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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343876" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>La Liberte</strong></div><div style="margin:10px 0">UN CHEVRIER, UN BERGER</div><div style="margin:10px 0"><br>LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Berger, quel es-tu donc? qui t'agite? et quels dieux<br>De noirs cheveux épars enveloppent tes yeux?</div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Blond pasteur de chevreaux, oui, tu veux me l'apprendre:<br>Oui, ton front est plus beau, ton regard est plus tendre.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Quoi! tu sors de ces monts où tu n'as vu que toi, <br>Et qu'on n'approche point sans peine et sans effroi?</div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Tu te plais mieux sans doute au bois, à la prairie;<br>Tu le peux. Assieds-toi parmi l'herbe fleurie:<br>Moi, sous un antre aride, en cet affreux séjour,<br>Je me plais sur le roc à voir passer le jour. </div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Mais Cérès a maudit cette terre âpre et dure;<br>Un noir torrent pierreux y roule une onde impure;<br>Tous ces rocs, calcinés sous un soleil rongeur,<br>Brûlent et font hâter les pas du voyageur.<br>Point de fleurs, point de fruits, nul ombrage fertile <br>N'y donne au rossignol un balsamique asile.<br>Quelque olivier au loin, maigre fécondité,<br>Y rampe et fait mieux voir leur triste nudité.<br>Comment as-tu donc su d'herbes accoutumées<br>Nourrir dans ce désert tes brebis affamées? </div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Que m'importe! est-ce à moi qu'appartient ce troupeau?<br>Je suis esclave.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Au moins un rustique pipeau<br>A-t-il chassé l'ennui de ton rocher sauvage?<br>Tiens, veux-tu cette flûte? Elle fut mon ouvrage.<br>Prends: sur ce buis, fertile en agréables sons, <br>Tu pourras des oiseaux imiter les chansons.</div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Non, garde tes présents. Les oiseaux de ténèbres,<br>La chouette et l'orfraie, et leurs accents funèbres,<br>Voilà les seuls chanteurs que je veuille écouter;<br>Voilà quelles chansons je voudrais imiter. <br>Ta flûte sous mes pieds serait bientôt brisée:<br>Je hais tous vos plaisirs. Les fleurs et la rosée,<br>Et de vos rossignols les soupirs caressants,<br>Rien ne plaît à mon coeur, rien ne flatte mes sens.<br>Je suis esclave.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Hélas! que je te trouve à plaindre! <br>Oui, l'esclavage est dur; oui, tout mortel doit craindre<br>De servir, de plier sous une injuste loi,<br>De vivre pour autrui, de n'avoir rien à soi.<br>Protège-moi toujours, ô liberté chérie!<br>O mère des vertus, mère de la patrie! </div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Va, patrie et vertu ne sont que de vains noms.<br>Toutefois tes discours sont pour moi des affronts:<br>Ton prétendu bonheur et m'afflige et me brave;<br>Comme moi, je voudrais que tu fusses esclave.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Et moi, je te voudrais libre, heureux comme moi. <br>Mais les dieux n'ont-ils point de remède pour toi?<br>Il est des baumes doux, des lustrations pures<br>Qui peuvent de notre âme assoupir les blessures,<br>Et de magiques chants qui tarissent les pleurs.</div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Il n'en est point; il n'est pour moi que des douleurs: <br>Mon sort est de servir, il faut qu'il s'accomplisse.<br>Moi, j'ai ce chien aussi qui tremble à mon service;<br>C'est mon esclave aussi. Mon désespoir muet<br>Ne peut rendre qu'à lui tous les maux qu'on me fait.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">La terre, notre mère, et sa douce richesse, <br>Ne peut-elle, du moins, égayer ta tristesse?<br>Vois combien elle est belle! et vois l'été vermeil,<br>Prodigue de trésors, brillants fils du soleil,<br>Qui vient, fertile amant d'une heureuse culture,<br>Varier du printemps l'uniforme verdure; <br>Vois l'abricot naissant, sous les yeux d'un beau ciel,<br>Arrondir son fruit doux et blond comme le miel;<br>Vois la pourpre des fleurs dont le pêcher se pare<br>Nous annoncer l'éclat des fruits qu'il nous prépare.<br>Au bord de ces prés verts regarde ces guérets,<br>De qui les blés touffus, jaunissantes forêts, <br>Du joyeux moissonneur attendent la faucille.<br>D'agrestes déités quelle noble famille!<br>La Récolte et la Paix, aux yeux purs et sereins,<br>Les épis sur le front, les épis dans les mains, <br>Qui viennent, sur les pas de la belle Espérance,<br>Verser la corne d'or où fleurit l'abondance.</div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Sans doute qu'à tes yeux elles montrent leurs pas;<br>Moi, j'ai des yeux d'esclave, et je ne les vois pas.<br>Je n'y vois qu'un sol dur, laborieux, servile, <br>Que j'ai, non pas pour moi, contraint d'être fertile;<br>Où, sous un ciel brûlant, je moissonne le grain<br>Qui va nourrir un autre, et me laisse ma faim.