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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385306" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Les villes</strong></div><div style="margin:10px 0">Oh ! ces villes, par l'or putride envenimées !<br>Clameurs de pierre et vols et gestes de fumées,<br>Dômes et tours d'orgueil et colonnes debout<br>Dans l'espace qui vibre et le travail qui bout,<br>En aimas-tu l'effroi et les affres profondes <br>O toi, le voyageur <br>Qui t'en allais triste et songeur <br>Par les gares de feu qui ceinturent le monde ?</div><div style="margin:10px 0">Cahots et bonds de trains par au-dessus des monts !</div><div style="margin:10px 0">L'intime et sourd tocsin qui enfiévrait ton âme <br>Battait aussi dans ces villes, le soir ; leur flamme <br>Rouge et myriadaire illuminait ton front, <br>Leur aboi noir, leur cri vengeur, leur han fécond <br>Etaient l'aboi, le cri, le han de ton coeur même ; <br>Ton être entier était tordu en leur blasphème, <br>Ta volonté jetée en proie à leur torrent <br>Et vous vous maudissiez tout en vous adorant.</div><div style="margin:10px 0">Oh ! leurs élans, leurs chocs, leurs blasphèmes, leurs crimes <br>Et leurs meurtres plantés dans le torse des lois ! <br>Le coeur de leurs bourdons, le front de leurs beffrois <br>Ont oublié le nombre exact de leurs victimes ; <br>Leur monstrueux amas barre le firmament ; <br>Le siècle et son horreur se condensent en elles, <br>Mais leur âme contient la minute éternelle <br>Qui date, au long des jours innombrables, le temps.</div><div style="margin:10px 0">D'âge en âge l'histoire est fécondée <br>Sous l'afflux d'or de leur idées ; <br>Leur moelle et leur cerveau <br>Se ravivent du sang nouveau <br>Qu'infuse au monde vieux l'espoir ou le génie.</div><div style="margin:10px 0">Elles illuminent l'audace et communient<br>Avec l'espace et fascinent les horizons.<br>Leur magnétisme est fort comme un poison.<br>Tout front qui domine les autres,<br>Savant, penseur, poète, apôtre,<br>Mêle sa flamme à la lueur de leurs brasiers. <br>Elles dressent vers l'inconnu les escaliers <br>Par où monte l'orgueil des recherches humaines <br>Et broient, sous leurs pieds clairs, l'erreur qui tend ses chaînes <br>De l'univers à l'homme et des hommes à Dieu.</div><div style="margin:10px 0">Avez-vous vu, le soir, leurs couronnes de feu, <br>Temples de verre et d'or assis sur les collines, <br>D'où se braquent vers les étoiles sybillines <br>Les monstrueux regards des lentilles d'airain ? <br>Et puis, en des quartiers silencieux, soudain, <br>Avez-vous visité les hauts laboratoires <br>Où l'on poursuit, de calcul en calcul, <br>De chaînon en chaînon, de recul en recul, <br>A travers l'infini, la vie oscillatoire ?</div><div style="margin:10px 0">L'homme qui juge, pense et veut,<br>S'y contrôle et s'y mesure soi-même.<br>Tous les secrets, tous les problèmes,<br>Depuis cent ans y sont l'enjeu<br>D'une lutte géante avec la destinée.<br>Combats méticuleux et science acharnée !<br>L'énigme est là, dont on cherche les yeux<br>Et qu'on frôle toujours, comme une bête hagarde,<br>Pour épier l'instant prodigieux,<br>Où, tout à coup, ces yeux vaincus se dardent,<br>Refoulant l'ombre et dévoilant la vérité.<br>Alors, les vents, les flots, la nuit, les cieux, les astres,<br>Les ponts massant sous eux les blocs de leurs pilastres,<br>Les basaltes du port, les murs de la cité<br>Pourraient frémir, aux quatre coins de l'étendue,<br>Qu'ils ne trembleraient pas d'un plus profond bonheur<br>Que l'âme ardente du chercheur,<br>Sur sa conquête suspendue !</div><div style="margin:10px 0">Quelque chose du monde est tout à coup changé,<br>Par ce jaillissement brutal hors des ténèbres ;<br>Il n'importe qu'on nie ou qu'on célèbre<br>L'homme dont le génie a saccagé<br>Les mystères barrés par des portes hostiles,<br>Sa force est résorbée en la force des villes<br>Et leur énorme vie en est encor grandie !</div><div style="margin:10px 0">Ainsi, de laps en laps, ceux qui pensent dédient <br>A l'avenir humain l'ardeur de leur cerveau ; <br>Et tandis qu'ils vivent pour des pensers nouveaux, <br>D'autres qui travaillent pour les foules - se lèvent.</div><div style="margin:10px 0">Ceux-ci sont les ardents et les martyrs du rêve <br>Qu'ils entrevoient, là-bas, par des jardins de sang, <br>Marcher, pour aboutir au seuil resplendissant <br>Des temps où la justice aura dompté les hommes. <br>L'erreur a promulgué des lois, noirs axiomes, <br>Qu'on doit ronger sans cesse, en attendant le jour <br>De les casser à coups d'émeute ou de révolte ; <br>S'il faut le rouge engrais pour les pures récoltes, <br>S'il faut la haine immense avant l'immense amour, <br>S'il faut le rut et la folie aux coeurs serviles, <br>Les bonds des tocsins noirs soulèveront les villes <br>En hurlante marée, autour des droits nouveaux.</div><div style="margin:10px 0">Et dans les halls blafards des vieux faubourgs, là-haut, <br>Où les lueurs du gaz illimitent les gestes, <br>Les voix, les cris, les poings des tribuns clairs attestent <br>Que les besoins de tous sont le cercle du droit. <br>Textes, règles, codes, tables, bibles, systèmes, <br>Mots solennels qu'on débite à faux poids : <br>L'homme, dans l'univers n'a qu'un maître, lui-même, <br>Et l'univers entier est ce maître, dans lui.<br>Le tribun, parle haut et fort ; son verbe luit, <br>Sauvage et ravageur, comme un vol de comète ; <br>Il est le fol drapeau tendu vers la conquête ; <br>Si quelquefois il prend la foule pour tremplin, <br>Qu'importe, il est celui dont le désir est plein, <br>Jusques au bord, de la sève des renaissances ; <br>La colère, le désespoir, l'effervescence, <br>Le silence orageux brûlent entre ses mains, <br>Il est, à sa manière, un grand roi souterrain <br>Qqi regarde s'enfler toutes forces soudaines. <br>Et quand, par un accord simple et fatal, s'enchaîne <br>Ce que veut le tribun, ce que veut le chercheur, <br>Il n'est aucun éclair brandi de la terreur, <br>Aucun ordre qui ploie, aucun pouvoir qui gronde, <br>Pour écraser, sous lui, la victoire du monde.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385306" data-title="Les villes de Emile Verhaeren" data-description="Oh ! ces villes, par l'or putride envenimées ! Clameurs de pierre et vols et gestes de fumées, Dômes et tours d'orgueil et colonnes debout Dans l'espace qui vibre et le travail qui bout, En aimas-tu l'effroi et les affres profondes O toi, le v..."></div> </div> </div>
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