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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343860" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>Hermes</strong></div><div style="margin:10px 0">FRAGMENT I.--PROLOGUE.</div><div style="margin:10px 0">Dans nos vastes cités, par le sort partagés,<br>Sous deux injustes lois les hommes sont rangés:<br>Les uns, princes et grands, d'une avide opulence<br>Étalent sans pudeur la barbare insolence;<br>Les autres, sans pudeur, vils clients de ces grands, <br>Vont ramper sous les murs qui cachent leurs tyrans.<br>Admirer ces palais aux colonnes hautaines<br>Dont eux-mêmes ont payé les splendeurs inhumaines,<br>Qu'eux-mêmes ont arrachés aux entrailles des monts,<br>Et tout trempés encor des sueurs de leurs fronts. </div><div style="margin:10px 0">Moi, je me plus toujours, client de la nature,<br>A voir son opulence et bienfaisante et pure,<br>Cherchant loin de nos murs les temples, les palais<br>Où la Divinité me révèle ses traits,<br>Ces monts, vainqueurs sacrés des fureurs du tonnerre, <br>Ces chênes, ces sapins, premiers-nés de la terre.<br>Les pleurs des malheureux n'ont point teint ces lambris.<br>D'un feu religieux le saint poète épris<br>Cherche leur pur éther et plane sur leur cime.<br>Mer bruyante, la voix du poète sublime <br>Lutte contre les vents; et tes flots agités<br>Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés.<br>A l'aspect du volcan, aux astres élancée,<br>Luit, vole avec l'Etna, la bouillante pensée.<br>Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et grand! <br>Seul, il rêve en silence à la voix du torrent<br>Qui le long des rochers se précipite et tonne;<br>Son esprit en torrent et s'élance et bouillonne.<br>Là, je vais dans mon sein méditant à loisir<br>Des chants à faire entendre aux siècles à venir; <br>Là, dans la nuit des coeurs qu'osa sonder Homère,<br>Cet aveugle divin et me guide et m'éclaire.<br>Souvent mon vol, armé des ailes de Buffon,<br>Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton,<br>La ceinture d'azur sur le globe étendue. <br>Je vois l'être et la vie et leur source inconnue,<br>Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants.<br>Je poursuis la comète aux crins étincelants,<br>Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;<br>Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses. <br>Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux;<br>Dans l'éternel concert je me place avec eux:<br>En moi leurs doubles lois agissent et respirent:<br>Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent;<br>Sur moi qui les attire ils pèsent à leur tour. <br>Les éléments divers, leur haine, leur amour,<br>Les causes, l'infini s'ouvre à mon oeil avide.<br>Bientôt redescendu sur notre fange humide,<br>J'y rapporte des vers de nature enflammés,<br>Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés. <br>Écoutez donc ces chants d'Hermès dépositaires,<br>Où l'homme antique, errant dans ses routes premières,<br>Fait revivre à vos yeux l'empreinte de ses pas.<br>Mais dans peu, m'élançant aux armes, aux combats,<br>Je dirai l'Amérique à l'Europe montrée; <br>J'irai dans cette riche et sauvage contrée<br>Soumettre au Mançanar le vaste Maragnon.<br>Plus loin dans l'avenir je porterai mon nom,<br>Celui de cette Europe en grands exploits féconde,<br>Que nos jours ne sont loin des premiers jours du monde. </div><div style="margin:10px 0">FRAGMENT II</div><div style="margin:10px 0">Chassez de vos autels, juges vains et frivoles,<br>Ces héros conquérants, meurtrières idoles;<br>Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs,<br>De massacres fumants, teints de sang et de pleurs.