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<div style="background:#fff;border:#bbb dashed 1px;padding:5px"><a href="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343837" style="color:#000;text-decoration:none"><div style="margin:10px 0"><strong>A Le Brun Et Au Marquis De Brazais</strong></div><div style="margin:10px 0">Le Brun, qui nous attends aux rives de la Seine,<br>Quand un destin jaloux loin de toi nous enchaîne;<br>Toi, Brazais, comme moi sur ces bords appelé,<br>Sans qui de l'univers je vivrais exilé;<br>Depuis que de Pandore un regard téméraire <br>Versa sur les humains un trésor de misère,<br>Pensez-vous que du ciel l'indulgente pitié<br>Leur ait fait un présent plus beau que l'amitié?</div><div style="margin:10px 0">Ah! si quelque mortel est né pour la connaître.<br>C'est nous, âmes de feu, dont l'Amour est le maître. <br>Le cruel trop souvent empoisonne ses coups;<br>Elle garde à nos coeurs ses baumes les plus doux.<br>Malheur au jeune enfant seul, sans ami, sans guide,<br>Qui près de la beauté rougit et s'intimide,<br>Et, d'un pouvoir nouveau lentement dominé, <br>Par l'appât du plaisir doucement entraîné,<br>Crédule, et sur la foi d'un sourire volage,<br>A cette mer trompeuse et se livre et s'engage!<br>Combien de fois, tremblant et les larmes aux yeux,<br>Ses cris accuseront l'inconstance des dieux! <br>Combien il frémira d'entendre sur sa tête<br>Gronder les aquilons et la noire tempête,<br>Et d'écueils en écueils portera ses douleurs<br>Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs!<br>Mais heureux dont le zèle, au milieu du naufrage, <br>Viendra le recueillir, le pousser au rivage;<br>Endormir dans ses flancs le poison ennemi;<br>Réchauffer dans son sein le sein de son ami,<br>Et de son fol amour étouffer la semence,<br>Ou du moins dans son coeur ranimer l'espérance! <br>Qu'il est beau de savoir, digne d'un tel lien,<br>Au repos d'un ami sacrifier le sien!<br>Plaindre de s'immoler l'occasion ravie,<br>Être heureux de sa joie et vivre de sa vie!</div><div style="margin:10px 0">Si le ciel a daigné d'un regard amoureux <br>Accueillir ma prière et sourire à mes voeux,<br>Je ne demande point que mes sillons avides<br>Boivent l'or du Pactole et ses trésors liquides;<br>Ni que le diamant, sur la pourpre enchaîné,<br>Pare mon coeur esclave au Louvre prosterné; <br>Ni même, voeu plus doux! que la main d'Uranie<br>Embellisse mon front des palmes du génie;<br>Mais que beaucoup d'amis, accueillis dans mes bras,<br>Se partagent ma vie et pleurent mon trépas;<br>Que ces doctes héros, dont la main de la Gloire <br>A consacré les noms au temple de Mémoire,<br>Plutôt que leurs talents, inspirent à mon coeur<br>Les aimables vertus qui firent leur bonheur;<br>Et que de l'amitié ces antiques modèles<br>Reconnaissent mes pas sur leurs traces fidèles. <br>Si le feu qui respire en leurs divins écrits<br>D'une vive étincelle échauffa nos esprits;<br>Si leur gloire en nos coeurs souffle une noble envie,<br>Oh! suivons donc aussi l'exemple de leur vie:<br>Gardons d'en négliger la plus belle moitié; <br>Soyons heureux comme eux au sein de l'amitié.<br>Horace, loin des flots qui tourmentent Cythère,<br>Y retrouvait d'un port l'asile salutaire;<br>Lui-même au doux Tibulle, à ses tristes amours,<br>Prêta de l'amitié les utiles secours. <br>L'amitié rendit vains tous les traits de Lesbie;<br>Elle essuya les yeux que fit pleurer Cynthie.<br>Virgile n'a-t-il pas, d'un vers doux et flatteur,<br>De Gallus expirant consolé le malheur?<br>Voilà l'exemple saint que mon coeur leur demande. <br>Ovide, ah! qu'à mes yeux ton infortune est grande!<br>Non pour n'avoir pu faire aux tyrans irrités<br>Agréer de tes vers les lâches faussetés;<br>Je plains ton abandon, ta douleur solitaire.<br>Pas un coeur qui, du tien zélé dépositaire, <br>Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi,<br>Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi!