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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343900" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>O Muses, Accourez</strong></div><div style="margin:10px 0">O muses, accourez; solitaires divines,<br>Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines!<br>Soit qu'en ses beaux vallons Nîme égare vos pas;<br>Soit que de doux pensers, en de riants climats,<br>Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne; <br>Soit que parmi les choeurs de ces nymphes da Rhône,<br>La lune sur les prés, où son flambeau vous luit,<br>Dansantes vous admire au retour de la nuit;<br>Venez. J'ai fui la ville aux muses si contraire,<br>Et l'écho fatigué des clameurs du vulgaire. <br>Sur les pavés poudreux d'un bruyant carrefour<br>Les poétiques fleurs n'ont jamais vu le jour.<br>Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre<br>L'oisive rêverie au suave délire;<br>Et les rapides chars et leurs cercles d'airain <br>Effarouchent les vers qui se taisent soudain.<br>Venez. Que vos bontés ne me soient point avares.</div><div style="margin:10px 0">Mais, oh! faisant de vous mes pénates, mes lares,<br>Quand pourrai-je habiter un champ qui soit à moi,<br>Et, villageois tranquille, ayant pour tout emploi <br>Dormir et ne rien faire, inutile poète,<br>Goûter le doux oubli d'une vie inquiète?<br>Vous savez si toujours, dès mes plus jeunes ans,<br>Mes rustiques souhaits m'ont porté vers les champs;<br>Si mon coeur dévorait vos champêtres histoires, <br>Cet âge d'or si cher à vos doctes mémoires,<br>Ces fleuves, ces vergers, Éden aimé des cieux<br>Et du premier humain berceau délicieux;<br>L'épouse de Booz, chaste et belle indigente,<br>Qui suit d'un pas tremblant la moisson opulente; <br>Joseph, qui dans Sichem cherche et retrouve, hélas!<br>Ses dix frères pasteurs qui ne l'attendaient pas;<br>Rachel, objet sans prix qu'un amoureux courage<br>N'a pas trop acheté de quinze ans d'esclavage.<br>Oh! oui, je veux un jour en des bords retirés, <br>Sur un riche coteau ceint de bois et de prés,<br>Avoir un humble toit, une source d'eau vive<br>Qui parle, et dans sa fuite et féconde et plaintive<br>Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux.<br>Là, je veux, ignorant le monde et ses travaux, <br>Loin du superbe ennui que l'éclat environne,<br>Vivre comme jadis, aux champs de Babylone,<br>Ont vécu, nous dit-on, ces pères des humains<br>Dont le nom aux autels remplit nos fastes saints;<br>Avoir amis, enfants, épouse belle et sage; <br>Errer, un livre en main, de bocage en bocage;<br>Savourer sans remords, sans crainte, sans désirs,<br>Une paix dont nul bien n'égale les plaisirs.<br>Douce mélancolie! aimable mensongère,<br>Des antres, des forêts déesse tutélaire, <br>Qui vient d'une insensible et charmante langueur<br>Saisir l'ami des champs et pénétrer son coeur,<br>Quand, sorti vers le soir des grottes reculées,<br>Il s'égare à pas lents au penchant des vallées,<br>Et voit des derniers feux le ciel se colorer, <br>Et sur les monts lointains un beau jour expirer,<br>Dans sa volupté sage, et pensive et muette,<br>Il s'assied, sur son sein laisse tomber sa tête.<br>Il regarde à ses pieds, dans le liquide azur<br>Du fleuve, qui s'étend comme lui calme et pur, <br>Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages,<br>Et la pourpre en festons couronnant les nuages.<br>Il revoit près de lui, tout à coup animés,<br>Ces fantômes si beaux à nos pleurs tant aimés,<br>Dont la troupe immortelle habite sa mémoire: <br>Julie, amante faible et tombée avec gloire;<br>Clarisse, beauté sainte où respire le ciel,<br>Dont la douleur ignore et la haine et le fiel,<br>Qui souffre sans gémir, qui périt sans murmure;<br>Clémentine adorée, âme céleste et pure, <br>Qui, parmi les rigueurs d'une injuste maison,<br>Ne perd point l'innocence en perdant la raison;<br>Mânes aux yeux charmants, vos images chéries<br>Accourent occuper ses belles rêveries;<br>Ses yeux laissent tomber une larme. Avec vous <br>Il est dans vos foyers, il voit vos traits si doux.<br>A vos persécuteurs il reproche leur crime.<br>Il aime qui vous aime, il hait qui vous opprime.<br>Mais tout à coup il pense, ô mortels déplaisirs!<br>Que ces touchants objets de pleurs et de soupirs <br>Ne sont peut-être, hélas! que d'aimables chimères.<br>De l'âme et du génie enfants imaginaires.<br>Il se lève, il s'agite à pas tumultueux;<br>En projets enchanteurs il égare ses voeux.<br>Il ira, le coeur plein d'une image divine, <br>Chercher si quelques lieux ont une Clémentine,<br>Et dans quelque désert, loin des regards jaloux,<br>La servir, l'adorer et vivre à ses genoux.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Andre+Marie+de+Chenier">Andre Marie de Chenier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343900" data-title="O Muses, Accourez de Andre Marie de Chenier" data-description="O muses, accourez; solitaires divines, Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines! Soit qu'en ses beaux vallons Nîme égare vos pas; Soit que de doux pensers, en de riants climats, Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne; Soit que..."></div> </div> </div>
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