<br>Venez tomber aux pieds de plus nobles images: <br>Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages,<br>Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants,<br>Ont éclairé la terre et mérité l'encens;<br>Qui, dépouillés d'eux-mêmes et vivant pour leurs frères,<br>Les ont soumis au frein des règles salutaires, <br>Au joug de leur bonheur; les ont faits citoyens;<br>En leur donnant des lois leur ont donné des biens,<br>Des forces, des parents, la liberté, la vie;<br>Enfin qui d'un pays ont fait une patrie.<br>Et que de fois pourtant leurs frères envieux <br>Ont d'affronts insensés, de mépris odieux,<br>Accueilli les bienfaits de ces illustres guides,<br>Comme dans leurs maisons ces animaux stupides<br>Dont la dent méfiante ose outrager la main<br>Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim! <br>Mais n'importe; un grand homme au milieu des supplices<br>Goûte de la vertu les augustes délices.<br>Il le sait: les humains sont injustes, ingrats.<br>Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas;<br>Qu'un jour entre eux et lui s'élève avec murmure <br>D'insectes ennemis une nuée obscure;<br>N'importe, il les instruit, il les aime pour eux.<br>Même ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux.<br>Il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence,<br>Doit être son ouvrage et non sa récompense, <br>Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau,<br>De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau,<br>An loin dans l'avenir sa grande âme contemple<br>Les sages opprimés que soutient son exemple;<br>Des méchants dans soi-même il brave la noirceur: <br>C'est là qu'il sait les fuir; son asile est son coeur.<br>De ce faîte serein, son Olympe sublime,<br>Il voit, juge, connaît. Un démon magnanime<br>Agite ses pensers, vit dans son coeur brûlant,<br>Travaille son sommeil actif et vigilant, <br>Arrache au long repos sa nuit laborieuse,<br>Allume avant le jour sa lampe studieuse,<br>Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienfaits,<br>Indompté dans la guerre, opulent dans la paix,<br>Son beau nom remplissant leur coeur et leur histoire, <br>Les siècles prosternés au pied de sa mémoire.</div><div style="margin:10px 0">Par ses sueurs bientôt l'édifice s'accroît.<br>En vain l'esprit du peuple est rampant, est étroit,<br>En vain le seul présent les frappe et les entraîne,<br>En vain leur raison faible et leur vue incertaine <br>Ne peut de ses regards suivre les profondeurs,<br>De sa raison céleste atteindre les hauteurs;<br>Il appelle les dieux à son conseil suprême.<br>Ses décrets, confiés à la voix des dieux même,<br>Entraînent sans convaincre, et le monde ébloui <br>Pense adorer les dieux en n'adorant que lui.<br>Il fait honneur aux dieux de son divin ouvrage.<br>C'est alors qu'il a vu tantôt à son passage<br>Un buisson enflammé recéler l'Éternel;<br>C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel, <br>De la montagne ardente et du sein du tonnerre,<br>La voix de Dieu lui-même écrite sur la pierre;<br>Ou c'est alors qu'au fond de ses augustes bois<br>Une nymphe l'appelle et lui trace des lois,<br>Et qu'un oiseau divin, messager de miracles, <br>A son oreille vient lui dicter des oracles.<br>Tout agit pour lui seul, et la tempête et l'air,<br>Et le cri des forêts, et la foudre et l'éclair;<br>Tout. Il prend à témoin le monde et la nature.<br>Mensonge grand et saint! glorieuse imposture, <br>Quand au peuple trompé ce piège généreux<br>Lui rend sacré le joug qui doit le rendre heureux!</div><div style="margin:10px 0"><br>FRAGMENT III</div><div style="margin:10px 0">Du temps et du besoin l'inévitable empire<br>Dut avoir aux humains enseigné l'art d'écrire.