadruple sabot,<br>Et, tout fumant encor de sa course sacrée,<br>Tournant sa tête en feu vers sa croupe dorée,<br>Prodigieux, aérien, pourpre et vermeil,<br>Il se dresse debout et rit dans le soleil.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Henri+de+Regnier">Henri de Regnier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=407998" data-title="La Course de Henri de Regnier" data-description="Vous m’avez dit : Laisse-les vivre Là-bas... Que t’importent leurs bonds ou leurs pas Sur l’herbe de l’aurore ou l’herbe de midi, M’avez-vous dit ? C’est vrai. Ma maison est haute et belle sur la place. C’est vrai que ma maison e..."></div> </div> </div>
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