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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385110" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Celui du rien</strong></div><div style="margin:10px 0">Je suis celui des pourritures grandioses <br>Qui s'en revient du pays mou des morts ; <br>Celui des Ouests noirs du sort <br>Qui te montre, là-bas, comme une apothéose, <br>Son île immense, où des guirlandes ,<br>De détritus et de viandes <br>Se suspendent, <br>Tandis, qu'entre les fleurs somptueuses des soirs, <br>S'ouvrent les grands yeux d'or de crapauds noirs.</div><div style="margin:10px 0">Terrains tuméfiés et cavernes nocturnes, <br>Oh ! mes grottes bâillant l'ennui par les crevasses <br>Des fondrières et des morasses !<br>A mes arbres de lèpre, au bord des mares, <br>Sèchent ton coeur et tes manteaux baroques, <br>Vieux Lear ; et puis voici le noir Hamlet bizarre <br>Et les corbeaux qui font la cour à son cadavre ; <br>Voici René, le front fendu, les chairs transies, <br>Et les mains d'Ophélie, au bord des havres, <br>Sont ces deux fleurs blanches - moisies.</div><div style="margin:10px 0">Et les meurtres me font des plans de pourriture, <br>Jusqu'au palais d'où s'imposent les dictatures <br>De mon pays de purulence et de sang d'or.</div><div style="margin:10px 0">Sont là, les carcasses des empereurs nocturnes ; <br>Les Nérons fous et les Tibères taciturnes, <br>Gisant sur des terrasses de portor. <br>Leur crâne est chevelu de vers - et leur pensée <br>Qui déchira la Rome antique en incendies <br>Fermente encor, dans leur tête décomposée. <br>Des lémures tettent les pustules du ventre <br>Qui fut Vitellius - et maux et maladies <br>Crèvent, sur ces débris leurs poches de poisons.</div><div style="margin:10px 0">Je suis celui du pays mou des morts...</div><div style="margin:10px 0">Et puis voici ceux-là qui s'exaltaient en Dieu ; <br>Voici les coeurs brûlés de foi, ceux dont le feu <br>Etonnait les soleils, de sa lueur nouvelle :<br>Amours sanctifiés par l'extatique ardeur <br>' Rien pour soi-même et sur le monde, où s'échevèlent <br>La luxure, l'orgueil, l'avarice, l'horreur, <br>Tous les péchés, inaugurer, torrentiel <br>De sacrifice et de bonté suprême, un ciel ! <br>Et les Flamels tombés des légendes gothiques, <br>Et les avares blancs qui se mangent les doigts, <br>Et les guerriers en or immobile, la croix <br>Escarbouclant d'ardeur leurs cuirasses mystiques, <br>Et leurs femmes dont les regards étaient si doux ; <br>Voici - sanguinolents et crus - ils sont là, tous.</div><div style="margin:10px 0">Je suis celui des pourritures méphitiques,</div><div style="margin:10px 0">Dans un jardin d'ombre et de soir, <br>Je cultive sur un espalier noir, <br>Les promesses et les espoirs. <br>La maladie ? elle est, ici, la vénéneuse <br>Et triomphale moissonneuse <br>Dont la faucille est un croissant de fièvre <br>Taillé dans l'Hécate des vieux Sabbats. <br>La fraîcheur de l'enfance et la santé des lèvres, <br>Les cris de joie et l'ingénu fracas <br>Des bonds fouettés de vent, parmi les plaines, <br>Je les flétris, férocement, sous mes haleines, <br>Et les voici, aux coins de mes quinconces <br>En tas jaunes, comme feuilles et ronces.</div><div style="margin:10px 0">Je suis celui des pourritures souveraines.</div><div style="margin:10px 0">Voici les assoiffés des vins de la beauté ; <br>Les affolés de l'unanime volupté <br>Qui fit naître Vénus de la mer toute entière ; <br>Voici leurs flancs, avec les trous de leur misère ; <br>Leurs yeux, avec du sang ; leurs mains, avec des ors ; <br>Leurs livides phallus tordus d'efforts <br>Brisés - et, par les mares de la plaine, <br>Les vieux caillots noyés de la semence humaine. <br>Voici celles dont l'affre était de se chercher <br>Autour de l'effroi roux de leur péché, <br>Celles qui se léchaient, ainsi que des lionnes -<br>Langues de pierre - et qui fuyaient pour revenir <br>Toujours pâles, vers leur implacable désir, <br>Fixe, là-bas, le soir, dans les yeux de la lune. <br>Tous et toutes - regarde - un à un, une à une, <br>Ils sont, en de la cendre et de l'horreur <br>Changés - et leur ruine est la splendeur <br>De mon domaine, au bord des mers phosphorescentes.</div><div style="margin:10px 0">Je suis celui des pourritures incessantes. <br>Je suis celui des pourritures infinies ; <br>Vice ou vertu, vaillance ou peur, blasphème ou foi, <br>Dans mon pays de fiel et d'or, j'en suis la loi. <br>Et je t'apporte à toi ce multiple flambeau <br>Rêve, folie, ardeur, mensonge et ironie <br>Et mon rire devant l'universel tombeau.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Emile+Verhaeren">Emile Verhaeren</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=385110" data-title="Celui du rien de Emile Verhaeren" data-description="Je suis celui des pourritures grandioses Qui s'en revient du pays mou des morts ; Celui des Ouests noirs du sort Qui te montre, là-bas, comme une apothéose, Son île immense, où des guirlandes , De détritus et de viandes Se suspendent, T..."></div> </div> </div>
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