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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385187" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>La plaine</strong></div><div style="margin:10px 0">La plaine est morne, avec ses clos, avec ses granges <br>Et ses fermes dont les pignons sont vermoulus, <br>La plaine est morne et lasse et ne se défend plus, <br>La plaine est morne et morte - et la ville la mange.</div><div style="margin:10px 0">Formidables et criminels, <br>Les bras des machines diaboliques, <br>Fauchant les blés évangéliques, <br>Ont effrayé le vieux semeur mélancolique <br>Dont le geste semblait d'accord avec le ciel.</div><div style="margin:10px 0">L'orde fumée et ses haillons de suie <br>Ont traversé le vent et l'ont sali :<br>Un soleil pauvre et avili<br>S'est comme usé en de la pluie.</div><div style="margin:10px 0">Et maintenant, où s'étageaient les maisons claires <br>Et les vergers et les arbres parsemés d'or, <br>On aperçoit, à l'infini, du sud au nord, <br>La noire immensité des usines rectangulaires.</div><div style="margin:10px 0">Telle une bête énorme et taciturne <br>Qui bourdonne derrière un mur, <br>Le ronflement s'entend, rythmique et dur, <br>Des chaudières et des meules nocturnes ;</div><div style="margin:10px 0">Le sol vibre, comme s'il fermentait,<br>Le travail bout comme un forfait,<br>L'égout charrie une fange velue<br>Vers la rivière qu'il pollue ;<br>Un supplice d'arbres écorchés vifs<br>Se tord, bras convulsifs,<br>En façade, sur le bois proche ;</div><div style="margin:10px 0">L'ortie épuise au coeur les sablons et les oches, <br>Et des fumiers, toujours plus hauts, de résidus <br>- Ciments huileux, plâtras pourris, moellons fendus -<br>Au long de vieux fossés et de berges obscures <br>Lèvent, le soir, des monuments de pourriture.</div><div style="margin:10px 0">Sous les hangars tonnants et lourds,<br>Les nuits, les jours,<br>Sans air ni sans sommeil,<br>Des gens peinent loin du soleil :<br>Morceaux de vie en l'énorme engrenage,<br>Morceaux de chair fixée, ingénieusement,<br>Pièce par pièce, étage par étage,<br>De l'un à l'autre bout du vaste tournoiement.<br>Leurs yeux sont devenus les yeux de la machine ;<br>Leur corps entier : front, col, torse, épaules, échine,<br>Se plie aux jeux réglés du fer et de l'acier ;<br>Leurs mains et leurs dix doigts courent sur des claviers<br>Où cent fuseaux de fil tournent et se dévident ;<br>Et mains promptes et doigts rapides<br>S'usent si fort,<br>Dans leur effort</div><div style="margin:10px 0">Sur la matière carnassière, <br>Qu'ils y laissent, à tout moment, <br>Des empreintes de rage et des gouttes de sang.</div><div style="margin:10px 0">Dites ! L'ancien labeur pacifique, dans l'Août <br>Des seigles mûrs et des avoines rousses, <br>Avec les bras au clair, le front debout, <br>Quand l'or des blés ondule et se retrousse <br>Vers l'horizon torride où le silence bout.</div><div style="margin:10px 0">Dites ! Le repos tiède et les midis élus, <br>Tressant de l'ombre pour les siestes, <br>Sous les branches, dont les vents prestes <br>Rythment, avec lenteur, les grands gestes feuillus. <br>Dites, la plaine entière ainsi qu'un jardin gras, <br>Toute folle d'oiseaux éparpillés dans la lumière, <br>Qui la chantent, avec leurs voix plénières, <br>Si près du ciel qu'on ne les entend pas.</div><div style="margin:10px 0">Mais aujourd'hui, la plaine ? - Elle est finie ; <br>La plaine est morne et ne se défend plus :<br>Le flux des ruines et leur reflux <br>L'ont submergée, avec monotonie.</div><div style="margin:10px 0">On ne rencontre, au loin, qu'enclos rapiécés <br>Et chemins noirs de houille et de scories <br>Et squelettes de métairies <br>Et trains coupant soudain les villages en deux.</div><div style="margin:10px 0">Les Madones ont tu leurs voix d'oracle <br>Au coin du bois, parmi les arbres ;</div><div style="margin:10px 0">Et les vieux saints et leurs socles de marbre <br>Ont chu dans les fontaines à miracles.</div><div style="margin:10px 0">Et tout est là, comme des cercueils vides,<br>- Seuils et murs lézardés et toitures fendues -<br>Et tout se plaint ainsi que les âmes perdues <br>Qui sanglotent le soir dans la bruyère humide.</div><div style="margin:10px 0">Hélas ! La plaine, hélas! Elle est finie! <br>Et ses clochers sont morts et ses moulins perclus. <br>La plaine, hélas ! Elle a toussé son agonie <br>Dans les derniers hoquets d'un angélus.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385187" data-title="La plaine de Emile Verhaeren" data-description="La plaine est morne, avec ses clos, avec ses granges Et ses fermes dont les pignons sont vermoulus, La plaine est morne et lasse et ne se défend plus, La plaine est morne et morte - et la ville la mange. Formidables et criminels, Les bras de..."></div> </div> </div>
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