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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=402002" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>La victoire</strong></div><div style="margin:10px 0">Un coq chante je rêve et les feuillards agitent<br> Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins</div><div style="margin:10px 0"> Ailés et tournoyants comme Icare le faux<br> Des aveugles gesticulant comme des fourmis<br> Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir</div><div style="margin:10px 0"> Leurs rires amassés en grappes de raisin</div><div style="margin:10px 0"> Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais<br> Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient<br> Mon lit ma lampe et mon casque troué</div><div style="margin:10px 0"> Regards précieux saphirs taillés aux environs de Saint-Claude<br> Les jours étaient une pure émeraude</div><div style="margin:10px 0"> Je me souviens de toi ville des météores<br> Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien ne dort<br> Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets</div><div style="margin:10px 0"> Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel<br> Qu'il garde son hoquet</div><div style="margin:10px 0"> On imagine difficilement<br> À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles</div><div style="margin:10px 0"> À l'institut des jeunes aveugles on a demandé<br> N'avez-vous point de jeune aveugle ailé</div><div style="margin:10px 0"> Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau langage<br> Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire</div><div style="margin:10px 0"> Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir<br> Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace<br> Qu'on les fait encore servir à la poésie</div><div style="margin:10px 0"> Mais elles sont comme des malades sans volonté<br> Ma foi les gens s'habitueraient vire au mutisme<br> La mimique suffit bien au cinéma</div><div style="margin:10px 0"> Mais entêtons-nous à parler<br> Remuons la langue<br> Lançons des postillons<br> On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de nouveaux sons<br> On veut des consonnes sans voyelles<br> Des consonnes qui pètent sourdement<br> Imitez le son de la toupie<br> Laissez pétiller un son nasal et continu<br> Faites claquer votre langue<br> Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans civilité<br> Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle consonne</div><div style="margin:10px 0"> Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours claironnants<br> Habituez-vous à roter à volonté<br> Et quelle lettre grave comme un son de cloche<br> À travers nos mémoires</div><div style="margin:10px 0"> Nous n'aimons pas assez la joie<br> De voir les belles choses neuves<br> Ô mon amie hâte-toi<br> Crains qu'un jour un train ne t'émeuve<br> Plus<br> Regarde-le plus vite pour toi<br> Ces chemins de fer qui circulent<br> Sortiront bientôt de la vie<br> Ils seront beaux et ridicules<br> Deux lampes brûlent devant moi<br> Comme deux femmes qui rient<br> Je courbe tristement la tête<br> Devant l'ardente moquerie<br> Ce rire se répand<br> Partout<br> Parlez avec les mains faites claquer vos doigts<br> Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour<br> Ô paroles<br> Elles suivent dans la myrtaie<br> L'Éros et l'Antéros en larmes<br> Je suis le ciel de la cité</div><div style="margin:10px 0"> Écoutez la mer</div><div style="margin:10px 0"> La mer gémir au loin et crier toute seule<br> Ma voix fidèle comme l'ombre<br> Veut être enfin l'ombre de la vie<br> Veut être ô mer vivante infidèle comme toi</div><div style="margin:10px 0"> La mer qui a trahi des matelots sans nombre<br> Engloutit mes grands cris comme des dieux noyés<br> Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre<br> Que jettent des oiseaux les ailes éployées</div><div style="margin:10px 0"> La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble<br> Avance et soutiens-moi je regrette les mains<br> De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble<br> Quelle oasis de bras m'accueillera demain<br> Connais-tu cette joie de voir des choses neuves</div><div style="margin:10px 0"> Ô voix je parle le langage de la mer<br> Et dans le port la nuit des dernières tavernes<br> Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne</div><div style="margin:10px 0"> La rue où nagent mes deux mains<br> Aux doigts subtils fouillant la ville<br> S'en va mais qui sait si demain<br> La rue devenait immobile<br> Qui sait où serait mon chemin<br> Songe que les chemins de fer<br> Seront démodés et abandonnés dans peu de temps<br> Regarde</div><div style="margin:10px 0"> La victoire avant tout sera<br> De bien voir au loin<br> De tout voir<br> De près<br> Et que tout ait un nom nouveau</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Guillaume+Apollinaire">Guillaume Apollinaire</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=402002" data-title="La victoire de Guillaume Apollinaire" data-description="Un coq chante je rêve et les feuillards agitent Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins Ailés et tournoyants comme Icare le faux Des aveugles gesticulant comme des fourmis Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir Leur..."></div> </div> </div>
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