<br>D'autres arts l'ont poli; mais aux arts, le premier, <br>Lui seul des vrais succès put ouvrir le sentier,<br>Sur la feuille d'Égypte ou sur la peau ductile,<br>Même un jour sur le dos d'un albâtre docile,<br>Au fond des eaux formé des dépouilles du lin,<br>Une main éloquente, avec cet art divin, <br>Tient, fait voir l'invisible et rapide pensée,<br>L'abstraite intelligence et palpable et tracée;<br>Peint des sons à nos yeux, et transmet à la fois<br>Une voix aux couleurs, des couleurs à la voix.</div><div style="margin:10px 0">Quand des premiers traités la fraternelle chaîne <br>Commença d'approcher, d'unir la race humaine,<br>La terre et de hauts monts, des fleuves, des forêts,<br>Des contrats attestés garants sûrs et muets,<br>Furent le livre auguste et les lettres sacrées<br>Qui faisaient lire aux yeux les promesses jurées. <br>Dans la suite peut-être ils voulurent sur soi<br>L'un de l'autre emporter la parole et la foi;<br>Ils surent donc, broyant de liquides matières,<br>L'un sur l'autre imprimer leurs images grossières,<br>Ou celle du témoin, homme, plante ou rocher, <br>Qui vit jurer leur bouche et leurs mains se toucher.<br>De là dans l'Orient ces colonnes savantes,<br>Rois, prêtres, animaux peints en scènes vivantes,<br>De la religion ténébreux monuments,<br>Pour les sages futurs laborieux tourments, <br>Archives de l'État, où les mains politiques<br>Traçaient en longs tableaux les annales publiques.<br>De là, dans un amas d'emblèmes captieux,<br>Pour le peuple ignorant monstre religieux,<br>Des membres ennemis vont composer ensemble <br>Un seul tout, étonné du noeud qui les rassemble:<br>Un corps de femme au front d'un aigle enfant des airs<br>Joint l'écaille et les flancs d'un habitant des mers.<br>Cet art simple et grossier nous a suffi peut-être<br>Tant que tous nos discours n'ont su voir ni connaître <br>Que les objets présents dans la nature épars,<br>Et que tout notre esprit était dans nos regards.<br>Mais on vit, quand vers l'homme on apprit à descendre,<br>Quand il fallut fixer, nommer, écrire, entendre,<br>Du coeur, des passions les plus secrets détours, <br>Les espaces du temps ou plus longs ou plus courts,<br>Quel cercle étroit bornait cette antique écriture.<br>Plus on y mit de soins, plus incertaine, obscure,<br>Du sens confus et vague elle épaissit la nuit.<br>Quelque peuple à la fin, par le travail instruit, <br>Compte combien de mots l'héréditaire usage<br>A transmis jusqu'à lui pour former un langage.<br>Pour chacun de ces mots un signe est inventé,<br>Et la main qui l'entend des lèvres répété<br>Se souvient d'en tracer cette image fidèle; <br>Et sitôt qu'une idée inconnue et nouvelle<br>Grossit d'un mot nouveau ces mots déjà nombreux,<br>Un nouveau signe accourt s'enrôler avec eux.</div><div style="margin:10px 0">C'est alors, sur des pas si faciles à suivre,<br>Que l'esprit des humains est assuré de vivre. <br>C'est alors que le fer à la pierre, aux métaux,<br>Livre, en dépôt sacré pour les âges nouveaux,<br>Nos âmes et nos moeurs fidèlement gardées;<br>Et l'oeil sait reconnaître une forme aux idées.<br>Dès lors des grands aïeux les travaux, les vertus <br>Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus.<br>Le passé du présent est l'arbitre et le père,<br>Le conduit par la main, l'encourage, l'éclaire.<br>Les aïeux, les enfants, les arrière-neveux,<br>Tous sont du même temps, ils ont les mêmes voeux, <br>La patrie, au milieu des embûches, des traîtres,<br>Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres,<br>Cherche ce qu'ils feraient en un danger pareil,<br>Et des siècles vieillis assemble le conseil.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Andre+Marie+de+Chenier">Andre Marie de Chenier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343860" data-title="Hermes de Andre Marie de Chenier" data-description="FRAGMENT I.--PROLOGUE. 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