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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385279" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Les meules</strong></div><div style="margin:10px 0">Comme des tentes pour les blés<br>Les grandes meules fraternelles<br>Se rassemblent l'hiver sur les champs isolés <br>Et l'autan noir rôde autour d'elles</div><div style="margin:10px 0">Les solides faucheurs du bourg <br>Les ont, sous la rude pesée<br>De leurs fermes genoux et de leurs coudes lourds, <br>Dûment, sur le sol dur, tassées.</div><div style="margin:10px 0">Les grains sont tournés au-dedans,<br>Mais au-dehors pointent les pailles<br>Avec leur lame aiguë, avec leur bout mordant,<br>Comme des lances en bataille.</div><div style="margin:10px 0">Chaque meule est dard et couteau<br>Contre ce qui tord, use ou case,<br>Contre les dents du gel et les griffes de l'eau <br>Et les grands vents trouant l'espace.</div><div style="margin:10px 0">Ainsi, pendant les mois de rage ou de torpeur,<br>Se recueille, sans défaillir, leur force close.<br>Le grain, qui doucement au fond d'elles repose,<br>Y vit d'une vie ample et sourde comme un coeur.<br>Loin du bourg où retentissent les attelages<br>Et qui tille le chanvre et qui bat le méteil,<br>Avec leurs chaumes d'or sous un pâle soleil, <br>Elles forment là-bas, comme un autre village <br>Le silence circule autour d'elles, et, lent, <br>S'en vient dormir, le soir, auprès du blé qui rêve. <br>La lune monte et luit et le gel brusque enlève <br>Tout nuage au ciel torpide et somnolent ;<br>Et les meules alors, sous les astres sans nombre,<br>Semblent se redresser plus haut que les maisons <br>Et tout à coup atteindre et barrer l'horizon <br>Si loin sur les champs nus se prolongent leurs ombres.</div><div style="margin:10px 0">Mais dès que cessent les temps froids<br>Et qu'une écume de verdure<br>Mousse à la cime innombrable des bois, <br>Toutes les meules à la fois<br>S'illuminent sur la plaine moins dure. <br>L'aile du vent bat du Midi,<br>Tout chant d'oiseau semble un présage. <br>L'alouette bondit et rebondit <br>En un vol saccadé vers les plus hauts nuages.<br>Les vieilles gens quittent leur seuil.<br>Oh ! cette heure où les meules<br>Lasses enfin d'être seules<br>Font bel accueil<br>A ceux que l'hiver grisâtre <br>A fiancés au coin de l'âtre <br>Et leur prêtent pour qu'ils s'aiment dans le mystère<br>L'ombre immense qu'elles étendent sur la terre.</div><div style="margin:10px 0">Ils s'en viennent, chacun par un chemin à soi<br>Longeant les clos jusqu'à la plaine,<br>Et leurs pas sont pressés dès qu'ils quittent leur toit <br>Et courte et brusque est leur haleine.</div><div style="margin:10px 0">Ils sont déjà l'un à l'autre, bien que leurs pas <br>Soient encor loin des grandes meules ;<br>Ils se tendent leurs coeurs ; ils se tendraient leurs bras <br>S'ils étaient seuls sur les éteules.</div><div style="margin:10px 0">Et quand ils se sont joints, ils s'étreignent si fort <br>Qu'on dirait deux gerbes de paille<br>Qu'un large poing serre entre elles, et noue et tord <br>Autour des cornes des aumailles.</div><div style="margin:10px 0">Le baiser ferme et cru court soudain sur leur peau, <br>Leurs corps l'un de l'autre s'enivrent,<br>Leur désir retenu, ainsi qu'un chien sous l'eau, <br>Mord, s'affole, et se délivre.</div><div style="margin:10px 0">Mais jusqu'au moindre râle et jusqu'au moindre cri <br>De leurs spasmes réunis<br>Tout s'étouffe dans l'ombre et le vent qui circule <br>De meule en meule, au crépuscule.</div><div style="margin:10px 0">Et maintenant que s'en viennent des bourgs lointains<br>Ceux qui transportent les graines et les pailles<br>Vers la grange de chaume où les fléaux travaillent,<br>Les meules ont vécu leur gloire et leur destin.<br>Elles croulent l'une après l'autre au soir penchant<br>Dans le vide tragique et ténébreux des champs.</div><div style="margin:10px 0">Le sol redevient vert où se tassait leur masse. <br>Et seuls les amants clairs qui forgent l'avenir <br>Gardent encor dans leur coeur fou le souvenir <br>Des meules projetant leur ombre dans l'espace.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385279" data-title="Les meules de Emile Verhaeren" data-description="Comme des tentes pour les blés Les grandes meules fraternelles Se rassemblent l'hiver sur les champs isolés Et l'autan noir rôde autour d'elles Les solides faucheurs du bourg Les ont, sous la rude pesée De leurs fermes genoux et de leurs co..."></div> </div> </div>
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