<br>Ce n'est pas nous, amis, qu'un tel foudre menace.<br>Que des dieux et des rois l'éclatante disgrâce<br>Nous frappe: leur tonnerre aura trompé leurs mains; <br>Nous resterons unis en dépit des destins.<br>Qu'ils excitent sur nous la fortune cruelle;<br>Qu'elle arme tous ses traits: nous sommes trois contre elle.<br>Nos coeurs peuvent l'attendre, et, dans tous ses combats,<br>L'un sur l'autre appuyés, ne chancelleront pas. </div><div style="margin:10px 0">Oui, mes amis, voilà le bonheur, la sagesse.<br>Que nous importe alors si le dieu du Permesse<br>Dédaigne de nous voir, entre ses favoris,<br>Charmer de l'Hélicon les bocages fleuris?<br>Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple, <br>Où la félicité les reçut dans son temple,<br>Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau,<br>De leur double laurier su ravir le plus beau.<br>Mais nous pouvons, comme eux, les cueillir l'un et l'autre.<br>Ils reçurent du ciel un coeur tel que le nôtre; <br>Ce coeur fut leur génie; il fut leur Apollon,<br>Et leur docte fontaine, et leur sacré vallon.<br>Castor charme les dieux, et son frère l'inspire.<br>Loin de Patrocle, Achille aurait brisé sa lyre.<br>C'est près de Pollion, dans les bras de Varus, <br>Que Virgile envia le destin de Nisus.<br>Que dis-je? ils t'ont transmis ce feu qui les domine.<br>N'ai-je pas vu ta muse au tombeau de Racine,<br>Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs<br>Que jadis Simonide anima de ses pleurs? <br>Et toi, dont le génie, amant de la retraite,<br>Et des leçons d'Ascra studieux interprète,<br>Accompagnant l'année en ses douze palais,<br>Étale sa richesse et ses vastes bienfaits;<br>Brazais, que de tes chants mon âme est pénétrée, <br>Quand ils vont couronner cette vierge adorée<br>Dont par la main du temps l'empire est respecté,<br>Et de qui la vieillesse augmente la beauté!<br>L'homme insensible et froid en vain s'attache à peindre<br>Ces sentiments du coeur que l'esprit ne peut feindre; <br>De ses tableaux fardés les frivoles appas<br>N'iront jamais au coeur dont ils ne viennent pas.<br>Eh! comment me tracer une image fidèle<br>Des traits dont votre main ignore le modèle?<br>Mais celui qui, dans soi descendant en secret, <br>Le contemple vivant, ce modèle parfait,<br>C'est lui qui nous enflamme au feu qui le dévore;<br>Lui qui fait adorer la vertu qu'il adore;<br>Lui qui trace, en un vers des Muses agréé,<br>Un sentiment profond que son coeur a créé. <br>Aimer, sentir, c'est là cette ivresse vantée<br>Qu'aux célestes foyers déroba Prométhée.<br>Calliope jamais daigna-t-elle enflammer<br>Un coeur inaccessible à la douceur d'aimer?<br>Non: l'amour, l'amitié, la sublime harmonie, <br>Tous ces dons précieux n'ont qu'un même génie;<br>Même souffle anima le poète charmant,<br>L'ami religieux et le parfait amant;<br>Ce sont toutes vertus d'une âme grande et fière.<br>Bavius et Zoïle, et Gacon et Linière, <br>Aux concerts d'Apollon ne furent point admis,<br>Vécurent sans maîtresse, et n'eurent point d'amis.</div><div style="margin:10px 0">Et ceux qui, par leurs moeurs dignes de plus d'estime,<br>Ne sont point nés pourtant sous cet astre sublime,<br>Voyez-les, dans des vers divins, délicieux, <br>Vous habiller l'amour d'un clinquant précieux;<br>Badinage insipide où leur ennui se joue,<br>Et qu'autant que l'amour le bon sens désavoue.<br>Voyez si d'une belle un jeune amant épris<br>A tressailli jamais en lisant leurs écrits; <br>Si leurs lyres jamais, froides comme leurs âmes,<br>De la sainte amitié respirèrent les flammes.<br>O peuples de héros, exemples des mortels!<br>C'est chez vous que l'encens fuma sur ses autels;<br>C'est aux temps glorieux des triomphes d'Athène, <br>Aux temps sanctifiés par la vertu romaine;<br>Quand l'âme de Lélie animait Scipion,<br>Quand Nicoclès mourait au sein de Phocion;<br>C'est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie,<br>Où les vertus étaient les lois de la patrie. <br>O demi-dieux amis! Atticus, Cicéron,<br>Caton, Brutus, Pompée, et Sulpice, et Varron!