<br>Voilà quelle est la terre. Elle n'est point ma mère,<br>Elle est pour moi marâtre; et la nature entière <br>Est plus nue à mes yeux, plus horrible à mon coeur<br>Que ce vallon de mort qui te fait tant d'horreur.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Le soin de tes brebis, leur voix douce et paisible,<br>N'ont-ils donc rien qui plaise à ton âme insensible?<br>N'aimes-tu point à voir les jeux de tes agneaux? <br>Moi, je me plais auprès de mes jeunes chevreaux;<br>Je m'occupe à leurs jeux, j'aime leur voix bêlante;<br>Et quand sur la rosée et sur l'herbe brillante<br>Vers leur mère en criant je les vois accourir,<br>Je bondis avec eux de joie et de plaisir. </div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Ils sont à toi: mais moi, j'eus une autre fortune;<br>Ceux-ci de mes tourments sont la cause importune<br>Deux fois, avec ennui, promenés chaque jour,<br>Un maître soupçonneux nous attend au retour<br>Rien ne le satisfait: ils ont trop peu de laine; <br>Ou bien ils sont mourants, ils se traînent à peine;<br>En un mot, tout est mal. Si le loup quelquefois<br>En saisit un, l'emporte et s'enfuit dans les bois,<br>C'est ma faute; il fallait braver ses dents avides.<br>Je dois rendre les loups innocents et timides! <br>Et puis, menaces, cris, injure, emportements,<br>Et lâches cruautés qu'il nomme châtiments.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Toujours à l'innocent les dieux sont favorables:<br>Pourquoi fuir leur présence, appui des misérables?<br>Autour de leurs autels, parés de nos festons, <br>Que ne viens-tu danser, offrir de simples dons,<br>Du chaume, quelques fleurs, et, par ces sacrifices,<br>Te rendre Jupiter et les nymphes propices?</div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Non; les danses, les jeux, les plaisirs des bergers<br>Sont à mon triste coeur des plaisirs étrangers. <br>Que parles-tu de dieux, de nymphes et d'offrandes?<br>Moi, je n'ai pour les dieux ni chaume ni guirlandes;<br>Je les crains, car j'ai vu leur foudre et leurs éclairs;<br>Je ne les aime pas: ils m'ont donné des fers.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Eh bien, que n'aimes-tu? Quelle amertume extrême <br>Résiste aux doux souris d'une vierge qu'on aime?<br>L'autre jour, à la mienne, en ce bois fortuné,<br>Je vins offrir le don d'un chevreau nouveau-né.<br>Son oeil tomba sur moi, si doux, si beau, si tendre!...<br>Sa voix prit un accent!... Je crois toujours l'entendre. </div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Eh! quel oeil virginal voudrait tomber sur moi?<br>Ai-je, moi, des chevreaux à donner comme toi?<br>Chaque jour, par ce maître inflexible et barbare,<br>Mes agneaux sont comptés avec un soin avare.<br>Trop heureux quand il daigne à mes cris superflus <br>N'en pas redemander plus que je n'en reçus!<br>O juste Némésis! si jamais je puis être<br>Le plus fort à mon tour, si je puis me voir maître,<br>Je serai dur, méchant, intraitable, sans foi,<br>Sanguinaire, cruel, comme on l'est avec moi! </div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Et moi, c'est vous qu'ici pour témoins j'en appelle,<br>Dieux! de mes serviteurs la cohorte fidèle<br>Me trouvera toujours humain, compatissant,<br>A leurs justes désirs facile et complaisant,<br>Afin qu'ils soient heureux et qu'ils aiment leur maître <br>Et bénissent en paix l'instant qui les vit naître.</div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Et moi, je le maudis, cet instant douloureux<br>Qui me donna le jour pour être malheureux;<br>Pour agir quand un autre exige, veut, ordonne;<br>Pour n'avoir rien à moi, pour ne plaire à personne; <br>Pour endurer la faim, quand ma peine et mon deuil<br>Engraissent d'un tyran l'indolence et l'orgueil.</div><div style="margin:10px 0">LE CHEVRIER</div><div style="margin:10px 0">Berger infortuné! ta plaintive détresse<br>De ton coeur dans le mien fait passer la tristesse.<br>Vois cette chèvre mère et ces chevreaux, tous deux <br>Aussi blancs que le lait qu'elle garde pour eux;<br>Qu'ils aillent avec toi, je te les abandonne.<br>Adieu, puisse du moins ce peu que je te donne<br>De ta triste mémoire effacer tes malheurs,<br>Et, soigné par tes mains, distraire tes douleurs! </div><div style="margin:10px 0">LE BERGER</div><div style="margin:10px 0">Oui, donne et sois maudit; car, si j'étais plus sage,<br>Ces dons sont pour mon coeur d'un sinistre présage:<br>De mon despote avare ils choqueront les yeux.<br>Il ne croit pas qu'on donne; il est fourbe, envieux;<br>Il dira que chez lui j'ai volé le salaire <br>Dont j'aurai pu payer les chevreaux et la mère;<br>Et, d'un si bon prétexte ardent à se servir,<br>C'est à moi que lui-même il viendra les ravir.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Andre+Marie+de+Chenier">Andre Marie de Chenier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343876" data-title="La Liberte de Andre Marie de Chenier" data-description="UN CHEVRIER, UN BERGER LE CHEVRIER Berger, quel es-tu donc? qui t'agite? et quels dieux De noirs cheveux épars enveloppent tes yeux? LE BERGER Blond pasteur de chevreaux, oui, tu veux me l'apprendre: Oui, ton front est plus beau, ton regard ..."></div> </div> </div>
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