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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385204" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>L'âme de la ville</strong></div><div style="margin:10px 0">Les toits semblent perdus<br>Et les clochers et les pignons fondus,<br>Dans ces matins fuligineux et rouges,<br>Où, feu à feu, des signaux bougent.</div><div style="margin:10px 0">Une courbe de viaduc énorme<br>Longe les quais mornes et uniformes ;<br>Un train s'ébranle immense et las.</div><div style="margin:10px 0">Là-bas,<br>Un steamer rauque avec un bruit de corne.</div><div style="margin:10px 0">Et par les quais uniformes et mornes,<br>Et par les ponts et par les rues,<br>Se bousculent, en leurs cohues,<br>Sur des écrans de brumes crues,<br>Des ombres et des ombres.</div><div style="margin:10px 0">Un air de soufre et de naphte s'exhale ;<br>Un soleil trouble et monstrueux s'étale ;<br>L'esprit soudainement s'effare<br>Vers l'impossible et le bizarre ;<br>Crime ou vertu, voit-il encor<br>Ce qui se meut en ces décors,<br>Où, devant lui, sur les places, s'exalte<br>Ailes grandes, dans le brouillard<br>Un aigle noir avec un étendard,<br>Entre ses serres de basalte.</div><div style="margin:10px 0">O les siècles et les siècles sur cette ville,<br>Grande de son passé<br>Sans cesse ardent - et traversé,<br>Comme à cette heure, de fantômes !<br>O les siècles et les siècles sur elle,<br>Avec leur vie immense et criminelle<br>Battant - depuis quels temps ? -<br>Chaque demeure et chaque pierre<br>De désirs fous ou de colères carnassières !</div><div style="margin:10px 0">Quelques huttes d'abord et quelques prêtres :<br>L'asile à tous, l'église et ses fenêtres<br>Laissant filtrer la lumière du dogme sûr<br>Et sa naïveté vers les cerveaux obscurs.<br>Donjons dentés, palais massifs, cloîtres barbares ;<br>Croix des papes dont le monde s'effare ;<br>Moines, abbés, barons, serfs et vilains ;<br>Mitres d'orfroi, casques d'argent, vestes de lin ;<br>Luttes d'instincts, loin des luttes de l'âme<br>Entre voisins, pour l'orgueil vain d'une oriflamme ;<br>Haines de sceptre à sceptre et monarques faillis<br>Sur leur fausse monnaie ouvrant leurs fleurs de lys,<br>Taillant le bloc de leur justice à coups de glaive<br>Et la dressant et l'imposant, grossière et brève.</div><div style="margin:10px 0">Puis, l'ébauche, lente à naître, de la cité :<br>Forces qu'on veut dans le droit seul planter ;<br>Ongles du peuple et mâchoires de rois ;<br>Mufles crispés dans l'ombre et souterrains abois<br>Vers on ne sait quel idéal au fond des nues ;<br>Tocsins brassant, le soir, des rages inconnues ;<br>Flambeaux de délivrance et de salut, debout<br>Dans l'atmosphère énorme où la révolte bout ;<br>Livres dont les pages, soudain intelligibles,<br>Brûlent de vérité, comme jadis les Bibles ;<br>Hommes divins et clairs, tels des monuments d'or<br>D'où les événements sortent armés et forts ;<br>Vouloirs nets et nouveaux, consciences nouvelles<br>Et l'espoir fou, dans toutes les cervelles,<br>Malgré les échafauds, malgré les incendies<br>Et les têtes en sang au bout des poings brandies.</div><div style="margin:10px 0">Elle a mille ans la ville,<br>La ville âpre et profonde ;<br>Et sans cesse, malgré l'assaut des jours<br>Et des peuples minant son orgueil lourd,<br>Elle résiste à l'usure du monde.<br>Quel océan, ses coeurs ! quel orage, ses nerfs !<br>Quels noeuds de volontés serrés en son mystère !<br>Victorieuse, elle absorbe la terre,<br>Vaincue, elle est l'attrait de l'univers ;<br>Toujours, en son triomphe ou ses défaites,<br>Elle apparaît géante, et son cri sonne et son nom luit,<br>Et la clarté que font ses feux d'or dans la nuit<br>Rayonne au loin, jusqu'aux planètes!</div><div style="margin:10px 0">O les siècles et les siècles sur elle !</div><div style="margin:10px 0">Son âme, en ces matins hagards,<br>Circule en chaque atome<br>De vapeur lourde et de voiles épars,<br>Son âme énorme et vague, ainsi que ses grands dômes<br>Qui s'estompent dans le brouillard.<br>Son âme errante en chacune des ombres<br>Qui traversent ses quartiers sombres,<br>Avec une ardeur neuve au bout de leur pensée,<br>Son âme formidable et convulsée,<br>Son âme, où le passé ébauche<br>Avec le présent net l'avenir encor gauche.</div><div style="margin:10px 0">O ce monde de fièvre et d'inlassable essor<br>Rué, à poumons lourds et haletants,<br>Vers on ne sait quels buts inquiétants ?<br>Monde promis pourtant à des lois d'or,<br>A des lois claires, qu'il ignore encor<br>Mais qu'il faut, un jour, qu'on exhume,<br>Une à une, du fond des brumes.<br>Monde aujourd'hui têtu, tragique et blême<br>Qui met sa vie et son âme dans l'effort même<br>Qu'il projette, le jour, la nuit,<br>A chaque heure, vers l'infini.</div><div style="margin:10px 0">O les siècles et les siècles sur cette ville !</div><div style="margin:10px 0">Le rêve ancien est mort et le nouveau se forge.<br>Il est fumant dans la pensée et la sueur<br>Des bras fiers de travail, des fronts fiers de lueurs,<br>Et la ville l'entend monter du fond des gorges<br>De ceux qui le portent en eux<br>Et le veulent crier et sangloter aux cieux.</div><div style="margin:10px 0">Et de partout on vient vers elle,<br>Les uns des bourgs et les autres des champs,<br>Depuis toujours, du fond des loins ;<br>Et les routes éternelles sont les témoins<br>De ces marches, à travers temps,<br>Qui se rythment comme le sang<br>Et s'avivent, continuelles.</div><div style="margin:10px 0">Le rêve! il est plus haut que les fumées<br>Qu'elle renvoie envenimées<br>Autour d'elle, vers l'horizon ;<br>Même dans la peur ou dans l'ennui,<br>Il est là-bas, qui domine, les nuits,<br>Pareil à ces buissons<br>D'étoiles d'or et de couronnes noires,<br>Qui s'allument, le soir, évocatoires.</div><div style="margin:10px 0">Et qu'importent les maux et les heures démentes,<br>Et les cuves de vice où la cité fermente,<br>Si quelque jour, du fond des brouillards et des voiles,<br>Surgit un nouveau Christ, en lumière sculpté,<br>Qui soulève vers lui l'humanité<br>Et la baptise au feu de nouvelles étoiles.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385204" data-title="L'âme de la ville de Emile Verhaeren" data-description="Les toits semblent perdus Et les clochers et les pignons fondus, Dans ces matins fuligineux et rouges, Où, feu à feu, des signaux bougent. Une courbe de viaduc énorme Longe les quais mornes et uniformes ; Un train s'ébranle immense et las. L..."></div> </div> </div>
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