<br>Ces héros, dans le sein de leur ville perdue,<br>S'assemblaient pour pleurer la liberté vaincue.<br>Unis par la vertu, la gloire, le malheur, <br>Les arts et l'amitié consolaient leur douleur.<br>Sans l'amitié, quel antre ou quel sable infertile<br>N'eût été pour le sage un désirable asile,<br>Quand du Tibre avili le spectre ensanglanté<br>Armait la main du vice et la férocité; <br>Quand d'un vrai citoyen l'éclat et le courage<br>Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage;<br>Quand l'exil, la prison, le vol, l'assassinat,<br>Étaient pour l'apaiser l'offrande du Sénat!<br>Thraséas, Soranus, Sénécion, Rustique, <br>Vous tous, dignes enfants de la patrie antique,<br>Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux,<br>Braver du scélérat les indignes faisceaux,<br>Du lâche délateur l'impudente richesse,<br>Et du vil affranchi l'orgueilleuse bassesse. <br>Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs,<br>Garder une patrie, et des lois, et des moeurs;<br>Traverser d'un pied sûr, sans tache, sans souillure,<br>Les flots contagieux de cette mer impure;<br>Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux, <br>Sur ce monde profane un monde vertueux.</div><div style="margin:10px 0">Oh! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives,<br>Amitié! de leur gloire ennoblis nos archives.<br>Viens, viens: que nos climats, par ton souffle épurés,<br>Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés. <br>Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse<br>Descendre des Vertus la troupe radieuse,<br>De ces filles du ciel qui naissent dans ton sein,<br>Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.<br>Ranime les beaux-arts, éveille leur génie, <br>Chasse de leur empire et la haine et l'envie:<br>Loin de toi dans l'opprobre ils meurent avilis;<br>Pour conserver leur trône ils doivent être unis.<br>Alors de l'univers ils forcent les hommages:<br>Tout, jusqu'à Plutus même, encense leurs images; <br>Tout devient juste alors; et le peuple et les grands,<br>Quand l'homme est respectable, honorent les talents.<br>Ainsi l'on vit les Grecs prôner d'un même zèle<br>La gloire d'Alexandre et la gloire d'Apelle;<br>La main de Phidias créa des immortels, <br>Et Smyrne à son Homère éleva des autels.<br>Nous, amis, cependant, de qui la noble audace<br>Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse,<br>Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis;<br>Soyons cités comme eux entre les vrais amis. <br>Qu'au-delà du trépas notre âme mutuelle<br>Vive et respire encor sur la lyre immortelle.<br>Que nos noms soient sacrés, que nos chants glorieux<br>Soient pour tous les amis un code précieux.<br>Qu'ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensées; <br>Qu'ils raniment encor nos muses éclipsées,<br>Et qu'en nous imitant ils s'attendent un jour<br>D'être chez leurs neveux imités à leur tour.</div><div style="margin:10px 0"><br /></a><br />poem by <a href="http://en.citatepedia.ro/by.php?a=Andre+Marie+de+Chenier">Andre Marie de Chenier</a><div class=q> <img src="https://www.citatepedia.ro/g/32share.png" style="float:left" alt="Share"> <script type="text/javascript" src="//s7.addthis.com/js/300/addthis_widget.js#pubid=citatepedia" async="async"></script><div style="display:inline-block" class="addthis_sharing_toolbox" data-url="http://en.citatepedia.ro/comments.php?id=343837" data-title="A Le Brun Et Au Marquis De Brazais de Andre Marie de Chenier" data-description="Le Brun, qui nous attends aux rives de la Seine, Quand un destin jaloux loin de toi nous enchaîne; Toi, Brazais, comme moi sur ces bords appelé, Sans qui de l'univers je vivrais exilé; Depuis que de Pandore un regard téméraire Versa sur les ..."></div> </div> </div>
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