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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385300" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Les usines</strong></div><div style="margin:10px 0">Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres<br>Et se mirant dans l'eau de poix et de salpêtre<br>D'un canal droit, marquant sa barre à l'infini, .<br>Face à face, le long des quais d'ombre et de nuit,<br>Par à travers les faubourgs lourds<br>Et la misère en pleurs de ces faubourgs,<br>Ronflent terriblement usine et fabriques.</div><div style="margin:10px 0">Rectangles de granit et monuments de briques,<br>Et longs murs noirs durant des lieues,<br>Immensément, par les banlieues ;<br>Et sur les toits, dans le brouillard, aiguillonnées<br>De fers et de paratonnerres,<br>Les cheminées.</div><div style="margin:10px 0">Se regardant de leurs yeux noirs et symétriques,<br>Par la banlieue, à l'infmi.<br>Ronflent le jour, la nuit,<br>Les usines et les fabriques.</div><div style="margin:10px 0">Oh les quartiers rouillés de pluie et leurs grand-rues !<br>Et les femmes et leurs guenilles apparues,<br>Et les squares, où s'ouvre, en des caries<br>De plâtras blanc et de scories,<br>Une flore pâle et pourrie.</div><div style="margin:10px 0">Aux carrefours, porte ouverte, les bars :<br>Etains, cuivres, miroirs hagards,<br>Dressoirs d'ébène et flacons fols<br>D'où luit l'alcool<br>Et sa lueur vers les trottoirs.<br>Et des pintes qui tout à coup rayonnent,<br>Sur le comptoir, en pyramides de couronnes ;<br>Et des gens soûls, debout,<br>Dont les larges langues lappent, sans phrases,<br>Les ales d'or et le whisky, couleur topaze.</div><div style="margin:10px 0">Par à travers les faubourgs lourds<br>Et la misère en pleurs de ces faubourgs,<br>Et les troubles et mornes voisinages,<br>Et les haines s'entre-croisant de gens à gens<br>Et de ménages à ménages,<br>Et le vol même entre indigents,<br>Grondent, au fond des cours, toujours,<br>Les haletants battements sourds<br>Des usines et des fabriques symétriques.</div><div style="margin:10px 0">Ici, sous de grands toits où scintille le verre,<br>La vapeur se condense en force prisonnière :<br>Des mâchoires d'acier mordent et fument ;<br>De grands marteaux monumentaux<br>Broient des blocs d'or sur des enclumes,<br>Et, dans un coin, s'illuminent les fontes<br>En brasiers tors et effrénés qu'on dompte.</div><div style="margin:10px 0">Là-bas, les doigts méticuleux des métiers prestes, <br>A bruits menus, à petits gestes,<br>Tissent des draps, avec des fils qui vibrent <br>Légers et fin comme des fibres.<br>Des bandes de cuir transversales<br>Courent de l'un à l'autre bout des salles<br>Et les volants larges et violents<br>Tournent, pareils aux ailes dans le vent<br>Des moulins fous, sous les rafales.<br>Un jour de cour avare et ras<br>Frôle, par à travers les carreaux gras<br>Et humides d'un soupirail,<br>Chaque travail.<br>Automatiques et minutieux,<br>Des ouvriers silencieux<br>Règlent le mouvement<br>D'universel tictacquement<br>Qui fermente de fièvre et de folie<br>Et déchiquette, avec ses dents d'entêtement,<br>La parole humaine abolie.</div><div style="margin:10px 0">Plus loin, un vacarme tonnant de chocs<br>Monte de l'ombre et s'érige par blocs ;<br>Et, tout à coup, cassant l'élan des violences,<br>Des murs de bruit semblent tomber<br>Et se taire, dans une mare de silence,<br>Tandis que les appels exacerbés<br>Des sifflets crus et des signaux<br>Hurlent soudain vers les fanaux,<br>Dressant leurs feux sauvages,<br>En buissons d'or, vers les nuages.</div><div style="margin:10px 0">Et tout autour, ainsi qu'une ceinture,<br>Là-bas, de nocturnes architectures,<br>Voici les docks, les ports, les ponts, les phares<br>Et les gares folles de tintamarres ;<br>Et plus lointains encor des toits d'autres usines<br>Et des cuves et des forges et des cuisines<br>Formidables de naphte et de résines<br>Dont les meutes de feu et de lueurs grandies<br>Mordent parfois le ciel, à coups d'abois et d'incendies.</div><div style="margin:10px 0">Au long du vieux canal à l'infini<br>Par à travers l'immensité de la misère<br>Des chemins noirs et des routes de pierre,<br>Les nuits, les jours, toujours,<br>Ronflent les continus battements sourds,<br>Dans les faubourgs,<br>Des fabriques et des usines symétriques.</div><div style="margin:10px 0">L'aube s'essuie<br>A leurs carrés de suie<br>Midi et son soleil hagard<br>Comme un aveugle, errent par leurs brouillards ;<br>Seul, quand au bout de la semaine, au soir,<br>La nuit se laisse en ses ténèbres choir,<br>L'âpre effort s'interrompt, mais demeure en arrêt,<br>Comme un marteau sur une enclume,<br>Et l'ombre, au loin, parmi les carrefours, paraît<br>De la brume d'or qui s'allume.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385300" data-title="Les usines de Emile Verhaeren" data-description="Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres Et se mirant dans l'eau de poix et de salpêtre D'un canal droit, marquant sa barre à l'infini, . Face à face, le long des quais d'ombre et de nuit, Par à travers les faubourgs lourds Et la ..."></div> </div> </div>
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