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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385230" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Le mont</strong></div><div style="margin:10px 0">Ce mont, <br>Avec son ombre prosternée, <br>Au clair de lune, devant lui, <br>Règne, infiniment, la nuit, <br>Tragique et lourd, sur la campagne lasse.</div><div style="margin:10px 0">Par les carreaux de leurs fenêtres basses, <br>Les chaumières pauvres et vieilles <br>De loin en loin, comme des gens, surveillent. <br>Aux pieds de leurs digues en terre, <br>Les clos ont peur du colossal mystère <br>Que recèle le mont, <br>Lorsqu'il règne, toute la nuit, <br>Avec son ombre prosternée, <br>En prière, devant lui.</div><div style="margin:10px 0">Sous les rochers qu'il accumule, <br>S'élabore la vie énorme et minuscule <br>Des atomes et des poussières. <br>Les fers, les plombs, les ors, les pierres <br>Y reposent. Et les joyaux et leurs yeux lourds <br>Qui ne peuvent se voir dormir, <br>Mais qui s'éveilleront pour tout à coup frémir <br>D'une rouge clarté suprême, <br>Attendent là que, fièrement, un jour, <br>Au front des rois, ils surgissent en diadèmes.</div><div style="margin:10px 0">Ce mont, <br>Avec son ombre prosternée, <br>Au clair de lune, devant lui, <br>Déchire et domine la nuit, <br>Avec ses rocs plantés, en pointes, sur sa tête.<br>Il abritait, aux temps anciens, des bêtes <br>Monstrueuses, que des hommes, vêtus de peaux, <br>Tuaient à coups de hache et de marteaux, <br>Et dépeçaient en des fêtes, envenimées <br>De disputes, de cris, de sang et de fumées.</div><div style="margin:10px 0">Sous un sol dur, compact et gras, <br>Les silex clairs, les os géants, les dents énormes <br>Dorment, <br>Restes blanchis de meurtre ou de combat. <br>Des blocs immobiles, ainsi que des statues, <br>Que les gouttes de l'eau qui filtre ont revêtues <br>De tuniques de nacre et d'écailles d'argent, <br>S'y regardent, depuis mille et mille ans. <br>Le silence y séjourne - et, seul, on y entend, <br>Sur ces pierres de haut en bas luisantes, <br>Le même choc des gouttes d'eau tombantes, <br>Une à une, depuis mille ans.</div><div style="margin:10px 0">Un murmure lointain de songe et de légende <br>Circule, autour de lui, la nuit, <br>Lorsque, de loin, son front commande <br>Aux souvenirs, dans les veillées. <br>On songe alors à ses grottes taillées, <br>Où travaillaient des nains, sur des enclumes d'or, <br>Où leurs ombres couraient, dansaient, votaient, <br>Dans le décor <br>Tragique et merveilleux des antres noirs. <br>Au jour levant, la caverne semblait un bouge, <br>Mais les brasiers, soudainement, les soirs, <br>Y soulevaient de gigantesques ailes <br>Qui s'en allaient <br>- Plumes et étincelles -<br>Frôler, de haut en bas, les parois rouges.</div><div style="margin:10px 0">Jadis, Vénus ardente et pâle, <br>Sachant qu'un jardin d'or y fleurissait de sang, <br>Y recueillit au coeur des feux, l'amour resplendissant <br>Et les braises des passions fatales. <br>Elle s'y penchait, au-dessus de la flamme, <br>Elle y chauffait ses seins cruels et ses yeux clairs <br>Et condensait, au tréfonds de sa chair, <br>L'inextinguible ardeur qui fait flamber les âmes. <br>Les villages s'en souviennent : c'était l'hiver ; <br>Le gel compact avait durci les berges ; <br>Le sol sonnait froid, l'arbre dressait, dans l'air, <br>Ses branchages comme des verges ; <br>Des lueurs d'or couraient au ras des neiges. <br>On avait vu Vénus et son cortège <br>Passer, brûlante et nue, à travers la campagne, <br>Les hommes fous crier d'amour vers leurs compagnes, <br>Les chiens casser leur chaîne et les taureaux <br>S'ériger lourds et leurs soufflants naseaux, <br>Dans l'étable nocturne, ameuter la tempête.</div><div style="margin:10px 0">Ce mont, <br>Avec son ombre, en prière, devant lui, <br>Chargeait de son mystère et de sa nuit <br>Les coeurs naïfs et leurs ardeurs secrètes.</div><div style="margin:10px 0">Il incarnait l'immensité ; <br>Ses blocs dataient des premiers temps du monde, <br>Des forêts d'or avaient grandi, s'étaient entées <br>Sur sa base, pour s'élever et s'abaisser <br>Et retomber vers les plaines fécondes <br>Et ressurgir encor de leur poussière. <br>Les siècles le sacraient - et l'on eût dit, à voir <br>L'énorme entassement se bossuer, le soir, <br>Qu'un orage, sur le coteau, s'était fait pierre.<br>Je suis entré avec des torches, au coeur du mont, <br>Ombres et feux semblaient sortir de moi, <br>Ils projetaient leur vol brusque, sur les parois, <br>De l'un à l'autre bout des salles colossales.</div><div style="margin:10px 0">Les déesses, les nains, les ors profonds, <br>Les yeux clos des joyaux, la fable <br>Des batailles entre hommes et dragons <br>Mêlaient leurs souvenirs en tourbillons ; <br>J'étais le miroir vague et formidable, <br>J'étais le carrefour, où tout se rencontrait ; <br>Le sol, le roc, le feu, la nuit et la forêt <br>Semblaient les substances mêmes de ma pensée ; <br>Je m'emplissais de peur ; j'étais comme insensé <br>De vivre et de sentir tant de siècles frémir <br>En cet instant du temps que je serai dans l'avenir. <br>Mon âme était anxieuse d'être elle-même ; <br>Elle s'illimitait en une âme suprême <br>Et violente, où l'univers se résumait ; <br>Sur la vie et la mort planait même visage, <br>Je ne distinguais plus leur forme au fond des âges ; <br>Tout me semblait présent et je me transformais <br>Moi-même, et je me confondais avec un être, immense <br>Qui ne voit plus quand tout finit, quand tout commence, <br>Ni pourquoi la tragique humanité <br>Avec ses cris, avec ses pleurs, avec ses plaintes, <br>Traîne ses pas marqués de sang, au labyrinthe <br>De la nocturne et flamboyante éternité.</div><div style="margin:10px 0">Ce mont, <br>Avec son ombre projetée, <br>Au clair de la lune, devant lui, <br>Oppresse, infiniment, la nuit, <br>Le songe épars sur les campagnes lasses.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385230" data-title="Le mont de Emile Verhaeren" data-description="Ce mont, Avec son ombre prosternée, Au clair de lune, devant lui, Règne, infiniment, la nuit, Tragique et lourd, sur la campagne lasse. Par les carreaux de leurs fenêtres basses, Les chaumières pauvres et vieilles De loin en loin, comme..."></div> </div> </div>
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